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Politique

La Syrie au bord du gouffre: la non-violence peut-elle sauver la situation?

PETALUMA, Californie | CGNews - Le 23 avril 2012 à 12h23
Photo: AFP
Le Printemps arabe, déclenché par le geste d’auto-immolation de Mohammed Bouazizi l’an dernier en Tunisie, a suscité une envie de liberté dans toute la région, allant même jusqu’à influencer l’imagination et l’esprit créatif de militants non-violents et de millions d’individus mécontents dans le monde entier. Mais l’espoir que cela a fait naître s’est-il figé avec la violence qui sévit en Syrie ? Pas forcément.
Nous devons nous rappeler que la notion de non-violence est très ancrée en Islam, et que cela vaut également pour la majorité musulmane de Syrie. Comme toutes les grandes religions révélées, celle du Prophète Mahomet (que la paix soit sur lui) est fondée sur une vision d’unité humaine, interdisant la violence et valorisant la non-violence telle que nous la concevons.

Les enseignements du Coran reflètent les mêmes principes qui inspirèrent Gandhi et Martin Luther King dans leurs propres traditions. Selon la sourate Al-Asr, (103 :3) du Coran, les privilégiés de Dieu « croient et accomplissent les bonnes oeuvres, s'enjoignent mutuellement la vérité et s'enjoignent mutuellement l'endurance » ou sabr - un des termes qui désigne la non-violence en arabe.

Dans un célèbre hadith (texte qui retrace les faits ou les paroles de Mahomet), le Prophète (que la paix soit sur lui) déclare qu’un musulman doit aider non seulement la victime mais aussi l’oppresseur, un de ses compagnons, étonné de l’entendre dire cela lui demande alors: comment pouvons nous aider un oppresseur ? Le prophète lui répond : « en l’empêchant d’oppresser ».

Ces exemples, parmi d’autres, montrent qu’on n’a pas besoin de chercher plus loin que dans le Coran et dans les hadith pour trouver les principes fondamentaux de la non-violence. Ces principes ressurgissent continuellement dans l’histoire des pays à majorité musulmane. Le livre Civilian Jihad: Nonviolent Struggle, Democratization and Governance in the Middle East, [Le djihad civil: la lutte non-violente, la démocratisation et la gouvernance au Moyen-Orient] publié par Maria Stephan en 2010 cite de nombreux exemples, d’ailleurs antérieurs au Printemps arabe, et dont les plus parlants sont les cas des mouvements de résistance palestiniens ayant obtenu un succès partiel.

Le militant syrien Bsher Said nous a dit récemment que l’opposition non-violente a été prise au dépourvu lorsque la révolte a éclaté il y a un peu plus d’un an. Certains ingrédients étaient cependant présents : dans de nombreuses villes des jeunes cadres de l’opposition se sont chargés de travaux publics comme le nettoyage des quartiers, même si cela pouvait parfois attirer l’attention sur eux de manière négative.

Comme pour tout, la non-violence marche mieux quand on sait ce que l’on fait, mais il faut aussi faire preuve de volonté pour souffrir sans amertume, ou affronter le pire, si c’est nécessaire. Ce qui est également le cas en Syrie aujourd’hui.

Bsher Said et d’autres personnes qui ont fondé Freedom Days, une organisation qui regroupe plusieurs mouvements d’opposition, ont continuellement risqué leur vie pour promouvoir le changement politique de façon non-violente. Dans pratiquement toutes les villes du pays, des militants pro-démocratie montent des pièces de théâtre, écrivent des chansons et lâchent des ballons qui, lorsqu’on tire dessus, laissent s’échapper des bandes de papiers avec l’inscription « liberté ».

Les ingrédients pour une mobilisation civique, tout aussi créative et même plus concrète, sont là et continuent d’être là ; ils s’ajoutent aux grèves et aux arrêts de travail qui ont déjà fait passer le message que le gouvernement et l’opposition doivent négocier et trouver un moyen d’aller de l’avant.

Historiquement, les insurrections non-violentes se soldent par un succès lorsque la communauté internationale reconnaît et soutient la lutte courageuse des acteurs sur le terrain. Les organisations comme Peace Brigades International et Nonviolent Peaceforce – pour ne citer que deux d’entre elles – ont précisément mené remarquablement bien, sur une petite échelle, ce genre d’action de maintien de la paix non-armée et civile, notamment en Colombie, au Soudan du Sud et au Sri-Lanka, qui connaissent des situations comparables à celle de la Syrie.

En tant qu’observateurs extérieurs, nous devons prendre en compte la non-violence et soutenir les institutions de maintien de la paix non-armée et civile qui pratiquent la non violence.

Michael Nagler est professeur émérite à l’Université de Californie à Berkeley et l’auteur de The Search for a Nonviolent Future[A la recherche d’un avenir non-violent ]. Titulaire d’une maîtrise en résolution de conflit, Stéphanie Van Hook est directrice générale du Metta Center for Nonviolence.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
CGNews
Tags
#Syrie, #Assad, #Révolutions_arabes
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