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Mode

Libanaises je vous aime, parce que...

BEYROUTH | fashionluma.com - Le 22 juin 2016 à 13h09
Par Elodie Morel

Maman de deux petites filles de 9 et 5 ans j’ai pu tester la solidarité entre mères à Beyrouth, quand il y a un couac dans les rouages du quotidien et qu’il faut assurer la continuité. Je vous passe les détails. Mais les mamans des copines de mes filles m’ont dernièrement offert un soutien précieux, qui m'a touchée. Vraiment.

Du coup je me rappelle et j'ai envie de dire tout haut que oui, Libanaises, mamans ou pas, je vous aime.  Pas seulement parce que vous m’avez spontanément soutenue pendant un moment un peu chaotique.

Je vous aime aussi parce que…

Parce que de vous, j’ai appris ce souci de l’esthétique du corps, que l’on a oublié parfois en Europe (OK, surtout en France). Ces petits détails qui font toute la différence: des ongles soignés. Des mains douces, des bijoux pour les orner. De jolis pieds été comme hiver (oui, et c’est fou ce que ça remonte le moral, d’ailleurs).

Des sourcils à la ligne si bien travaillée (ah, sauf pour le tatouage des sourcils, quand c'est trop, là non, haram).

L'épineuse question du maillot

On critique souvent chez les Libanaises une obsession de l’apparence. Il est clair que le souci de l’apparence a viré à l’obsession pour certaines. Mais pas pour toutes, et en tout cas ça n’a pas toujours été le cas. Et surtout, cela ne révèle pas forcément ce qu'on croit (l'obsession de séduire, l'éternel mythe de la femme objet etc etc).

J'avais interviewé Darina Al Joundi il y a une dizaine d’années. Darina al Joundi est une dramaturge libanaise à multiples facettes. Elle est bien difficile à ”étiqueter”. Disons qu’elle est profondément imprégnée d’une forme de féminisme (c’est un euphémisme). Mon entretien avec elle portait sur un texte qu'elle avait écrit, intitulé Zahra, dans l'intimité d'un salon de beauté à Beyrouth. C'était une histoire sur l’ambiance dans les salons de beauté au Liban, qui abordait spécifiquement le sujet de l’épilation du maillot.

Oui. Du maillot.

Pendant notre interview, l'auteure avait évoqué les formes et les couleurs que les femmes choisissaient pour leurs toisons, quand elles se rendaient au salon de beauté, bien avant les Spas, pendant la guerre. Darina m’avait dit: “Vous comprenez, c’est pour nous qu’on le faisait, pas spécialement pour les hommes.” Ca a l’air futile, cette réflexion, mais venant d’elle... honnêtement il est impossible que ce soit futile. C’est en tout cas à méditer aujourd’hui. Surtout à l’heure de l’épilation intégrale. (Ça aussi on en revient, non?).

Les mots de Darina al Joundi m’avaient interpellée. Ils me parlent encore aujourd’hui car ils revêtent l’importance, pour les femmes, de se séduire soi-même avant de se lancer dans le projet de séduction d’un homme. Se séduire soi-même, physiquement bien sûr mais aussi avec des projets, juste pour soi. Avec des plans pour l’avenir (oui, pas facile l’avenir en ce moment je sais), avec une carrière qu’on poursuit.

Souriez, surtout souriez

Allez-y les filles. Soyez belles pour vous, ne le faites pas pour emballer quiconque, à part vous-mêmes.

Ah surtout: souriez davantage (je parle d'expérience, venant d'un peuple estampillé "ronchon"). Vous avez parfois l’air snob, ne le prenez pas mal, mais j’en ai fait les frais, je sais de quoi je parle. J’ai très souvent été “prise de haut”, sans raison particulière, probablement juste parce que j’étais nouvelle (je suis arrivée au Liban il y a 8 ans). Et française. (lourd passif, générateur de beaucoup d'apriori)

Alors qu’en fait, si l’on vient vers vous avec un sourire et les bras ouverts, on vous découvre généreuses et belles, aussi bien dedans que dehors. (Oui,il y a des pestes comme partout dans le monde. Le pays est petit, du coup on les voit peut-être davantage, allez j'assume: je les vois peut-être davantage. Mais la question de savoir si elles sont plus nombreuses ici qu’ailleurs est assez stérile, finalement.)

Une dernière chose: concernant l’élégance. Oui, je l’avoue, j’opte pour l’élégance à la française, qui implique une certaine sobriété. Mais les Libanaises m’ont aussi appris cette joie d’ajouter une touche de fantaisie, de paillette, de brillant. Le tout est de savoir doser évidemment. Mais n’empêche. Ce petit éclat supplémentaire peut faire toute la difference entre un style “boring” et une allure “fashion”. C’est aussi ce qui apporte une petite lumière dans la nuit. L’étoile qu’on espère quand tout est sombre et inquiétant… un peu comme maintenant.

 

Disclaimer: Je vais probablement me faire incendier parce que, au choix: je n'ai pas accentué suffisamment le côté intellectuel et courageux des Libanaises, ou parce que ce papier est futile, ou parce que je communautarise "les Libanaises", voire une "catégorie de Libanaises".
En fait, la première attaque est sans objet (les Libanaises sont aussi douées que d'autres intellectuellement parlant, ce n'est pas le sujet de l'article). Quant au côté futile... Ca m'a fait du bien d'évoquer la beauté, ça me change de la position des Chrétiens dans la région, du statut (ou du non-statut) des réfugiés en Europe, des derniers bilans à Alep, ou encore de la position inqualifiable de l'ONU vis-à-vis de la crise en Syrie (entre autres).
Maintenant, pour ce qui est de "communautariser" les Libanaises... Je me considère comme faisant intrinsèquement partie de la société libanaise. Mes filles sont libanaises, d'ailleurs, ça compte non? Je vis à Beyrouth, c'est donc surtout à une catégorie de population urbaine, de la classe moyenne (si la classe moyenne existe encore), que je fais référence.
En tout cas, oui, j'ai forcément un "point de vue extérieur", de par mon parcours. Quel que soit son pays d'accueil, quel que soit son niveau d'intégration, je pense qu'on reste éternellement un immigré là où on choisit de s'installer. Ce n'est ni bien ni mal, c'est comme ça. Et ça peut aussi être vécu comme un "atout", pourquoi pas.

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#fashion, #Femmes
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