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Numérique

Avec les tablettes, la BD pourrait enfin épouser le Web

Rue89 - Le 02 décembre 2012 à 11h40
Collection de Comic Books (Sam Howzit/Flickr)
La presse papier, la musique, le livre, rien n’échappe à la « révolution numérique »... à l’exception de la bande dessinée, qui résiste jusque-là. Elle a certes eu de quoi s’alarmer quand en 2009 les blogs proposant des « mini BD » ont commencé à proliférer et s’exporter sur les téléphones mobiles. Mais chaque année la révolution est annoncée, chaque année on constate qu’elle n’est pas concrétisée.
L’année 2013 sera-t-elle la bonne ? Trop tôt pour le dire, mais les initiatives éclosent un peu partout sous différents formats, avec différentes formules, différents modèles économiques. La preuve, pour certains, que le mouvement est cette fois véritablement amorcé.

Le déclencheur a été l’apparition de la tablette qui a l’avantage de la taille sur les smartphones, de l’interface tactile sur les ordinateurs et de la qualité des couleurs sur le papier.

La France à la traîne

En France, le marché peine à démarrer. Il est à la traîne face à ses homologues étrangers.
  • En 2009, le chiffre d’affaires de la bande dessinée numérisée atteignait 200 millions d’euros au Japon et le manga sur smartphone représentait 15% du marché l’année suivante.
  • Aux Etats-Unis, le secteur démarre, avec un chiffre d’affaire de 6 à 9 millions de dollars en 2011 pour les web-comics.
  • En France les éditeurs de bandes dessinées dématérialisées sont très rares. Les acteurs pionniers tels Iznéo ou Avecomics peinent à sortir des cercles d’initiés tandis que d’autres mettent la clef sous la porte comme l’ambitieux Monolosanctis.
La tablette, avenir de la bande dessinée

Les éditeurs en ligne reprennent espoir grâce à l’explosion du marché français des tablettes : 1,5 million ont été vendues en 2011. Un chiffre qui pourrait plus que doubler en 2012.

Régis Habert, directeur d’Iznéo, confirme la poussée de ce nouveau lectorat technophile : près de 80% de ses ventes sont réalisées auprès de lecteurs qui possèdent une tablette graphique.

La tablette, à la différence de l’ordinateur, ouvre de nouvelles voies d’innovation à la bande dessinée : il ne s’agit plus d’acheter une simple version numérisée d’une BD papier, mais bien un produit conçu pour le numérique, pourvu d’une interface fluide et dynamique, de nouveaux formats et parfois même un contenu multimédia.

Un lectorat pas forcément emballé


Fabien Vehlmann est scénariste de BD et fait partie de l’équipe du Professeur Cyclope qui lancera sa revue numérique en 2013. Pas particulièrement technophile, de son propre aveu, il conçoit parfaitement que cette évolution de la bande dessinée ne soit pas toujours comprise du lectorat traditionnel :

« Il y a un frein par rapport au numérique : l’impression d’avoir une version dégradée, de moindre qualité que le papier. Les collectionneurs et fans de BD ont leurs vieilles habitudes. Pour certains, acheter une BD de qualité et la mettre dans sa bibliothèque peut même être un marqueur social, un gage de bon goût. »

Il fait pourtant le pari de la bande dessinée dématérialisée, certain que le marché va se développer notamment sous l’influence de l’innovation dans la façon de dessiner et concevoir la BD :

« Les tablettes sont particulièrement bien adaptées à la bande dessinée. On est dans un format proche du format papier américain ou manga, plus petit, qui offrirait un mode de lecture assez naturel pour un lecteur de BD. Un amateur de dessin pourra y trouver son compte car contrairement à ce que pourrait penser un puriste, la qualité des couleurs peut être meilleure sur un écran que sur du papier. La BD numérique permet aussi de développer de nouveaux contenus : le scrolling, le papyrus ou le turbo-média. »

Ce créneau délaissé par les éditeurs papier laisse le champ libre à l’innovation et à de nouveaux modèles économiques. De nombreux dessinateurs et scénaristes tentent d’exploiter la brèche alors que plusieurs modèles alternatifs fleurissent sur le web.

1 / Le Freemium : le projet Professeur Cyclope

Professeur Cyclope. Le nom circule sur le web et se diffuse dans la blogosphère. Le projet comporte deux volets, comme l’explique Fabien Vehlmann :
  • une revue mensuelle de bande dessinée, classique mais conçue pour tablette, avec « une ligne éditoriale », à la manière de celles qui ont fait le succès de la BD dans les années 70. Certains parlent déjà du Métal Hurlant ou Pilote version 2.0.
  • Un site web, participatif et gratuit, destiné à l’animation de la communauté et donnant accès (payant) à une version web de la revue. Il aura « un rythme beaucoup plus fluide, avec des news, des forums participatifs etc ».
Un modèle « freemium » donc : moitié gratuit, moitié payant.

Si le lancement est prévu en mars 2013 après une présentation à Angoulême en janvier, l’équipe qui porte le projet a de quoi faire rêver en réunissant des noms connus du milieu comme Brüno (Commando Colonial), Gwen de Bonneval (Les Derniers jours d’un Immortel), Cyril Pedrosa (Portugal), Hervé Tanquerelle (Lucha Libre) et Fabien Vehlmann (Spirou et Fantasio).



2 /  Le Premium : l’exemple de Mauvais esprit

Mauvais Esprit a lancé le premier numéro de sa revue hebdomadaire le 23 octobre (les deux premiers numéros sont en ligne et gratuits). L’équipe rassemble un collectif d’auteurs réunis autour de l’humour, qu’il soit décalé, noir ou grinçant. Le financement se fait sur un modèle plus standard : l’abonnement (ou « premium »). Connaisseurs de la culture web, les auteurs ont toutefois préféré en rester à un modèle traditionnel, comme l’explique, James, au nom de l’équipe, par mail :

« Nous avons opté pour un site et non une application pour tablette, car nous voulons proposer quelque chose que nous savons maîtriser de bout en bout, puisque nous sommes en auto-production. Le site a bien entendu été développé pour offrir également une lecture agréable sur tablette. »

L’équipe a également misé sur le caractère abordable de sa formule :

« La revue fonctionne sur abonnement, avec trois formules : l’achat au numéro, par lot de 4 numéros (soit grosso modo l’équivalent un mois) et par lot de 12 numéros (à peu près trois mois). Le prix d’un numéro démarre à 75 centimes, dans le cadre d’un abonnement de 12 semaines. »



3 / Le financement participatif : les éditions Sandawe

Autre nerf de l’économie du net : le financement participatif (ou « crowdfunding » pour les anglicistes). Patrick Pinchart, fondateur des éditions (numériques) Sandawe, n’est pas un révolutionnaire dans sa vision de la BD. Il ne s’en défend pas, la publication papier reste son objectif. Le financement des bande dessinées en revanche se fait entièrement en ligne grâce à une communauté « d’édinautes » :

« Je reçois chaque jour des projets, que je dois sélectionner en éliminant les projets de faible qualité, mal ficelés. Une fois la sélection effectuée, le projet est présenté aux édinautes (“éditeurs internautes”), qui vont décider. Pas forcément dans le même sens que le mien. »

Ces édinautes investissent (ou pas) dans une BD qui leur est proposée par le site, sur des montants variables. Leur profil : des passionnés, des mécènes, des proches de l’auteur ou des investisseurs (en cas de carton en librairie, les donateurs peuvent faire un bénéfice).

Les résultats sont plutôt au rendez-vous : le site a réussi à réunir 500 000 euros et financer 10 livres grâce à la petite communauté. Mais pour Patrick Pinchart, le vrai succès ne se lit pas seulement dans ces chiffres :

« En ce qui concerne les résultats, le plus positif, c’est que des auteurs de qualité avec des projets de qualité commencent à nous contacter pour être publiés chez nous. C’est le cas de Gihef et Renaud, le dessinateur de Jessica Blandy. »

4 / Le tout gratuit : Delitoon

Espace participatif libre, le site Delitoon a, lui, misé sur le tout gratuit et le tout-participatif. Chacun peut librement déposer ses planches numérisées et compter sur le buzz pour percer. Le « webtoon » « Ca ne coûte rien », le plus populaire du site, a été lu plus de 40 000 fois. Son fondateur, Didier Borg, n’écarte pourtant pas une évolution de la formule :

« Le projet delitoon est simple dans sa définition, proposer une offre globale de services liés à la bande dessinée dédiée aux écrans. »

Il est plus évasif sur le modèle économique :

« Je n’aime pas cette notion, nous sommes sur un marché en construction et le modèle va s’affiner. Ce qui est certain c’est qu’il y aura addition de plusieurs dimensions, du gratuit fondé sur l’audience et la publicité, du payant avec des exclusivités et de la quantité. »

5 / Le mécénat : Webcomics.fr


Dernier modèle en vogue : faire appel aux dons des internautes lecteurs. Le site Webcomics.fr en est l’exemple le plus brillant, tant par sa réussite que sa longévité. Véritable vétéran de la bande dessinée dématérialisée, le site et son format de type blog existent depuis maintenant 6 ans. Julien Falgas, co-fondateur de Webcomics.fr qui prépare par ailleurs une thèse autour de la bande dessinée numérique, témoigne de l’aventure :

« Webcomics.fr a jusqu’à présent toujours été porté de manière bénévole. Les frais de fonctionnement ont été assumés sur nos deniers personnels, avec l’aide ponctuelle d’un prix Projet Jeunes en 2008. Pour l’heure nous faisons appel aux dons pour subvenir aux frais d’hébergement du service. La seule autre ressource financière à ce jour pour maintenir Webcomics.fr repose sur notre partenariat avec l’imprimeur à la demande TheBookEdition, grâce auquel les auteurs qui le désirent peuvent faire imprimer et vendre leurs histoires. »

A ce jour, le site héberge près de 700 auteurs et plus de 1 500 histoires. Soit quelque 50 000 planches publiées. La plateforme affiche une audience de plus de 500 000 pages vues chaque mois, pour plus de 20 000 visiteurs uniques.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#tablette, #bande_dessinée
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