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Politique

Ahmad Assi Jarba : «Notre objectif est de changer la donne sur le terrain»

PARIS | iloubnan.info - Le 30 juillet 2013 à 11h04
Le nouveau chef de la coalition nationale syrienne, Ahmad Assi Jarba, saluant le président francais Francois Hollande, à son arrivée à l'Elysée.Photo: www.elysee.fr/
Au terme d’une visite de deux jours en France la semaine dernière, suivie d’entretiens aux Nations Unies et d’une rencontre avec le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, aux Etats-Unis, le nouveau président de la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution syrienne, Ahmad Assi Jarba, a tenté de convaincre François Hollande ainsi que les responsables américains d’apporter une aide financière et logistique aux rebelles syriens. Le chef de la CNFOR a également appelé à la création d’une zone d’exclusion aérienne incluant l’ensemble des régions libérées. Dans un entretien, il revient sur les principaux thèmes de sa tournée, affirmant que l’opposition au régime de Bachar el-Assad n’a jamais été aussi unifiée.
Quels étaient les motifs de votre visite en France? Qu'attendez-vous concrètement du gouvernement français?
Le but de cette visite était essentiellement de pousser la France à jouer un plus grand rôle dans le dossier syrien pour arrêter l’effusion de sang, d’éviter une guerre sectaire aux ramifications régionales et d’obtenir une aide logistique et financière plus importante pour les comités des conseils locaux en Syrie.
Ces objectifs ne peuvent être atteints sans un soutien réel de la part de la France comme de l’ensemble de la communauté internationale. Nous ne pouvons pas continuer à exiger du régime d’Assad la fin des massacres. Cela ne fera pas avancer les choses comme en témoigne le statut-quo actuel et l’évolution du nombre de morts au cours des deux dernières années.
Seule une modification de l’équilibre des forces sur le terrain, par le biais du soutien d’une armée forte et unifiée sous le contrôle d’un seul commandement politique et militaire, est susceptible de changer aujourd’hui la donne en Syrie.

Le président Hollande vous a t-il promis quelque chose à ce sujet ?
Non il n’y a pas eu de promesses concrètes mais les entretiens ont été positifs (…). (M. Jarba a rencontré le président français mercredi 24 juillet, ndlr). La France attend la levée officielle à la fin de ce mois de l’embargo de l’Union européenne sur la livraison d’armes, approuvée fin mai, pour faire prévaloir une quelconque décision officielle à ce niveau.

Cette visite s'est inscrite dans le cadre d'une tournée qui a également inclus des réunions au Conseil de sécurité et une rencontre avec le secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Qu’est-il ressorti de ces réunions?
La visite à New York a essentiellement porté sur des réunions au sein du Conseil de sécurité des Nations-Unies axées sur la situation humanitaire et militaire en Syrie. Quant aux discussions avec le ministre américain des Affaires étrangères, elles ont porté sur le soutien apporté par les Etats-Unis au peuple syrien dans le cadre de nos efforts visant à renforcer les rangs de l’opposition et de la récente décision du congrès américain de lever l’embargo sur les armes acheminées en direction de l’Armée libre. Ces discussions sont le prélude à des réunions plus élargies prévues en août prochain avec les responsables américains, en présence du chef du conseil suprême de l’Armée, le général Sélim Idriss.

L’Occident craint qu’une éventuelle livraison d’armes ne profite aux djihadistes, également présents sur le terrain. Avez-vous suffisamment de garanties à ce niveau ?
Il s’agit d’abord d’une revendication syrienne que les armes ne finissent pas entre les mains de radicaux. Cela nuirait en premier lieu au peuple syrien ainsi qu’aux révolutionnaires. Des mesures ont récemment été prises à ce niveau par le commandement militaire que nous avons partagées durant nos réunions avec le président François Hollande et son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Notre but est de rassurer la France et les autres pays occidentaux quant à l’acheminement des armes et leur usage à bon escient.
Plusieurs dangers existent si l’Occident s’obstine à ne pas armer les rebelles ou à lever l’embargo sur les armes ; outre la crise humanitaire et le maintien du régime en place, il y a également le risque de voir les extrémistes progresser sur le terrain. Les factions militaires radicales qui opèrent en dehors du cadre de l’ASL ont en effet leur propre source de financement et d’armement.

Avez-vous l’intention de cohabiter à l’avenir avec ces factions radicales, de les soumettre au contrôle de l’ASL ou plutôt de mener une chasse aux islamistes ? Un nouveau front ne risque-t-il pas d’affaiblir davantage votre position ?
Il y a tout d’abord une distinction à faire entre les différentes factions armées dites islamistes. Un grand cafouillage médiatique et diplomatique plane malheureusement sur cette question. Certaines brigades qui opèrent sous la direction de l’ASL sont confondues avec d’autres factions telles que Jobhat el Nasra ou d’autres groupes djihadistes affiliés à Al-Qaeda. Ces derniers, qui comptent parmi leurs membres des mercenaires et sont directement financés et armés par des cellules islamistes basées en Afghanistan ou ailleurs, ne sont pas acceptés par les syriens et ne feront pas partie de la future Syrie.
Les djihadistes qui affluent aujourd’hui en Syrie sont les mêmes que nous avons vus combattre par le passé en Afghanistan, en Irak ou en Tchétchénie. Ces groupes fournissent un service précieux pour le régime en place qui a facilité leur émergence et en fait son principal moto et prétexte pour justifier sa légitimité. Nous ferons donc tout pour les empêcher de nuire à l’image de l’opposition et d’appuyer par conséquent le régime. Cela nécessite encore une fois des moyens militaires plus lourds…

L’armement de l’ASL est-il une condition préalable à votre participation à la conférence internationale «Genève 2 » ?
L’objectif primordial de l’armement est de pouvoir vaincre le régime sur le plan militaire et de réaliser les aspirations du peuple syrien. Mais comme il est question de Genève 2 depuis un certain temps, la nécessité d’un renforcement de la capacité militaire de l’Armée libre s’impose davantage (…). L’opposition n’est pas prête à participer à ce nouveau round de négociations avant d’avoir marqué plus de points sur le terrain. D’autant que des conditions sont posées par le régime, en concert avec la Russie (…). Celles-ci visent à maintenir Bachar el-Assad au pouvoir jusqu’aux prochaines élections en 2014, et à lui permettre de se présenter au même titre que d’autres candidats à ces élections.


La question d’une intervention militaire en Syrie a-t-elle définitivement été écartée?
Cette question n’a pas été directement évoquée durant mes entretiens en France ou aux Etats-Unis d’autant qu’elle ne s’inscrit pas à l’ordre du jour de la communauté internationale. Aujourd’hui, les syriens disposent d’une armée de plus en plus structurée, dirigée directement par un conseil militaire suprême et sous la houlette d’une coalition nationale regroupant l’ensemble des segments de l’opposition. Cette armée a uniquement besoin de plus de moyens afin de pouvoir atteindre ses objectifs.
Nous avons également évoqué avec nos interlocuteurs français la création d’une zone d’exclusion aérienne sur l’ensemble des régions libérées qui permettrait de limiter dans une large mesure le champ de manœuvre militaire du régime (…). L’Armée libre contrôle aujourd’hui 40% du territoire syrien, contre une proportion presque égale encore sous le contrôle du régime tandis que le reste des régions, où les combats se poursuivent, est disputé entre les chabbiha et les combattants de l’Armé libre. Les régions d’Alep, d’Idleb, de Rakka et de Deir Ezzor sont partiellement ou complètement libérées. A Homs, à Hama, à Damas ou encore dans le Golan, les forces de Bachar el-Assad sont toujours présentes (…). Notre objectif est donc de libérer ses zones encore sous influence du régime.

Qu’en est-il de la formation d’un gouvernement transitoire ?
Cette question fait naturellement partie des priorités de la coalition. Aujourd’hui, les zones libérées sont militairement sous le contrôle de l’armée libre tandis qu’au niveau civil, elles sont gérées par une dizaine de conseils locaux, élus récemment et chargés des affaires courantes des habitants, en attendant la formation d’un gouvernement transitoire. Ces conseils souffrent néanmoins d’une carence au niveau des moyens financiers et logistiques. C’est d’ailleurs l’une des raisons principales de notre visite en France et aux Etats-Unis. A titre d’exemple, le conseil local de la ville d’Alep, élu en mars dernier, n’a reçu depuis son élection que 300 000 dollars de la part de la coalition nationale alors que ses besoins s’élèvent à plusieurs millions de dollars, voire plus. Ces conseils s’occupent de plusieurs projets touchant aux domaines de l’infrastructure, de l’eau, de l’électricité et de la reconstruction d’écoles détruites par le régime.
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#Syrie, #CNS, #CoalitionNationaleSyrienne
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