Au moment où le Liban se cherche, tente de retrouver une vie normale, la santé des Libanais passe sans doute au second plan. Ne parlons pas de prévention ou de santé publique, quand il s’agit encore d’éteindre les pneus brûlés ou quand il faut recoller les morceaux d’une coexistence en pleine déliquescence…
Dix-sept années sont passées après la fin de la guerre civile et nous étions censés aujourd’hui parler d’assurance maladie, de développer tous les moyens de prévention et en particulier un domaine qui me tient à cœur la prévention de la carie dentaire, cette maladie infectieuse qui touche 60 à 90 % des enfants d’âge scolaire et la grande majorité des adultes. Elle peut être prévenue par des moyens simples et de dépistage dans les écoles par exemple. Nous pourrions éviter les soins dentaires qui peuvent s’avérer complexes, longs et coûteux. Le traitement de la carie dentaire représenterait de 5 à 10 % des dépenses de santé dans les pays industrialisés et n’est pas à la portée de nombreux pays en développement alors que nous pourrions faire hériter à nos enfants une dentition saine, un capital qu’ils porteront tout au long de leur vie …
Ce n’est pas le manque de chirurgiens dentistes ou de compétences en la matière qui nous fait défaut. Comme dans beaucoup de domaines, la dentisterie est d’un excellent niveau au Liban grâce à l’enseignement prodigué par l’Université Saint Joseph et L’université Libanaise. Le niveau de la dentisterie est particulièrement pointu aussi par l’apport des différents spécialistes revenu d’Europe ou bien des Etats-Unis avec des compétences reconnues. Les différents congrès au Liban de dentisterie, de médecine ou encore des professions paramédicales, toutes spécialités confondues, contribuent aussi d’une façon active à ce développement. Ils font appel à des spécialistes internationaux ou à des compatriotes vivant à l’étranger faisant autorité dans leur domaine et dans leur pays d’adoption.
Lors de congrès à l’étranger, j’ai toujours été frappé par le nombre de confrères Libanais qui font le déplacement pour se perfectionner malgré la situation dans le pays. Leur nombre dépassait des fois celui de pays européens avec une population et un nombre de dentiste bien plus important. Cette volonté d’aller toujours vers l’avant en dépit de tout ce qui se passe et en l’absence de perspectives d’avenir bien claires, est une caractéristique unique qui distingue notre peuple. Ceci est, cependant, un peu tâché par notre individualisme sans doute exacerbé par la quasi inexistence de toute forme de solidarité sociale.
Les partenariats avec les pays du moyen orient, du bassin méditerranéen ou même européen, ne manquent pas. Encore faut-il leur permettre et leur donner les moyens de les appliquer, les développer et les maintenir dans un contexte pareil.
Sur un autre registre et vu de l’extérieur, ce qui frappe dans notre cher Liban, c’est l’absence de numerus clausus (contrôle démographique d’une profession). Le nombre de faculté qui forme des chirurgiens dentistes ou médecin ne cesse d’augmenter dans un pays en pleine crise économique et qui connaît une vague d’émigration sans précédant. De plus, les praticiens venant de pays voisins ou plus lointains n’ont qu’à passer un pseudo-concours appelé le « colloqium » à la portée de presque « Monsieur tout le monde » ne permet en aucune façon de maintenir un niveau de compétence et d’assurer au patient un minimum de garantie et terme de qualité de soins. Ceci amène à une disparité importante entre des « super » spécialistes et les moins qualifiés. N’oublions pas aussi que sans contrôle démographique d’une profession, nous démotivons les jeunes vocations à se lancer dans ce genre de spécialités.
Ce que nous pouvons espérer c’est que le Liban puisse retrouver un minimum de stabilité politique afin qu’il puisse se consacrer à une des priorités de tout état qui se respecte ; la santé de ses citoyens, la prévention étant le meilleur et le plus économique des remèdes !
Enfin, oserons-nous en tant que diaspora avoir l’ambition de contribuer à l’apprentissage de nouvelles formes de solidarité collective, au-delà des solidarités familiales qui sont une valeur partagée par l’ensemble des Libanais.