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« Une seconde en plus, ça ne change rien. » Ah bon ?

PARIS | Rue89 - Le 02 juillet 2015 à 09h09

Dans la nuit de mardi à mercredi, une seconde supplémentaire s’est intercalée entre 1h59 et 2 heures du matin. Un bref moment hors du temps de nos montres, qui ne permet pas de récupérer du sommeil, mais rapproche les horloges atomiques, gardiennes du temps universel coordonné, des irrégularités des rotations de la Terre.

Bon, une fois que l’on a dit cela, il ne reste plus qu’à se coucher à la même heure et régler son réveil sans état d’âme. Ce n’est pas un clignement des yeux supplémentaire qui va rendre une journée vraiment différente.

Et pourtant. Une seconde supplémentaire, cela compte. Dans le sport, le cinéma, la musique, la finance, les satellites, une seconde peut tout changer. Un bref instant de décalage et le long terme est affecté.

1) Courses sportives
Une seconde pour tomber du podium

Moins d’une seconde d’écart entre le premier et le dernier lors de la finale du championnat du monde de 100 m homme de 2009. Entre le franchissement de la ligne d’arrivée par Usain Bolt, médaille d’or, et Darvis Patton, le dernier, seule 0,76 seconde s’est écoulée.

Cela fait déjà un petit moment que la seconde est trop longue pour faire la différence en sport. Ce sont les dixièmes et les centièmes qui font et défont les champions. Aux Jeux olympiques de Londres en 2012, seuls 3 centièmes de seconde ont départagé la première et la deuxième marche du podium au 100 m femme.

Le point de rupture s’est fait au mondial de 1972 et l’arrivée du chronomètre électronique. Avec lui, le centième a fait son entrée, poussant l’industrie de la compétition sportive à améliorer ses équipements pour maximiser les compétences. Des scientifiques travaillent à trouver le maillot de bain le plus ergonomique et les nageurs se rasent pour empêcher que le contact de l’eau sur le poil ne les freine, ne serait-ce que d’un centième de seconde.

Une seconde marque des différences notables. Elle est plus importante que l’écart entre le record masculin de course du 100 m et le record féminin, qui est de 0,91 seconde.

Une seconde, c’est également beaucoup d’efforts et de temps. Le temps qu’il a fallu pour gagner une seconde sur le premier record du 100 m homme d’athlétisme ? Presque un siècle. 97 ans exactement pour passer de 10,6 secondes, record obtenu en 1912 par Donald Lippincott, au record d’Usain Bolt de 2009 de 9,58 secondes.

 

2) Le « trading » haute fréquence
Une seconde qui valait des millions

Chaque seconde, 350 000 transactions sont réalisées sur les marchés financiers. Le trading à haute fréquence a envahi la finance. Les coups de téléphone et les achats à la criée ont été remplacés par des systèmes d’algorithmes qui vendent et rachètent des actions à toute vitesse, pour tenter de faire gonfler artificiellement leurs valeurs.

Les entreprises tentent de se court-circuiter entre elles, et ne gardent des produits que quelques secondes pour gagner de petites sommes à chaque transaction.

Pour atteindre les millions de dollars, il faut multiplier à l’infini les transactions sur le marché. Pour cela, des sommes folles sont investies pour relier les ordinateurs et les centres de traitement des ordres des grandes places boursières.

Ainsi, une ligne privée de réseau en fibre optique relie les 1 200 km qui séparent les bourses de New York et Chicago. A la clé : quelques millisecondes à gagner sur des concurrents et quelques millions de dollars engrangés facilement.

Une autre conséquence de cette course à la vitesse : l’apparition des « flash crashs ». Des krachs boursiers, dus à une erreur d’algorithme, qui peuvent, en une seconde, faire plonger des valeurs durablement. C’est ce qui s’est passé le 6 mai 2010 à 14h42 et 44 secondes. Un « mini krach » qui fera plonger les cours de 1 000 milliards de dollars et débouchera sur l’arrestation d’un trader anglais.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les analystes vont ainsi regarder de près le comportement des bourses de Tokyo et Sidney qui seront ouvertes pendant cette seconde supplémentaire.

 

3) Les satellites
Une seconde sans s’arrêter de tourner

Si la majorité des Français seront en train de dormir pendant cette seconde supplémentaire, certains objets, eux, continueront de tourner. Et pour cause, les satellites doivent continuer leur course autour de la Terre comme si de rien n’était. Il n’existe pas de « pause » ou « d’accélération » possible dans leur vitesse de satellisation, qui leur permet de rester en orbite. Ainsi, selon leur distance autour de la Terre, ils auront avancé de 3 à 8 km pendant la seconde intercalaire. Attention à ne pas les perdre de vue au réveil.

La galère est aussi importante pour tous les GPS. Cette technologie satellite américaine a besoin d’un temps continu. Du coup, elle n’utilise plus les secondes intercalaires depuis 1980. Elle a ainsi un retard de plusieurs secondes sur le temps universel coordonné. Retard qu’elle doit combler et ajuster a posteriori, au moment d’envoyer le signal du satellite vers le GPS.

Ce décalage peut être une source de confusion, mais les concepteurs de logiciels GPS sont prévenus à l’avance de l’ajout futur d’une seconde au moment de la transmission du signal GPS.

 

4) Synchronisation du son
Une seconde pour un rythme « coupé-décalé »

Rythme, tempo et pulsations : la musique est une histoire de synchronisation. Une seconde de décalage, et tout un morceau est ruiné. Du rythme de la grosse caisse au métronome posé sur le piano, on ne transige pas avec les secondes qui passent. Tellement importantes que l’on divise le tempo en millisecondes.

Ajoutez quelques « secondes augmentées » dans un morceau et tout change.

Cette idée de synchronisation du son, à la seconde près, se retrouve aussi dans les films. Qui n’a pas été confronté à un fichier vidéo au son mal calé sur les images, ou à tâtonner pour coller deux fichiers – un fichier audio et un vidéo – en même temps ?

Une seconde de décalage entre le son et l’image qui peut vite devenir gênante.


5) « Close call »
Une seconde pour sauver sa peau

Un accident est vite arrivé. II peut aussi être vite évité. Le destin tient à peu de chose et parfois, la vie à une seconde.

De nombreux films de science-fiction, d’actions et autres nous l’avaient déjà bien montré. On se souvient de ces scènes où le héros parvient à désamorcer une bombe au dernier moment, sauvant ainsi l’humanité d’une catastrophe terrible. Mais il n’y a pas que Jack Bauer (« 24 heures chrono »), Ethan Hunt (« Mission Impossible ») et John McClane (« Die Hard ») qui ont évité le pire à la seconde près.

Comme le montrent ces vidéos d’accidents évités de justesse (les « close calls »), pas besoin d’être un superhéros pour s’en sortir in extremis.

PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#Science
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