 |
| Crédit photo: AFP |
Depuis 30 ans, Rajaa, une Libanaise sunnite de 55 ans habitant le quartier Caracol el-Druze, s'approvisionnait en fruits et légumes en face de chez elle, auprès d'Hassan, un épicier chiite. Aujourd'hui, après la flambée de violence, elle a décidé qu’elle ne traverserait plus cette rue de l'ouest de Beyrouth, et qu’elle ne lui achèterait plus rien. "Je ne vais plus traiter avec eux (les chiites), lâche-t-elle. Tout a changé. Ils nous ont terrifiés et assiégés, ils ont insufflé la haine dans nos cœurs", dit-elle.
"Le feu couve sous les cendres", estime l'avocat Malek Owaydat, 72 ans, en allusion à la haine grandissante entre les deux communautés musulmanes au lendemain des violences qui ont fait trente-cinq morts et qui ont vu l'opposition, menée par le puissant parti chiite Hezbollah, prendre le contrôle de Beyrouth-Ouest. "Dites au monde entier de nous envoyer des bateaux pour quitter le pays. Nous ne pouvons plus vivre ici à présent", ajoute son ami, Nabil Zaydan, qui confie : "Nous avons peur de parler maintenant. C'est comme au temps où les Syriens étaient ici". Zaydan vit dans le quartier à majorité sunnite de Tarik al-Jdidé, aux rues aujourd’hui désertées.
Alors que les militants armés semblent s'être volatilisés, des groupes de jeunes hommes paradent dans les rues, sans arme apparente. "Ils sont toujours là. A la minute où on leur en donnera l'ordre, ils se précipiteront à nouveau dans les rues", affirme Toufik Itani, 70 ans, assis au coin d'une rue, dans le quartier de Mar Elias, théâtre mercredi de violents affrontements entre sunnites et chiites.