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Politique

Iran: Passer de l’option militaire à la voie diplomatique

WASHINGTON | CGNews - Le 28 mars 2012 à 14h11
Un essai nucléaire en Polynésie française. Image tirée du site http://www.monde-solidaire.org
Après des mois de rhétorique belliqueuse prononcée par l’Iran, Israël et les Etats-Unis, il semble que le temps d’une pause collective, et bienvenue, soit arrivé.
Depuis le discours du président Barack Obama du 4 mars prononcé devant « l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) » (le comité américain pour les affaires publiques israéliennes, un groupe de pression américain pro-Israël), toutes les parties se sont mises à promouvoir l’utilisation de moyens non militaires pour résoudre la crise du programme nucléaire iranien.

Tout en affirmant qu’il est déterminé à empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires, Barack Obama a consacré la majorité de son discours devant l’AIPAC à décrier ce qu’il a appelé des « loose talk » (des déclarations inconsidérées) de guerre. Il a parlé avec éloquence des coûts d’un autre conflit militaire pour une nation qui a déjà combattu deux guerres dans la dernière décennie.

Son message lors de la visite du premier ministre Benyamin Nétanyahou était clair : je ne vais pas commencer une autre guerre et tu ne vas pas m’y entraîner.

Benyamin Nétanyahou, de son côté, a semblé s’incliner devant certaines réalités.

En politicien avisé, il est en train d’estimer les chances que Barack Obama soit réélu pour quatre ans. Le leader israélien est aussi conscient du fait que la majorité de l’establishment de la défense et des services secrets, ainsi que la majorité du peuple israélien, s’opposent à une frappe unilatérale de l’Iran qui pourrait amorcer des représailles massives, sans forcément retarder de façon significative le programme nucléaire iranien. L’ancien chef du Mossad Meir Dagan a du reste qualifié une telle frappe de « stupide ». Barack Obama argumente en disant que des sanctions économiques ont un impact majeur sur l’économie iranienne et qu’il faut leur laisser le temps d’agir.

Les preuves semblent le confirmer.

Les sanctions bancaires américaines et les menaces européennes d’un embargo pétrolier ont diminué la valeur de la monnaie iranienne de moitié, ont augmenté l’inflation et le chômage et ont diminué la production de pétrole. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a rapporté la semaine dernière que l’Iran est en train de pomper seulement 3.3 millions de barils par jour au lieu des 3.8 millions de l’an passé, et que les exportations iraniennes de pétrole pourraient descendre de 50 pour cent cet été.

Bien que niant que les sanctions soient un des facteurs responsables, les dirigeants iraniens ont accepté de revenir s’asseoir à la table des négociations avec ce que l’on nomme en général le P5+1 – les cinq membres permanents au conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne. Les pourparlers, les premiers depuis janvier 2011, doivent avoir lieu après le pont du Nouvel An iranien.

En prévision, la République islamique a mené une offensive de charme. Le 8 mars dernier, le Guide suprême de la République islamique d'Iran l'ayatollah Sayed Ali Khamenei a réaffirmé une fatwa datant de 1995 et qui stipulait que construire des armes nucléaires constituerait « un grave péché ». Il a également complimenté Barack Obama pour ses critiques sur les discours guerriers. « De telles remarques sont positives et indiquent un abandon de ses chimères», a dit Sayed Ali Khamenei.

Le 15 mars, Mohamed Javad Larijani, un physicien ayant fait ses études aux Etats-Unis et actuellement conseiller de l'ayatollah Sayed Ali Khamenei, a déclaré à la journaliste de CNN Christiane Amanpour, que l’Iran fournirait des informations complètes et transparentes sur son programme nucléaire en échange des droits à un développement pacifique de son énergie nucléaire selon le traité de non- prolifération nucléaire (TNP).

Mohamed Javad Larijani a également nié l’intention de l’Iran d’attaquer Israël, précisant que l’Iran se défendrait contre une agression, mais ne serait pas le premier à attaquer un autre pays.

Les Iraniens ont signalé d’autres façons également leur intérêt dans des pourparlers avec les Etats-Unis.

Le 5 mars, la Cour suprême iranienne a ordonné de juger à nouveau un ancien membre de la marine américaine, d’origine irano-américaine, condamné à mort après avoir été accusé d’espionnage pour le compte de la CIA.

Le 13 mars, les Etats-Unis ont extradé vers l’Iran un trafiquant d’armes arrêté en 2007 lors d’une opération montée en Géorgie.

Prises dans leur ensemble, ces différentes actions améliorent l’atmosphère des négociations. Il n’est cependant pas certain que l’administration Obama et ses partenaires soient en mesure d’offrir à l’Iran une façon de sauver son honneur afin de réduire les tensions.

Les éléments clé doivent inclure une limitation de l’enrichissement iranien en uranium à 5 pour cent d’U-235, arrêter l’enrichissement dans un site proche de Qom et permettre l’accès à l’Agence internationale de l'énergie atomique de sites et de scientifiques soupçonnés d’être impliqués dans de la recherche nucléaire ayant pour but de développer des armes.

De son côté l’Iran demandera certainement la reconnaissance de son droit à un certain enrichissement d’uranium et à la levée, ou au moins à leur ajournement, de certaines sanctions.

La capacité de Barack Obama, en pleine campagne électorale, à faire des compromis avec un pays ennemi des Etats-Unis depuis 33 ans mettra à l’épreuve sa volonté de placer les intérêts nationaux avant une opportunité politique.

L’Iran, quant à lui, devra honorer ses engagements s’il espère voir diminuer les pressions économiques et atteindre la position désirée de puissance respectée dans la région ainsi qu’au niveau de la communauté internationale.

Barbara Slavin est chargée de recherche auprès de « l’Atlantic Council » (le Conseil de l’Atlantique), correspondante pour Al-Monitor.com à Washington, DC et auteur en 2007 d’un livre Bitter Friends, Bosom Enemies : Iran, the U.S., and the Twisted Path to Confrontation (Amis amers, ennemis intimes : l’Iran, les Etats-Unis et le chemin tordu vers la confrontation).
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#Iran, #nucléaire
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