iloubnan.info
( Publicité )
Politique

Assassinat de Wissam al Hassan: la société civile inquiète des récupérations partisanes

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 21 octobre 2012 à 12h13
Par Elodie Morel
Manifestation le 21 mai 2012 place des Martyrs à Beyrouth suite à la mort de deux dignitaires sunnites tués par des tirs de l'armée libanaise dans le nord du Liban, sur fond de tensions à la frontière libano-syrienne.
Un rassemblement doit avoir lieu dimanche en milieu de journée à l'occasion des funérailles de Wissam al Hassan, tué vendredi lors de l'attentat à la voiture piégée qui a secoué Achrafieh. Alors que les appels à participer à cette manifestation se multiplient chez les leaders politiques, la société civile s'inquiète de toute tentative de récupération politicienne de cet assassinat.
"Est-ce qu'il n'est pas évident que le mouvement de protestation est utilisé par le 14 Mars pour accentuer le confessionnalisme et finalement revenir à une certaine stabilité?" Demande Nadine, membre active de la société civile au Liban, dans un Tweet qui ouvre une conversation avec des partisans de la coalition anti-syrienne jugeant son opinion injustifiée.

Différents leaders politiques anti-syriens ont appelé samedi leurs partisans à participer massivement aux funérailles de Wissam al Hassan, le chef des renseignements de la police libanaise assassiné vendredi dans un attentat à la voiture piégée à Achrafieh qui a fait trois morts et 126 blessés selon un dernier bilan. Sous forme de communiqués ou de discours télévisés solennels, ils ont appelé à faire de cette journée une occasion de rassemblement pour protester contre "les meurtriers et leurs protecteurs", a dit par exemple le mouvement du 14 Mars, visant le régime syrien et ses alliés au Liban, notamment le Hezbollah, actuellement à la tête de la coalition au pouvoir.

Depuis vendredi soir, face aux réactions des politiciens, les réseaux sociaux ont reflété la colère et les craintes de nombreux Libanais qui crient leur ras-le-bol face à un système qui n'a pas bougé depuis des décennies, gangrené par la corruption et les intérêts locaux et internationaux, et qui a montré son incapacité à répondre à leurs attentes.

"Mais qu'ils se taisent tous !!! ils n'ont rien fait et ne feront rien. C'est à nous de réagir, à nous de nous unir, eux ne feront rien d'autres que nous séparer, encore et toujours !!!" disait Patricia vendredi soir dans un post sur Facebook.

Pour certains analystes, le système politique libanais a tout simplement confisqué les fruits de la révolution du Cèdre, ce mouvement qui avait culminé avec la manifestation géante du 14 Mars 2005 organisée pour protester contre l'assassinat de Rafic Hariri, tué dans un attentat à la voiture piégée un mois auparavant: réunissant un million de Libanais réclamant pacifiquement le retrait syrien, le rassemblement avait abouti au départ de l'armée de Bachar el Assad, qui occupait l'ensemble du pays depuis la fin de la guerre civile au début des années 90.

Ce "printemps de Beyrouth" avait rapidement été qualifié d' "inachevé" par des acteurs du mouvement eux-mêmes et notamment les représentants de la société civile comme Samir Kassir (intellectuel anti-syrien, fondateur de la Gauche démocratique, assassiné en 2005). Ils déploraient la confiscation du mouvement par les leaders religieux et politiques d'alors. Ces leaders sont toujours en poste aujourd'hui.

En 2005, le Printemps de Beyrouth n'a pas réussi à renouveler le système politique libanais

En 2011, en observant les révolutions arabes, nous nous demandions comment il avait été possible que cette marée humaine du 14 mars 2005 n'ait pas marché sur le Palais présidentiel ou sur le Parlement. Nous avions posé la question à Ziad Majed, politologue, ancien membre de la Gauche démocratique, qui a vécu le mouvement de l'intérieur. Il nous avait expliqué, en mars 2011, que le mouvement du printemps de Beyrouth n'était parvenu "ni à renouveler la classe politique, ni à ce qu’un chantier de réformes soit mis en place, ni à ce qu’un dialogue sérieux soit lancé pour redéfinir la position et le rôle régionaux du Liban ainsi que les caractéristiques du système politique qui doit le gérer."

"Les limites de l’Intifada de 2005 sont dues à divers facteurs dont notamment le fait que ce soulèvement ne s’est pas suffisamment préparé face à l’exacerbation de l’enthousiasme confessionnel, lequel a été «toléré» (ou même camouflé) lors du tournant historique indépendantiste, mais qui a rapidement dégénéré sous l’effet de la concurrence intercommunautaire inhérente à la nature du système politique," précise Ziad Majed, qui poursuit: "cette concurrence a rendu la destitution du président de la République difficile. Elle a également rendu toute initiative citoyenne ou laïque laborieuse, du fait du retour en force des puissances communautaristes et traditionnelles en vue des élections législatives de mai 2005, juste quelques semaines après la grande mobilisation populaire."

Samedi, un premier rassemblement place des Martyrs montrait des militants brandissant des drapeaux de tous les partis politiques anti-syriens. On pouvait même y voir quelques drapeaux des rebelles syriens.

Ali, militant libanais pour l'environnement, a relayé un appel à un rassemblement pour la paix au Liban, dimanche place du Trocadéro à Paris. "Venez nombreux avec le drapeau du Liban uniquement" précise-t-il dans son message. Reste à savoir si son appel sera entendu jusqu'à la place des Martyrs.
Tags
#Wissam_al_Hassan, #Manifestation
Donnez votre opinion
0 Commentaires
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2018 Par Proximity Agency