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Politique

La France est le premier pays à reconnaître l’opposition syrienne

PARIS | Rue89 - Le 14 novembre 2012 à 09h02
Par Pierre Haski
Le président français François Hollande lors de la conférence de presse du 13 novembre. (capture d'écran)
C’est la seule véritable annonce de la conférence de presse de François Hollande et elle est de taille : la France reconnait la coalition nationale de l’opposition syrienne formée dimanche à Doha comme le «seul représentant» du peuple syrien.
« J’annonce que la France reconnaît la Coalition nationale syrienne comme la seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement provisoire de la Syrie démocratique permettant d’en terminer avec le régime de Bachar al-Assad »

En conséquence, la France, membre du Conseil de sécurité de l’ONU, estime que désormais, toutes les populations placées sous l’autorité de ce pouvoir jugé légitime « devront être protégées ». François Hollande n’a pas dit comment, excluant toujours une intervention militaire internationale, mais le sujet sera posé au niveau des Nations Unies.

Cette prise de position du chef de l’Etat, la première venant d’un pays occidental, va plus loin que la position exprimée le matin même par Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, qui se trouvait au Caire où il a rencontré Ahmad Moaz Al-Khatib, le nouveau chef de l’opposition syrienne.

Fabius s’était contenté de déclarer que la France souhaitait que cette coalition soit reconnue internationalement, sans franchr le pas, ce qu’a fait François Hollande face à la presse.

Cela fait des mois que l’opposition syrienne tente d’unir ses différentes composantes, sans grand succès. Elle a semble-t-il fait un pas important sur cette voie lors de ce rassemblement de Doha, et porté à sa tête un homme qui permet de rassembler des éléments contraires. Ahmad Moaz Al-Khatib est un ancien recteur de la mosquée des Ommeyades à Damas, sunnite de 52 ans, qui a quitté le pays il y a seulement trois mois.

L’unification de l’opposition est le fruit d’un compromis après d’intenses tractations, menées sous l’égide du Qatar et de la Ligue arabe et avec l’appui discret des Américains, entre les différentes formations, dont le Conseil national syrien (CNS), la principale composante à l’étranger dans laquelle les Frères musulmans sont très influents, et qui n’avait jamais réussi à s’imposer.

L’annonce française sur le site de la BBC

Cette prise de position française devrait être suivie de celle d’autres pays occidentaux, et sans doute de celle des Etats-Unis qui se sont déjà félicités de l’accord de Doha. La déclaration de François Hollande a été ausitôt relevée à l’étranger, notamment par les médias anglo-saxons.

Cela aura des conséquences que François Hollande a esquissées dès mardi :

Le président a spécifiquement mentionné la « protection internationale des populations » placées sous l’autorité d’un gouvernement légitime. Cela pose plusieurs questions encore sans réponse : cela passera-t-il par l’ONU ? La Russie et la Chine, qui ont jusqu’ici mis leur véto à toute action, laisseront-elles faire ? Et faire quoi ? Une zone d’exclusion aérienne ? Avec quels moyens aériens ?

En réponse à une question sur la fourniture d’armes à l’opposition syrienne, François Hollande a déclaré qu’il n’avait pas été favorable tant qu’il n’y avait pas de garanties que ces armes arriveraient dans les mains auxquelles elles étaient destinées... Mais que la situation changeait à partir du moment où il y avait un gouvernement légitime, opérationnel sur le terrain : la question « va être nécessairement reposée », a-t-il dit mardi. Les Occidentaux vont-ils donc fournir à cette opposition les armes qui lui permettraient de modifier le rapport de force sur le terrain ? Au Caire, Ahmad Moaz al-Khatib, le nouveau chef de l’oppposition, a d’ores et déjà demandé à la communauté internationale des « armes appropriées ».

Ce développement relance en tout cas la diplomatie autour de la question syrienne, qui semblait bien en panne alors que:

-les massacres continuent sur le terrain,
-le nombre de réfugiés dans les pays voisins ne cesse de croître,
-le risque de destabilisation régionale s’accroit avec l'attentat du 19 octobre à Beyrouth, où se trouvait il y a quelques jours François Hollande.

C’est donc une nouvelle phase qui risque de s’ouvrir dans le conflit syrien, après la délégitimation du régime de Bachar el-Assad par la Ligue arabe et les Occidentaux, prélude à un renforcement du soutien à une opposition aux composantes multiples, mais désormais acceptable aux yeux de Paris et Washington, les deux capitales en pointe sur ce sujet.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#Paris, #France, #FrançoisHollande
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