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Politique

Cette fois-ci, l'unité palestinienne a des chances de se concrétiser

AMMAN | CGNews - Le 25 fvrier 2012 à 20h21
Le président Mahmoud Abbas et le chef du Hamas Khaled Mechaal au Caire lors de la cérémonie de réconciliation entre les factions palestiniennes
Suite à l'accord historique entre le Hamas et le Fatah, le journaliste Daoud Kuttab examine ce qui rend cet accord exceptionnel et pourquoi ses chances de succès sont plus grandes qu'auparavant.
La réconciliation palestinienne a fait un grand pas en avant récemment suite à un accord plaçant le président Mahmoud Abbas au poste de Premier ministre.

L'accord de Doha signé plus tôt ce mois-ci entre le chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal et Mahmoud Abbas, a amené un bon nombre de personnes à se poser les questions suivantes: le Hamas a t-il capitulé face aux demandes du Fatah? Les incitations financières du Qatar sont-elles à l'origine de cette soudaine percée?

Qu'est-ce qui aurait pu conduire M. Mechaal à signer un accord le dressant publiquement contre les chefs du Hamas dans la bande de Gaza tels que Mahmoud Al Zahar qui l'a accusé d'avoir signé ledit accord sans les en informer?

Les développements géopolitiques apparus à la suite du printemps arabe y sont sans doute pour quelque chose. Ces derniers mois, le Hamas (notamment sa direction installée à Damas avec à sa tête M. Mechaal) s'est distancié du gouvernement syrien. La violence du régime de Bashar el-Assad à l'encontre des Frères musulmans activistes en Syrie a contraint M. Mechaal et ses collègues à chercher une autre résidence. Depuis qu'il a quitté Damas, il s'est rendu en Jordanie où il se pourrait qu'il rétablisse le siège de son organisation. L'adjoint de M. Mechaal, Abou Marzouk, s'est quant à lui récemment installé en Egypte.

Bien que le Hamas soit en train de perdre son siège en Syrie, il peut encore compter sur les mouvements politiques islamiques dans des pays comme l'Egypte, la Libye et la Tunisie ainsi qu'une éventuelle Syrie après Bashar. Ce changement est, cependant, mitigé. Certes, le Hamas aura probablement plus d'amis au Moyen-Orient et dans le Golfe de l'après-printemps arabe mais il est entendu qu'en retour il devra réduire ses relations avec l'Iran et amoindrir ses positions radicales afin que ses nouveaux amis restent satisfaits.

En réalité, le Hamas a assoupli sa position pour quelque temps. M. Mechaal a déclaré publiquement que son mouvement n'allait plus tenter de libérer la Cisjordanie et Gaza par la violence mais au moyen d'une lutte (populaire) non-violente.

A Gaza, les chefs du Hamas craignent maintenant que l'accord de réconciliation leur fasse perdre le pouvoir que le contrôle de la Bande de Gaza leur avait octroyé ces cinq dernières années. Toutefois, les développements régionaux et politiques ne sont pas uniquement responsables de l'accord passé entre le Hamas et le Fatah à Doha. Des considérations liées au financement ont certainement joué un rôle aussi. D'après des communiqués citant des sources diplomatiques, le fait que le Hamas ait refusé de soutenir le régime syrien a entraîné la perte d'un important financement de la part des alliés iraniens de la Syrie. Sans le financement de l'Iran, diriger la Bande de Gaza devient bien plus difficile financièrement et pourrait contribuer à une plus grande dégradation de l'image du Hamas auprès de la population.

Le financement en faveur du gouvernement palestinien basé à Ramallah s'est également asséché ces derniers temps. Depuis que la direction de l'Autorité palestinienne (AP) a décidé de demander la reconnaissance de l'Etat palestinien par les Nations unies, le financement de la part des Etats-Unis et d'autres pays occidentaux a diminué, laissant le financement arabe comme la seule solution de rechange appréciable. Ce n'est pas un hasard si les ministres arabes des affaires étrangères qui ont rencontré la Ligue arabe la semaine dernière ont promis de verser près de 100 millions de dollars par mois à l'Autorité palestinienne. Néanmoins, si la réconciliation n'a pas lieu, il y a peu de chance de voir ne serait-ce qu'une fraction de ce montant transférée à l'AP.

C'est pour ces raisons que l'ensemble des parties concernées considère avec plus de sérieux le dernier accord de Doha. Pendant des mois, les négociations représentant les deux parties pour déterminer qui serait le Premier ministre par intérim jusqu'aux élections prévues pour la fin de l'année sont restées au point mort. Le Fatah a réclamé publiquement Salam Fayyad, mais les partis islamiques s'y sont opposés. Ils jugeaient M. Fayyad, ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale, comme trop proche des pays occidentaux considérés comme jouant un rôle dans la légitimation du boycottage par Israël du gouvernement dirigé par le Hamas à Gaza.

Néanmoins, si le Hamas ne voulait pas de M. Fayyad, qui n'est pas un membre du Fatah, alors pourquoi a t-il accepté M. Abbas - chef du Fatah? En réalité, selon un rapport de Doha, le nom de M. Abbas aurait été suggéré par le chef du Hamas en personne.

Apparemment, M. Abbas était le meilleur compromis. Ses déclarations répétées selon lesquelles il ne se présenterait à aucune élection lui ont conféré une plus grande crédibilité. En outre, M. Abbas est considéré comme un homme de parole; c'est lui qui a supervisé les élections libres et démocratiques en 2006 qui ont porté le Hamas au pouvoir.

La réconciliation avec le Fatah a certainement amélioré l'image globale du Hamas, aux dépens de divisions internes au sein même du mouvement. Le choix commun en faveur de Mahmoud Abbas ainsi que des signes d'assouplissement de la position politique du Hamas à l'égard d'Israël semblent clairement indiquer que, cette fois-ci, les chances de parvenir à une unité palestinienne sont plus grandes qu'elles ne l'ont été par le passé.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
CGNews
Tags
#Hamas, #AutoritéPalestinienne, #Khaled_Mechaal, #Mahmoud_Abbas
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