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Mode

Rabih Kayrouz, loin, très loin des sentiers battus

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 07 janvier 2013 à 16h50
Vue de l'intérieur de la vitrine de la boutique showroom de Rabih Kayrouz près du port de Beyrouth, en décembre 2012.
Rabih Kayrouz est en cinq ans passé du statut de jeune créateur à celui de couturier établi et particulièrement respecté dans l'univers de la mode parisienne. Nous l'avons rencontré dans son atelier de la capitale libanaise, entre deux allers et retours Beyrouth-Paris.
L'atelier de Rabih Kayrouz à Beyrouth est niché au cœur de Gemmayzé, dans un petit immeuble traditionnel du quartier. On y entre par une pièce aux murs blancs, d'où surgissent ce qui ressemble à des branches d'arbres ou à des bois de cerfs, blancs eux aussi. Le décor invite à la rêverie. Devant un canapé rouge, une grande armoire à la porte recouverte d'un miroir. En haut de ce meuble, deux figures de petits singes, ou peut-être de petits faunes, semblent, elles aussi, nous appeler à prendre de la distance avec le réel.

Pourtant, le réel, le couturier Rabih Kayrouz, 40 ans cette année, l'a toujours bien en tête: la femme pour laquelle il crée est résolument ancrée dans la vie, dans un confort au quotidien. Les coupes sont sobres, les vêtements fluides, pas de carcan, pas d'entrave. Pas de robes de princesse à l'horizon.

On lui pose la question, un peu bateau, de savoir qui sont ses clientes.

"Une certaine femme, une femme certaine!" répond-il avec humour, "en précisant : "Certaine, oui. Une femme avec de l'assurance, un amour du vêtement, une culture, une femme qui ne se contente pas de suivre la mode. Une femme avec une maturité vestimentaire."

Maison Rabih Kayrouz, lancée en pleine crise


La clientèle de Rabih Kayrouz est internationale: russe, moyen-orientale, asiatique, européenne.

"La femme du président d'Ouzbékistan porte mes créations, vous le saviez? Je l'ai appris par hasard," dit-il.

Parmi ses fans, on compte aussi l'actrice androgyne Tilda Swington. Heureux de voir ses créations plaire à des célébrités atypiques, le couturier ne semble pas spécialement accroché à l'idée de revêtir les people lors de leurs passages sur tapis rouge, comme le font plusieurs créateurs libanais.

D'ailleurs, Rabih Kayrouz se définit-il comme "un créateur libanais"? Cette notion ne semble pas avoir vraiment d'importance pour lui. On le sent très à l'aise avec sa double identité libanaise et française.

On perçoit au fil de nos échanges la profonde affection qu'il nourrit pour Beyrouth.

"J'ai trouvé mon bonheur entre Beyrouth et Paris," explique-t-il. "Chacune de ces deux villes nourrit quelque chose en moi. Paris est une ville urbaine, avec une certaine attitude en matière de vêtement et aussi vis-à-vis de l'industrie du prêt à porter. Le Liban nourrit davantage mon cœur. C'est une autre façon de s'habiller dans un pays plus festif, sensuel, romantique. Paris est plus rigoureux."

D'ailleurs, "Maison Rabih Kayrouz est une maison de couture française," précise le créateur, ajoutant que "les vêtements sont pour la plupart fabriqués en France. En matière de couture, il y a un savoir-faire totalement lié à la France. A chaque pays sa spécificité... Au Liban, l'artisanat est important, mais pas l'industrie. Evidemment, le lieu de fabrication dépend aussi de la pièce à fabriquer, je peux réaliser certaines pièces au Liban. Mais le prêt à porter, qui a été lancé à Paris, est entièrement fabriqué en France."

"Je préfère présenter moins de collections, mais que ce soit vraiment bien"

Rabih Kayrouz a lancé sa maison de couture à Paris en 2008, en pleine crise financière. Il relativise:

"Mais les années 80 avaient connu une telle expansion que finalement, tout paraît 'crise', en comparaison."

En tout cas, la presse française avait dès lors tenu à soutenir ces maisons de jeunes créateurs, autofinancées, qui se lançaient avec audace en cette période tout de même difficile. Ce soutien, on le perçoit encore aujourd'hui, dans le respect qui imprègne les articles publiés par la presse féminine française sur Rabih Kayrouz. Il faut dire qu'il a maintenu l'audace et l'innovation au fil du temps, qu'il s'agisse de ses créations ou de ses défilés. Dans son atelier parisien du Boulevard Raspail, il avait, à l'été 2010, organisé un défilé… sur l'herbe, avec des mannequins qui évoluaient pieds nus, sur le gazon étendu pour l'occasion à l'intérieur même du show room. Un formidable moment de fraicheur dans une fashion-week parisienne souvent compassée.

En janvier 2012, Rabih Kayrouz a annoncé qu'il ne présenterait pas de collection printemps-été Haute Couture pendant la fashion week parisienne.

"En fait, j'appartiens toujours au calendrier officiel de la Haute Couture mais je ne fais désormais qu'une seule collection Haute Couture par an, Automne Hiver, présentée pendant la fashion week de juillet," précise-t-il. "Chaque année, présenter quatre collections Prêt à porter (en comptant les présaisons) et deux collections Haute Couture, c'est très lourd pour l'inspiration. Je préfère montrer moins, mais que ce soit vraiment bien."

"Je voulais un non quartier"

Ses collections sont principalement confectionnées à Paris. A Beyrouth, il travaille entre autres sur les commandes de clientes pour des occasions particulières. C'est en tout cas au Liban qu'il a établi son unique boutique en nom propre, en la séparant géographiquement de son atelier: à l'heure où les grandes marques de luxe investissaient le centre ville et les souks de Beyrouth, Rabih Kayrouz a créé la surprise en décembre 2010 en inaugurant sa boutique au port de Beyrouth, juste en face des douanes.

"J'avais envie d'être dans un 'non quartier'. Celui-là en est un. C'est un lieu de transit, à la lumière bien particulière. Je ne voulais pas m'implanter dans un lieu où existerait déjà toute une vie quotidienne marquée par de petits commerces et la présence d'immeubles résidentiels. Ici, la plupart des boutiques actuelles se sont installées dans d'anciens dépôts…"

Quand il s'y établit, seulement deux autres boutiques de luxe sont installées dans cette rue. D'autres suivront.faisant de ces lieux pourtant a priori peu glamour une zone de luxe, avec laquelle il faut désormais compter à Beyrouth. Rabih Kayrouz, un trendsetter? Sans aucun doute. Vivement sa prochaine collection: rendez-vous à Paris en mars pour le Prêt-à-porter, et en juillet pour la Haute-couture automne hiver.
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#Rabih_Kayrouz, #Haute_Couture_libanaise, #Fashion_Week
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