iloubnan.info
( Publicité )
Politique

Syrie : Obama temporise pour cause de démocratie. Et la France ?

PARIS | Rue89 - Le 01 septembre 2013 à 12h55
Par Pierre Haski
Voilà donc que la démocratie s’invite dans le déclenchement des guerres... L’annonce par Barack Obama qu’il retardait les frappes sur la Syrie pour demander un vote des deux chambres du Congrès est le signe d’un véritable tournant.
Ce sont évidemment les Britanniques, aux traditions démocratiques bien plus avancées, qui en sont à l’origine.

Les Communes, le parlement britannique, ont infligé jeudi un camouflet sans précédent depuis plus de deux siècles en refusant de suivre le Premier ministre sur un engagement militaire. Trente députés conservateurs se sont joints à l’opposition pour refuser la demande de David Cameron, qui était aussi désireux que ses collègues français et américain de bombarder Damas.

L’onde de choc de ce vote historique des Britanniques s’est ressentie samedi à Washington avec la décision de Barack Obama. Ce dernier est apparu avec trente minutes de retard sur le perron de la Maison Blanche, et a lu une déclaration sur un prompteur, s’éclipsant avant de répondre à la moindre question.

Obama veut toujours « punir » Assad pour le bombardement à l’arme chimique, mais ces frappes pourront avoir lieu « demain, dans une semaine, dans un mois »...

« Un débat sans vote » en France

La nouveauté, c’est que le président des Etats-Unis, alors qu’il n’en a constitutionnellement pas besoin, a décidé de demander un vote du Congrès.

Il n’a pas dit ce qu’il ferait en cas de vote négatif comme en Grande-Bretagne, mais on le voit mal consulter le Congrès et aller contre son vœu si le résultat n’est pas ce qu’il souhaite.

Cette décision laisse François Hollande dans la position très inconfortable d’être le seul dirigeant occidental à ne pas demander l’aval parlementaire. Le Parlement français a bien été convoqué pour mercredi prochain, mais la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a bien précisé mercredi dernier que ce sera « un débat sans vote ».

Sur Twitter, on m’a fait remarquer que la Turquie sera dans le même cas que la France, mais ça sera une maigre consolation pour les Français.

C’est une situation inédite. Les dirigeants occidentaux ont pris l’habitude de déclencher les guerres, qui bien souvent ne disent pas leur nom, sans demander l’avis des élus du peuple. Surtout dans les régimes présidentiels comme la France et les Etats-Unis.

Le dossier syrien aurait pu poursuivre cette tradition, sauf que les dirigeants des pays concernés ont sous-estimé le poids des opinions publiques, le poids aussi du traumatisme irakien.

La fiole de Colin Powell

L’image de Colin Powell agitant sa fiole au Conseil de sécurité de l’ONU pour prouver que Saddam Hussein disposait bien d’armes de destructions massives ressort à chaque nouvelle affirmation. La Maison Blanche a beau avoir publié vendredi une série de « preuves » de l’implication de Bachar el-Assad et son armée dans le bombardement chimique du 21 août, rien n’y fait.

Alors qu’il y a assurément une immense majorité de gens révulsés par les images des victimes du bombardement chimique de la banlieue de Damas, il y a aussi une grande majorité – 64% en France – de citoyens opposés aux frappes à ce stade d’information et d’explications dans les grandes démocraties occidentales.

Le fait que les frappes aient été décidées avant même que les experts de l’ONU aient achevé leur travail – ils ont quitté la Syrie samedi matin et devront analyser leurs éléments – a affaibli la posture occidentale.

Mais jusqu’à ce samedi soir, les dirigeants occidentaux voulaient avoir terminé leur « punition » avant la réunion du G20 qui débute jeudi prochain à Saint-Petersbourg, chez Vladimir Poutine, farouche opposant à ces frappes. Une affaire de calendrier diplomatique qui n’intéresse pas les citoyens réticents.

Le vote britannique a fait réfléchir Barack Obama, qui, pour la première fois, a donc reculé pour « blinder » sa position en sollicitant l’avis du Congrès.
Irruption de la démocratie

Un répit pour Bachar el-Assad, qui aurait tort de se sentir tiré d’affaire ; et sans nul doute une perte de crédibilité pour les Occidentaux dans cette partie du monde. Le résultat d’une stratégie, ou plutôt d’une absence de stratégie, face à la guerre de Syrie qui, depuis deux ans et demi, ne cesse de s’aggraver.

Mais cette irruption de la démocratie est une bonne chose après des guerres abusives et désastreuses. Les Britanniques ont payé chèrement les décisions de Tony Blair en Irak pour le savoir, et ce n’est pas étonnant que le mouvement soit parti de chez eux.

Reste le cas français, avec la démocratie imparfaite de la Ve République. François Hollande aurait tout à gagner à négocier un virage à son tour et associer le Parlement à la décision d’engager l’armée. La perte de face serait plus grande encore à rester la plus grande démocratie... sans démocratie dans cette affaire.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#Syrie, #Frappe_américaine
Donnez votre opinion
0 Commentaires
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2017 Par Proximity Agency