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Politique

Diplomatie : la détermination floue de François Hollande

PARIS | Rue89 - Le 28 août 2012 à 14h44
Par Pierre Haski
Le président français François Hollande lors de la Conférence des ambassadeurs à Paris le 27 juin 2012. Crédit photo: Présidence de la République - Christelle Alix/Laurent Blevennec.
Si les paroles suffisaient, le discours aux ambassadeurs prononcé lundi par François Hollande ferait tomber la dictature en Syrie, remettrait l’Iran sur la voie de la non-prolifération nucléaire, chasserait les intégristes du Nord-Mali, et rendrait Vladimir Poutine et Hu Jintao coopératifs et sympathiques.
Mais la fermeté de ton employée par le Président, dans son premier grand discours de politique étrangère depuis son élection, cache mal les limites du poids de la France dans le monde, accentuées par la crise économique et financière, et par les fragilités de la société française.

Syrie : pas d’intervention militaire


François Hollande a voulu exprimer une détermination à toute épreuve, surtout sur la crise syrienne qui lui a valu, cet été, une surenchère de son prédécesseur Nicolas Sarkozy et de son « complice » de la campagne libyenne, Bernard-Henri Lévy, qui ont commencé à distiller l’image d’une France trop molle alors que l’on massacre à quelques heures d’avion de Paris.

Mais, tout en partageant leur rejet absolu du régime de Bachar el-Assad, le successeur du tombeur de Kadhafi ne veut pas mettre le doigt dans l’engrenage de l’intervention militaire dans un conflit qui, malgré les assertions de l’expert stratégique BHL, n’a rien de comparable avec le précédent libyen, à part la brutalité du régime.

François Hollande a ainsi affirmé que la France n’interviendrait pas sans un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui exclut toute action armée (sauf, a-t-il dit, reprenant la position américaine, dans le cas d’un usage des armes chimiques par l’armée syrienne). La Russie et la Chine, détentrices du même droit de veto que Paris, ne permettront pas un tel mandat onusien, pas même un feu vert « soft » comme celui qui a permis le renversement de Kadhafi en Libye l’an dernier.

Le Président a reproché à Moscou et Pékin d’« affaiblir » l’ONU, ce qui ne devrait pas les déranger outre-mesure.

Dans son discours, François Hollande s’est prononcé pour la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, mais il sait très bien que le sujet est sur la table, et dans l’impasse, depuis plus d’une décennie. Une telle réforme nécessite un consensus, et donc l’accord de ceux-là même qu’il veut affaiblir. CQFD : cette réforme est pour l’heure mort-née.

En se plaçant dans le cadre exclusif des Nations Unies, François Hollande a le mérite d’une cohérence globale qui place l’action de la France dans le cadre du droit international, mais il se lie les mains dans le cadre spécifique de la crise syrienne.

Seule initiative d’un discours excluant tout compromis avec Bachar el-Assad : l’annonce que la France reconnaîtrait un gouvernement de transition représentatif mis en place par les différentes composantes de l’opposition.

Mais Laurent Fabius avait déjà lancé un appel à un tel gouvernement avant l’été, sans avoir été tellement entendu. François Hollande a rencontré ces derniers jours l’émir du Qatar, acteur-clé du conflit, et le Conseil national syrien (CNS), principale vitrine de l’opposition à l’extérieur, sans doute pour plaider pour plus de cohérence de la résistance à Assad.
Peser sur l’Iran ?

On ne trouvera pas plus de capacité à peser sur la situation dans le chapitre iranien, là aussi très ferme en paroles. François Hollande a réaffirmé sa position ancienne contre toute nucléarisation de l’Iran, et s’est prononcé pour plus de sanctions contre Téhéran tant que des réponses satisfaisantes ne seront pas apportées.

Mais là encore, le poids de la France est limité, notamment auprès d’Israël visé sans le nommer par la mise en garde de François Hollande contre toute initiative « préventive », comme auprès de Téhéran qui ne résonne qu’en rapports de force crus, et a montré, en accueillant le sommet des non-alignés ce week-end, que l’Iran n’était pas totalement isolé.

Enfin, le Sahel, et la création d’un « Afghanistan en puissance » au nord du Mali : François Hollande a inscrit la solution de cette crise dans le cadre de sa nouvelle politique africaine qui exclut les « méthodes d’hier », c’est-à-dire les interventions militaires directes.

Il se dit prêt à apporter un appui logistique à une intervention panafricaine, décidée par les Etats de la sous-région, ceux de la Cédéao (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest). Mais ces derniers ont du mal à s’organiser, et risquent fort de ne pas avoir les moyens de déloger les islamistes de Tombouctou.

En cas d’échec ou d’impuissance africaine, que fera la France, qui considère ce foyer intégriste au sud du Sahara comme une menace directe ?
« Tenir son rang »

François Mitterrand, auquel François Hollande aime à se référer, avait justifié son engagement dans la première guerre du Golfe, en 1991, en soulignant que la France devait « tenir son rang ».

Deux décennies plus tard, il devient de plus en plus difficile de « tenir son rang » lorsque celui-ci s’appuie sur une économie surendettée et une croissance amorphe, une société fragilisée par un chômage de masse et des fractures multiples.

François Hollande sait qu’il ne peut plus faire illusion, comme l’ont fait ses prédécesseurs avec de plus en plus de difficultés, et continuer longtemps à prétendre que la France a les moyens de ses ambitions. Il hérite d’un pays affaibli, dont la parole, quoi qu’il en dise, porte moins, et qui n’a pas trouvé en Europe les relais de puissance qu’il escomptait.

Pour cette raison, le passage de ce discours-cadre sur l’approfondissement de l’Europe à géométrie variable, et sur la mobilisation de l’appareil diplomatique au service de l’économie, sont les plus convaincants et les plus urgents.

Pour le reste, le poids des mots a ses limites : la diplomatie française fait ce qu’elle peut, dans un monde qui a changé au détriment de l’influence hexagonale.
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