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Politique

Saad Hariri accepte de former un gouvernement avec le Hezbollah

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 18 janvier 2014 à 16h40
Saad Hariri à Leidschendam aux Pays-Bas pour suivre les audiences du TSL. Photo extraite de la page Facebook de Saad Hariri https://www.facebook.com/Saad.R.Hariri?fref=ts
Saad Hariri a affirmé vendredi soir qu’il était prêt à former un gouvernement avec le Hezbollah. Cette déclaration a choqué bon nombre de ses partisans et militants, qui ont vu dans cette position un compromis d’autant plus inacceptable que le procès de quatre membres du Hezbollah vient de commencer devant le Tribunal spécial pour le Liban. Tous les quatre sont accusés de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri : le père de Saad Hariri avait été tué avec 22 autres personnes dans un attentat à la camionnette piégée à Beyrouth le 14 février 2005.
Après l’annonce de Saad Hariri, les réactions verbales de ses partisans ont parfois été vives. Posts sur Facebook et Twitter se sont succédé, exprimant incompréhension et rejet :

"Ce soir Saad Hariri ne me représente pas" ou encore : "Un compromis sur le gouvernement marquerait la fin définitive du 14 Mars", pouvait-on lire sur les réseaux sociaux, de la part de militants engagés auprès du mouvement du 14 Mars, et plus précisément de la part de membres du Courant du Futur de Saad Hariri, composante essentielle de la coalition anti-syrienne.

Ziad Majed, politologue, enseignant à l’Université américaine de Paris, revient sur la force de ces réactions: « L’impact émotionnel de la prise de position de Saad Hariri est évidemment important,» dit-il. « Pour les partisans de Saad Hariri, faire un gouvernement avec le Hezbollah, c’est donner à ce parti une légitimité, alors qu’ils le considèrent comme coupable de l’assassinat de Rafic Hariri et lui font aussi porter la responsabilité de certains autres assassinats de personnalités politiques. Pour eux, c’est faire comme si de rien n’était. »

Faire comme si de rien n’était, cela paraît d’autant plus impensable que Saad Hariri lui-même, tout comme ses partisans, attendent le début de ce procès depuis des années. Le Tribunal spécial pour le Liban a officiellement ouvert en 2009, suite à la résolution 1757 de l’ONU qui a lancé le chantier de sa création dès 2007. Depuis le début, ce tribunal a été l’objet d’une profonde discorde entre les partisans de Saad Hariri et ceux du Hezbollah. Le Parti de Dieu a toujours considéré que le TSL était un outil mis en place par l’occident pour le faire tomber. Le Courant du Futur de Saad Hariri considère au contraire que c’est le seul moyen d’obtenir « la Vérité » sur l’assassinat de Rafic Hariri et mettre un terme aux assassinats politiques au Liban.

Une position "réaliste"

Alors pourquoi, dans ce contexte précis, Hariri annonce-t-il qu’il accepte de former un gouvernement avec le Hezbollah ?

« En fait, Saad Hariri adopte ici une position réaliste : le système politique libanais, qu’on le veuille ou pas, reste communautaire et confessionnel. Et le Hezbollah et Amal représentent une grande partie de la communauté chiite. De ce point de vue-là, on ne peut pas envisager de faire un gouvernement d'union nationale sans eux, » explique Ziad Majed.

« Par ailleurs, les quatre membres du Hezbollah jugés actuellement par contumace par le TSL n’ont pas encore été condamnés. Au regard de la présomption d’innocence, on ne peut pas faire comme s’ils étaient déjà déclarés coupables. Et de toute façon le TSL n’accusera pas une entité politique ni un état, il accusera des individus. Naturellement, étant donné l’envergure de l’attentat d’un point de vue purement logistique, on sait bien qu’il n’a pas pu être commis par des individus isolés. Il y aura des répercussions politiques après le jugement, c’est certain, avec des conséquences notamment sur la scène politique libanaise. Mais on n’en est pas encore là. »

Finalement, est-ce qu’en agissant ainsi, Saad Hariri n’aurait pas désamorcé les accusations d’instrumentalisation du Tribunal ?

« Pour l’heure, je dirais qu’Hariri a séparé le processus juridique en cours et la scène politique libanaise. Ce qui reste sans réponse en revanche, c’est que le gouvernement d’union nationale qui serait formé intègrerait un parti qui participe à une guerre hors des frontières du Liban, en Syrie, au côté du régime de Damas, sans que les Libanais n’aient leur mot à dire sur cette question. En agissant ainsi, le Hezbollah entraîne le pays dans un scénario à l’irakienne, avec des attentats et des tensions intercommunautaires exacerbées. Et tant qu’il restera impliqué en Syrie, cette situation ne sera pas résolue, » conclut Ziad Majed.
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#SaadHariri, #Hezbollah, #Gouvernement, #TSL, #STL
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