
Au lendemain de la guerre, il était prévu de créer un fonds arabe et international de reconstruction. Mais suite au conflit du Golfe (après l’invasion du Koweït par l’Irak) et à d’autres données politiques, ce fonds n’a pu être créé.
A la place, des crédits généralement bonifiés ont été concédés par des fonds de développement arabes et internationaux, ainsi que par des pays étrangers.
Cependant, le gros des dépenses, et des déficits, de l’Etat a été financé par des emprunts bancaires locaux, en livres libanaises comme en dollars, à des taux d’intérêt élevés, et parfois même exorbitants. Ces dépenses concernaient bien sûr la reconstruction de l’infrastructure, mais aussi des versements courants à caractère politique. Dont une forte dose de corruption, une mainmise virtuelle sur les établissements publics et les administrations, etc.
Cette situation politique, qu’on peut qualifier de délétère, s’est conjuguée avec des attaques israéliennes répétées, suite à des opérations du Hezbollah, en 1993, 1996, 1999…jusqu’à la guerre de juillet 2006. Ce qui a envenimé le climat des affaires et réduit les possibilités de croissance.
La dette est ainsi devenue un des soucis majeurs de l’Etat car elle est rentrée à différentes époques dans des spirales incontrôlables. Le service de la dette asphyxiait les finances publiques et représentait parfois presque l’ensemble des recettes. La dette en devises (essentiellement en dollars) prenait de plus en plus d’importance pour atteindre actuellement près de la moitié de l’ensemble de la dette publique (21 milliards de dollars sur les 41 milliards comptabilisés fin 2006).
Le ratio « dette sur PIB » ne cesse d’augmenter, et atteint lui aussi le niveau exorbitant de 180%, probablement un record mondial.
Normalement, cet état de fait devait conduire à un crash financier généralisé, comme cela a été le cas en Turquie ou en Argentine. Mais ce scénario catastrophe ne s’est pas produit pour les raisons suivantes, en gros : la dette appelée externe (c’est-à-dire en devises) est en fait à 75% interne, car elle est détenue par les banques locales, la Banque du Liban et des particuliers ; le solide système bancaire a pu amortir les chocs et constituer une soupape de sécurité ; les pays amis ont su apporter un souffle financier dans les moments de crise aiguë, comme lors de la conférence de Paris II en 2002, et Paris III en 2007 ; la BDL a maintenu contre vents et marées la parité fixe de la monnaie nationale (vis-à-vis du dollar) même si c’est à grands frais ; et la dollarisation généralisée, qui atteint 75% par exemple des dépôts bancaires, a réduit le risque de dévaluation qu’on craignait parfois.
Dans ce schéma peu luisant, le PIB a pu quand même progresser, à un petit rythme, entre 1992 et 2006, atteignant 22 milliards de dollars. Le PIB par habitant a atteint lui aussi environ 5000 dollars, ce qui place le Liban dans la catégorie des revenus moyens-supérieurs selon la nomenclature de l’ONU, ou la 80ième place parmi les nations du monde. Mais pour relativiser ces données, on dira que le niveau de vie est encore inférieur de 30% à ce qu’il était en 1975. Des pays comme Chypre ou l’Irlande, qui étaient plus pauvres que le Liban à cette époque, l’ont dépassé de loin.
En termes macroéconomiques aussi, notre balance commerciale, qui soufre d’un déficit chronique annuel de 5-6 milliards de dollars, est compensée par des transferts de l’étranger de l’ordre de 7 à 8 milliards annuellement, ce qui fait que notre balance des paiements est souvent excédentaire. Ces transferts proviennent de la main d’œuvre libanaise à l’étranger, des sociétés libanaises qui ont des filiales actives dans divers pays, et des capitaux arabes qui rentrent régulièrement par le biais du tourisme, d’achats immobiliers, de dépôts bancaires ou d’investissements directs.
Ces données ont été relevées dans les rapports de l’Insee, l’organisme français qui a été chargé de réorganiser les chiffres de notre comptabilité nationale. L’Insee a mis en relief, au-delà du traditionnel PIB ou PIB/habitant, le RNBD ou le « revenu national brut disponible », qui prend en considération ces spécificités pour rendre compte de la vraie valeur de la richesse nationale « disponible » aux résidents.
Enfin, le plan du gouvernement, qui a été présenté lors de la conférence de Paris III en janvier 2007, prévoit de réduire le ratio dette/PIB à 145% dans 5 ans. Parmi les mesures préconisées on cite : un recours à des dons et des crédits bonifiés étrangers, une privatisation progressive de quelques activités étatiques (télécoms, électricité, etc.), des réformes pour réduire les dépenses publiques et libéraliser l’économie, et des aides spécifiques en faveur du secteur privé. Une enveloppe de 7,6 milliards de dollars a été promise dans cette conférence mondiale…à condition justement que ces réformes soient menées à bien.
La force active dans le secteur public
| Forces armées |
90 000 |
| Enseignement public |
48 000 |
| Administrations publiques et assimilées |
82 000 |
| Total |
220 000 |