
Contrairement à la période d’avant 1975, ce sont des banques à majorité libanaise qui dominent le secteur. Restent néanmoins quelques établissements étrangers actifs sur la scène locale, comme le HSBC et le BNPI, ainsi que des groupes financiers arabes. Dans le sens contraire, les banques libanaises ont entrepris une expansion vers l’étranger, notamment la Syrie, la Jordanie, la France…de sorte que 18 banques ont en 2006 une présence sous différentes formes dans 16 pays étrangers.
Parallèlement, le secteur s’est consolidé au Liban : depuis 1993, près de 30 établissements ont disparu, suite notamment à des fusions-acquisitions facilitées par une législation spécifique. La banque du Liban a veillé à ce qu’aucun déposant ne perde son argent durant cette période, même dans les cas de faillite virtuelle. Seule la banque Al-Madina, objet d’un énorme détournement de fonds lié à la corruption syro-libanaise, a été mise sous séquestre en 2003 ; même dans ce cas, les déposants ont pu être entièrement remboursés.
Actuellement, près de 63 banques sont opérationnelles sur le marché, un nombre toujours élevé vu la taille du pays. Mais cette fragmentation est relative car le secteur est concentré : les 15 premières banques représentent plus de 75% du marché.
Au niveau des dépôts, le secteur présente presque un record mondial car il engrange (en 2006) près de 65 milliards de dollars, soit plus de 3 fois le PIB du pays. De ce total, les dépôts des non résidents totalisent officiellement environ 10 milliards de dollars. Le taux de dollarisation des dépôts varie généralement entre 70 et 75%, une constante qui trouve son origine dans la grande dévaluation de la livre libanaise qui s’est opérée dans les années 80.
Au niveau de l’activité bancaire, les crédits publics, octroyés à l’Etat pour financer ses déficits récurrents, ont longtemps représenté une source privilégiée de profits, malgré le risque souverain inhérent. Jusqu’à maintenant (2006), les banques détiennent près de 18 milliards de dollars de créances sur l’Etat. Les crédits privés sont à peu près de même taille, avec en premier lieu le financement du commerce et des services, suivi par le bâtiment, puis par l’industrie. Les entreprises privées ont dû cependant payer un loyer de l’argent pénalisant pendant des années (jusqu’à 18-20%), suite à un rendement équivalent des bons du Trésor. Depuis 2003, ces taux sont à la baisse, surtout qu’un système de bonification des crédits a été mis en place.
Les banques tentent parallèlement de diversifier leurs sources de revenus par une expansion géographique, et par la multiplication des produits. Parmi ces produits, on note l’essor de la bancassurance, facilité par le fait que plusieurs banques du top 10 détiennent déjà, chacune, une société d’assurance, alors que d’autres ont établi des partenariats avec des assureurs indépendants. Cependant, l’activité « banque d’affaires » est encore réduite malgré le fait que la législation prévoit une réglementation spécifique à ce créneau. Dans ce cadre, trois établissements sont spécialisés dans le leasing, ou le crédit-bail.
Assurances contrôlées par des banques
| Banque |
Cie d’assurancesCie d’assurances |
| BLOM |
Arope |
| MedBank |
Medgulf |
| Byblos |
ADIR |
| Jammal Trust Bank |
Trust Insurance |
| BLF |
Bancassurance |
| Fransabank |
Bancassurance |
| Crédit Libanais |
CLA |
| SGBL |
Sogecap |
| Audi |
Libano-Arabe |
| BBAC |
Capital |
| Al-Baraka Lebanon |
Amana Takaful |
Une autre forme de spécialisation a fait récemment l’objet d’une série de réglementations spécifiques : il s’agit des finances islamiques. Cette activité prohibe notamment l’intérêt (débiteur et créditeur) et fonctionne selon des règles propres conformes à la « Charia ». Ses activités (appelées « Moudaraba », Moucharaka »…) s’apparentent aux différentes formes de partenariat avec des producteurs ou des commerçants. Quatre banques islamiques sont actuellement opérationnelles au Liban, avec un potentiel de développement considérable, conformément à la tendance constatée dans le monde arabe et musulman.
Au niveau de la réputation et de la solidité, le secteur bancaire libanais garde un haut niveau de liquidité et de solvabilité pour parer à toute éventualité dans un environnement libanais et régional instable. Il a déjà réussi le test international de la coopération en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, suite à de nouvelles réglementations spécifiques – et sans trop modifier son système de secret bancaire.
Cependant, il doit se préparer à appliquer les nouvelles normes bancaires de Bâle II, même si cette application ne sera pas aussi stricte que dans les autres pays. La Banque du Liban permet en effet aux banques de ne pas calculer les coefficients du risque souverain comme il est stipulé dans les règles générales de Bâle II.