Au beau milieu des divisions politiques et des attentats aveugles auxquels le Liban a dû faire face ces derniers temps, nous nous efforçons de tirer un certain optimisme du secteur des sports libanais. Et ceci tout particulièrement après l’énorme succès régional et international du basket-ball libanais, l’été dernier lors du championnat du monde, et à l’occasion des autres réussites enregistrés par les athlètes libanais pendant les Jeux d’Asie au Qatar, à savoir celle de Jean-Claude Rabath (médaille d’or en saut en hauteur) et Cosette Basbous (médaille d’argent de taekwondo), sans oublier la performance impressionnante de l’attaquant Reda Antar et du défenseur Yusuf Mohamad (de l’équipe allemande du SC Freiburg pendant la Football League d’Allemagne).
En fait, le secteur des sports au Liban est devenu le douloureux reflet de la situation politique et économique dont souffre le pays : aujourd’hui, dans une tentative de préserver le jeu de toute friction confessionnelle parmi les spectateurs, on ne trouve que des joueurs sur les terrains de foot alors que toutes les associations sportives sont régies par la politique.
La situation économique qui se détériore a également affecté les activités sportives d’équipes en plein essor, et en particulier celles de basket-ball, puisque les soutiens financiers se sont retirés, entraînant la disparition de clubs renommés tels que Tadamon-Zouk, Kahraba and Sadaka, et le déclin d’autres clubs comme le Hikmeh Club, après le départ de M. Antoine Choueiry, qui se trouvait derrière certains grands succès de cette équipe plusieurs fois vainqueur de la Coupe d’Asie et première équipe d’Asie à participer au championnat de basket-ball MacDonalds, au côté de la NBA.
Le secteur des sports libanais est aujourd’hui dans une situation critique, face à d’énormes défis. Il peut soit reculer jusqu’au niveau de compétence qui était le sien avant 1975, au moment où la guerre civile a commencé, et modestement repartir de zéro, ce qui placera les équipes libanaises dans la position la plus faible sur la scène arabe et régionale, et les mettra dans l’incapacité de retrouver leur niveau. Soit compter sur les sponsors privés et les soutiens financiers pour reprendre son ascension vers les niveaux élevés de professionnalisme et de compétence qui étaient les siens à la fin des années 90 et au début des années 2000, quand il remportait, rapidement, des résultats inattendus. Les fonds publics ne suffisent plus aujourd’hui pour soutenir le sport au niveau international.
La volonté sans faille de l’athlète libanais et sa soif de défis lui ont permis de se qualifier deux fois de suite au championnat du monde de basket-ball, et d’obtenir des résultats historiques l’été dernier en battant l’équipe de France alors même que le Liban était attaqué par Israël.
De plus, le Liban a toujours été un pionnier dans le monde arabe en matière d’accueil de grands événements sportifs : c’est le premier pays de la région à envisager d’accueillir un circuit de Formule 1 vers de Ramlet Al Bayda. Il a également inclus le Rallye du Liban, l’une des plus belles étapes du championnat du Proche Orient, dans le calendrier mondial des rallyes. Cependant, en raison de nombreux facteurs, ces projets n’ont jamais vu le jour et les idées et les rêves des pionniers libanais ont été exécutées par d’autres pays arabes : la Formule 1 se court aujourd’hui à Bahrein, puis prendra place à Abou Dabi en 2009. Et c’est la Jordanie qui accueillera l’une des étapes du championnat du monde des rallyes lors des prochaines saisons.
C’est le destin du sport au Liban : des idées novatrices, condamnées à ne jamais être implantées sur place et au contraire à être exploitées dans les pays voisins ; une passion pour le défi qui ne trouve jamais le moins soutien ; et une certaine oppression des talents… Pourtant, notre seul espoir demeure bien vivant, grâce aux talents libanais qui ne renonceront jamais à attendre les moyens nécessaires pour voir le jour.