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Numérique

Cyber-flânerie : j’avoue, je surfe perso au bureau

PARIS | Rue89 - Le 17 mars 2013 à 11h43
La semaine dernière, je lisais sur le site du Financial Times un article sur le « cyber-loafing », cette « cyber-flânerie » qui nous saisit parfois en pleine journée de travail sur notre ordinateur et nous fait errer de tchats en vidéo et d’e-mails en forums de discussion.
La journaliste racontait comment, alors qu’elle consultait une étude sur le sujet, elle avait été distraite par le tweet d’un ami qui disait « ça ne devrait pas être drôle, mais ça l’est ». Elle avait cliqué sur le lien associé et s’était trouvée embarquée dans un vagabondage de sites en sites, mue par la curiosité, alors qu’elle avait fort à faire.

C’était bien raconté. Mais, au moment d’entrer dans le vif du sujet, de passer aux chiffres et aux analyses, mes yeux ont subrepticement glissé vers la liste des derniers articles de l’auteure. Allez savoir pourquoi « La Suisse sans skis » m’a intriguée. J’ai cliqué.

Une belle photo de montagne enneigée est apparue, la journaliste racontait ses traumatismes de station de ski lorsqu’elle avait 25 ans. Ça m’a parlé. J’ai lu quelques lignes, et ça m’a fait penser que je n’avais pas réservé mes billets de train pour le week-end prochain.

Sur le site de la SNCF, pour faire mon choix, j’ai pensé qu’il me fallait savoir quel temps il ferait à Pau. Un coup d’œil à un site météo et je me suis remise au boulot.

Voilà, j’ai cyber-flâné. Je ne suis pas la seule apparemment. Et les entreprises commencent à se pencher sur la question, plutôt pour s’en inquiéter, et pas toujours avec succès. Mais est-ce si grave, de divaguer sur le Net ?

1 heure par jour à flâner

Au bureau, le travailleur américain moyen passe entre 60 et 80% de son temps en ligne à faire autre chose que travailler, selon une étude réalisée par des chercheurs universitaires américains. En France, ce serait autour de 60% également.

Plus précisément, en moyenne, les salariés passent 1 heure 30 sur Internet chaque jour, dont 52 minutes pour un usage personnel, en 2011, selon l’une des seules études [PDF] sur la question.

Certes, l’entreprise qui a réalisé l’enquête, Olféo, vend ses services aux sociétés qui veulent filtrer l’accès à Internet, et a donc tout intérêt à forcer le trait ; cela dit, même forcé, le trait reste raisonnable : ces escapades numériques occupent moins d’une heure par jour.

Et puis ce temps diminue légèrement, selon Olféo toujours, qui a mené la même étude en 2010. Pas de panique donc. Mais une curiosité : avons-nous tous les mêmes habitudes de surf personnel ?

Les jeunes tweetent, les vieux s’avancent


Cadre dans une grande entreprise, Séverine n’estime pas se la couler douce quand elle s’échappe de ses dossiers pros :

« J’avoue que je passe pas mal de temps sur Internet, mais ce n’est pas tout à fait pour flâner ! En fait, je chercher à abattre du boulot, certes perso, mais du boulot quand même : achats de billets de train ou d’avion, réponses à des e-mails qui demandent plus de temps, courses pour la maison ou le bébé, démarches administratives...

Bref, j’essaie de gagner du temps sur mes soirées et mon week-end ! Pour la flânerie pure, c’est surtout les journaux. Un peu les réseaux sociaux, mais pas beaucoup. Je m’en sers peu. »

Séverine a plus de 30 ans. Les chercheurs américains auraient pu le deviner : les étudiants et les plus jeunes salariés utilisent davantage les réseaux sociaux que leurs aînés et trouvent normal de le faire pendant leur temps de travail, même si cela n’a rien de professionnel, révèle l’étude.

Les moins jeunes, en revanche, flânent plutôt utile : ils vont voir leur compte en banque, réservent des billets de train, règlent des problèmes administratifs, etc.

Difficile de filtrer les smartphones

En mars 2009, la Cour de cassation a confirmé le licenciement pour faute grave d’un employé ayant passé, en décembre 2004, 41 heures sur Internet pour son usage personnel. C’est rare.

La plupart des très grandes entreprises et des administrations françaises font plus simple : elles filtrent. A l’échelon inférieur, 70% des entreprises de plus de 500 salariés ont mis en place une telle solution, et 30% des entreprises de 250 salariés, selon Olfeo. Pour limiter les flâneries et le risque juridique (pour le téléchargement par exemple).

L’entreprise de Séverine a installé des filtres pour bloquer l’accès aux sites de jeux en ligne, raconte la jeune femme :

« Mais Facebook, Twitter et compagnie fonctionnent normalement. »

Or, bloquer l’accès aux réseaux sociaux et à certains sites n’a pas grand sens à l’heure des smartphones.

La pause-café avec son clavier

D’ailleurs, vouloir contrôler cette cyber-flânerie n’est pas forcément une bonne idée, explique Marc-Eric Bobillier-Chaumon, maître de conférences en psychologie du travail et psychologie ergonomique :

« Les cadres, par exemple, mais ils ne sont pas les seuls, utilisent leur smartphone pour le travail durant leur temps personnel – 30 heures par mois selon nos recherches –, alors qu’ils l’utilisent beaucoup moins pour des motifs personnels durant le temps de travail – 2 à 4 heures par mois. Du coup, ça peut aussi justifier la flânerie, comme une récupération juste de ce temps donné à l’entreprise. Leur interdire l’accès serait très mal vécu. »

Mais ce n’est pas tout :

« Il faut voir que, dans les bureaux, les salariés passent 8 à 10 heures par jour devant leur écran. Ils n’ont plus besoin d’aller dans le bureau d’à côté chercher une réponse, ni un dossier, ils croisent donc moins de collègues. Ces temps sociaux et de respiration disparaissent. Ils les récupèrent sur l’ordinateur, en flânant. »

Bref, la pause-café se prend désormais avec son clavier.

Flâner accroît la productivité

Le chercheur du Greps (Lyon-II) va même plus loin :

« Une partie de ce temps est nécessaire au repos, à l’échange, à la récupération, voire à la réflexion. Mieux vaut ne pas y toucher. Le salarié risquerait de moins bien travailler. »

Les recherches se multiplient d’ailleurs pour confirmer. En 2009, l’Université de Melbourne prédisait une meilleure productivité aux salariés qui flânent raisonnablement (pas plus de 20% de leur temps de travail). Plus récemment, l’Université de Singapour a conclu, expérimentations à l’appui, que c’était même plus efficace qu’un coup de fil à sa famille ou à ses amis.

Et vous, vous « cyber-flânez » au bureau ? Vous en souffrez ? Ça vous aide à travailler ?
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#Internet, #Réseaux_Sociaux
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