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Devant notre clavier ou à l’écoute de notre téléphone, nous sommes "le" centre du monde

QUEBEC | Le 10 juillet 2016 à 21h56
Par Yves Loiseau

Il y a trois ans déjà, à Beyrouth, nous avions discuté de cet instrument magique et génial qu’est l’imprimante 3D. C’est l’exemple que vous prenez aujourd’hui pour illustrer la révolution digitale qui s’abat sur la planète et que vous venez de rencontrer à Paris. Et moi, c’est justement de l’écart existant entre notre premier entretien sur le sujet et la date de votre post dont je me servirai pour vous répondre. Et ces lignes ne se veulent pas polémiques, elles se veulent propositionnelles…

Selon moi, le problème n’est pas -n’est plus- dans l’irruption de nouvelles technologies qui se remplacent les unes les autres à une vitesse infernale, mais plutôt dans notre capacité de les assimiler et de les traduire, concrètement, dans nos vies respectives.

C’est de la « méditation appliquée à la technologie » que nous manquons. Ou en d’autres termes de la « veille technologique » dans nos systèmes de fabrication…. Nous ne réfléchissons pas assez…. « Keep cool Max » C’est, en quelque sorte, ce que vous venez de faire en vous immergeant dans « Viva Technology »…

Pour moi, nous ne sommes pas dans une seconde révolution digitale, nous sommes dans la continuité de cette nouvelle phase d’industrialisation du « village global ».

Pour dérouler votre argumentation, vous faites référence à un industriel « génial »: il tente de lutter contre l’obsolescence programmée… ou l’éloignement de ses revendeurs et recommande les services de l’imprimante 3D afin de remplacer les pièces défaillantes de son électro ménager…..

Mais permettez-moi de vous dire que depuis notre discussion de Beyrouth -et avant le salon de Paris que vous venez de quitter- s’est mise en route la constitution de banques de données -gratuites et payantes, multiples et variées- MarcheNumérique.fr  ou ImprimerEn3D.net-entre autres- où l’industriel que vous avez pris pour exemple risque de retrouver -sans avoir peut-être même donné son accord- les pièces dont il allait livrer les plans sur le net…

C’est un fait brut qui a été sans doute plus vite que sa réflexion.

Les questions qui sont posées par ces nouveaux étalages technologiques restent toutefois à résoudre et notamment les droits d’auteur dans ce type d’industrialisation «collaborative».

Il y a déjà quelques années que le système bancaire africain a pris des coudées d’avance sur ce qui se pratique dans le monde développé et il n’est pas rare de voir des paysans locaux, installés au milieu de nulle part, effectuer leurs transactions avec des téléphones portables. Qui l’eut cru. En prenant seulement un des bouts de la lorgnette on constate que le marché du téléphone cellulaire a explosé en Afrique… Pas celui des machines neuves qui resteraient financièrement hors de portée des paysans que je viens de prendre comme exemple, non, mais de machines d’occasion qui ont été reconditionnées par des artisans à la fois locaux et géniaux grâce aux rebuts dont la société occidentale s’est débarrassée…

"A quand une voiture électrique fabriquée à Bikfaya avec des plans venus des US, à partir d’une imprimante 3D?"

En fouillant dans les bases de données référencées plus haut on trouvera les modèles de voiture -y compris électriques- que tout un chacun peut d’ores et déjà construire chez soi. Le patron de Tesla fabrique maintenant, depuis quelques mois, à brevets ouverts et ne se soucie plus de déposer des brevets qui peuvent être ainsi partagés. A quand une voiture électrique fabriquée à Bikfaya ou à Jbaïl avec des plans venus des US ou de Chine à partir d’une imprimante 3D, par exemple la W.Afate 3D fabriquée à Lome au Togo et qui recycle les déchets?

Pour s’habituer à l’arrivée de l’imprimerie, le monde occidental a mis 30 ans à trouver les nouvelles formules qui correspondaient à la technologie de Gutenberg. De combien de temps avons nous encore besoin ?

Je crois que cette fois-ci, la révolution que nous avons à accomplir est loin d’être seulement technologique. Elle est d’abord spatio-temporelle…. A la place où nous sommes, devant notre clavier ou à l’écoute de notre téléphone, nous sommes « le » centre du monde.

Juste une anecdote personnelle: en 1995, le leader de l’UNITA, Jonas Savimbi m’avait demandé de venir developer l’utilisation de l’Internet dans les maquis. Oui, vous avez bien lu: la date et le lieu…. Nous étions connectés par le canal d’antennes satellites et d’opérateurs téléphoniques situés la plupart du temps en Europe. Je mettais un point d’honneur à livrer tous les matins, en pleine brousse, aux invités du « chef », une revue de presse qui était composée de ce que l’on trouvait alors de disponible en PDF: les unes de Libération, du New York Times et de l’Asahi Shimbun -du jour évidemment-…. Interloqué, l’un des invités, envoyé spécial de Jacques Chirac, a demandé à me voir et m’a avoué faire la connaissance de l’internet dans ce trou perdu du continent qu’était Bailundo. Les communiqués de presse que livraient « Kwacha Unita Press » étaient lus, dans l’instant, à New-York et à Luanda, mais aussi à Washington, à Paris et à Lisbonne.

Bailundo était devenu le centre du monde.

C’est cette intervention qui a changé ma vie.

Tous les matins, je suis, nous sommes le centre du monde.

La géographie globale de la planète en est changée. Essayez de redessiner la carte du monde avec, au centre, l’endroit où vous vous trouvez: si vous y parvenez, vous verrez d’un autre oeil la place des USA, de l’URSS et de la Chine…..

Pour parler de l’information, qui est tout de même la raison d’être d’Iloubnan.info, l’une des choses qui me fascinent est de voir le retard qu’ont la plupart des grands médias vis à vis de cette époque époustouflante. C’est, à mon sens, la continuation de votre réflexion du « Viva Technology »….

Ici au Canada, je lis tous les matins Le Devoir auquel je suis abonné en édition électronique. J’y retrouve des papiers achetés à Libé et à Le Monde dont je suis également lecteur numérique. Mais je lis aussi ici L’Orient-le Jour, Le Soleil de Dakar-on line et Haaretz… Il y a là une aberration que « la télévision » locale ou nationale, contrainte et forcée ne peut plus avoir… D’un commun accord familial, dans notre petit village du Québec, nous avons banni la télévision linéaire et nous construisons nous-mêmes nos programmes de la soirée: séries du monde entier -ou presque-, journaux d’information et, quand il le faut, actualité en direct…

Pour ce qui concerne l’écrit, -quotidiens et magazines- le drame est que les agrégateurs de contenu soient des algorithmes mathématiques fournis par des sociétés dont l’informatique est le coeur de métier et l’information le cadet de leurs soucis. Ce sera sans doute le prochain stade: des plateformes de syndication où l’on pourra trouver sur un événement -ou plusieurs- des éléments d’informations multi plateformes -images, sons, écrits- venus du monde entier sous le contrôle éditorial de journalistes qui marqueront le contenu de leur « point de vue » sur l’actualité…

Les outils ne sont que des outils, c’est l’imagination qui est sollicitée par cette évolution continue…

Tags
#Digital, #Numerique, #VivaTechnology, #Impression3D
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