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Politique

Sami Nader: "Le véritable mal électoral libanais, c'est la 'liste'!"

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 22 janvier 2013 à 13h16
Photo extraite de la page Facebook de Sami Nader, http://www.facebook.com/pages/Sami-Nader/351766074859641?ref=ts&fref=ts
Analyste politique, Sami Nader a exercé comme Conseiller auprès de plusieurs gouvernements au Liban et en Irak. Alors que la classe politique se trouve divisée sur la question de la loi électorale et plus précisément de la loi orthodoxe, il nous livre son analyse de la situation, et nous explique pourquoi cette loi reçoit le soutien d'une partie de la population libanaise chrétienne. Et pour sortir de l'impasse, il nous confie aussi son propre projet de loi électorale.
iloubnan.info: Comment expliquer que la loi orthodoxe soit défendue par certains électeurs chrétiens?
Sami Nader: Il faut bien comprendre l'état d'esprit d'une partie de la communauté chrétienne aujourd'hui, qui ne s'est jamais vraiment remise des années syriennes et de l'accord de Taef. Cet accord a établi une parité entre chrétiens et musulmans. Une parité qui s’est avérée plus virtuelle que réelle, vu la manipulation et l’application inique de cet accord. Déjà, au regard de leur situation d'avant Taef, certains chrétiens ont vécu, et vivent toujours, cette parité comme une perte, voire une "défaite". ils avaient 5% de sièges en plus au Parlement, davantage de prérogatives dans l'Etat… En fait, finalement, ces avantages ne les ont pas protégés des crises successives que le pays a traversées, en 58, en 75, etc. Taef, en instituant une fois pour toutes la parité, devait justement protéger tout le monde, et ouvrir la voie vers un Etat citoyen… Hélas c’est le contraire qui a eu lieu.
A ceci s'ajoute le fait qu'au Parlement, les députés chrétiens, dans plusieurs circonscriptions, sont parfois élus par les voix druzes et sunnites. Résultats: les électeurs chrétiens ont l'impression que quelque 50% des députés chrétiens ne les représentent pas vraiment. Du coup, avec cette "loi orthodoxe", qui implique que chaque communauté élise exclusivement ses députés, ils ont le sentiment de rétablir la représentativité chrétienne. Les partis chrétiens qui soutiennent cette loi se sont juste lancés dans une surenchère: c'est à qui défendra le mieux la représentation de la communauté au Parlement.

Comment décririez-vous les points négatifs de cette loi?
Avec la loi orthodoxe, on passe de 1960 (la dénomination de la loi actuelle ndlr) à… 1860. Ceux qui ont proposé cette loi ont commis une erreur, vis-à-vis de la modernité, de la citoyenneté, de l'esprit du temps aussi! Il est vrai que, équité et justice, sont à la base de tout contrat social, mais une telle loi ne s'inscrit pas du tout dans l'évolution actuelle des mœurs, à l'échelle du monde, mais aussi du Liban lui-même: car même si le Liban est encore quelque part une fédération de communautés, une bonne partie des Libanais sont acquis à la modernité, et continue d’avoir un vrai rêve citoyen. On ne peut sacrifier la citoyenneté à l’autel de la parité. Il faut trouver autre chose ! C’est pourquoi j’estime que ceux qui ne sont pas d'accord avec cette loi auraient dû proposer une alternative. Ne rien proposer pour sortir de l’impasse, c'est participer au "délit"!

Comment sortir de l'impasse?
Il y a plusieurs voies. On peut créer un Sénat, comme le prévoit Taef. Un Sénat qui représente les communautés et protège leurs intérêts en leur donnant un droit de véto sur les grandes décisions. On peut aussi mettre en place la circonscription uninominale à deux tours, un électeur, un vote. Ce système marche dans plus de 100 pays de par le monde pourquoi il ne fonctionnera pas chez nous ?.
Dans tous les cas, je suis convaincu qu'il faut sortir de la "liste". La liste représente à mon sens le grand "mal" du système électoral libanais. La liste appartient à celui qui la compose, à savoir le "Zaïm" (leader local ndlr). Il commence par y placer le candidat qui apporte les finances nécessaires au fonctionnement de son parti. Ensuite, il y fera figurer les "yes men", les candidats qui n'enrichiront jamais le débat politique.

Quelle serait votre propre proposition de loi électorale?
Si les circonscriptions uninominales à deux tours ne passent pas, Je propose un Liban divisé en 36 circonscriptions, qui élirait un parlement de 108 sièges (contre 128 actuellement ndlr), répartis tout comme aujourd'hui selon les quotas confessionnels: 54 sièges chrétiens, 54 sièges musulmans. Mais la règle d’or toujours : un électeur, un vote ! Imaginons que la circonscription numéro 1 doive pourvoir trois sièges parlementaires, par exemple un siège chiite et deux sièges maronites. Dans cette circonscription, on aura plusieurs candidats maronites, et plusieurs candidats chiites qui viendront défendre, chacun, leur programme. Le candidat chiite ayant reçu le plus de voix sera choisi pour le siège parlementaire correspondant. Les deux candidats maronites qui auront reçu le plus de voix seront choisis pour les sièges correspondants.

Ce type de fonctionnement permettra de libérer la parole de "vrais candidats", qui seront obligés pour être élus de proposer un "vrai" programme. Peut-être que pour la première édition de telles élections, l'électorat chrétien votera en priorité pour le député de sa confession. Mais au scrutin suivant, les électeurs voteront avant tout pour le candidat le plus crédible à leurs yeux! Chaque candidat devra s'adresser directement aux électeurs locaux d'autres confessions. Il devra donc adapter son discours à la sensibilité, à l'histoire des autres confessions qui sont implantées sur le territoire. Cela contribuera à la communication entre les différentes communautés, qui finalement se rendront compte que leurs projets sont les mêmes… et échapperont ainsi à la mainmise des leaders communautaires et aux agendas des puissances internationales.
Tags
#Elections_législatives_2013, #Sami_Nader
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