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Ibrahim Maalouf : une musique pour toutes les diasporas…
Le 19 janvier 2008, Par Diana Kahil
 
Alors qu’il a récemment sorti son premier album solo et qu’il prépare une tournée internationale, le jeune musicien français d’origine libanaise Ibrahim Maalouf se produit en concert le 22 janvier au Café de la Danse à Paris. Le son magnifié de sa trompette charme et envoûte le public, jusqu’à lui couper le souffle. Lauréat de nombreux concours, ce jeune virtuose de 27 ans au parcours pavé de prix (dont particulièrement le 1er prix du National Trumpet Competition à Washington DC en 2001, et le 2ème prix ex aequo du concours international de la ville de Paris Maurice-André en 2003) est issu d’une famille d’artistes : son grand-père est le musicologue, journaliste et poète Rushdi Maalouf. Son père, Nassim Maalouf, est l’inventeur de la trompette à quarts de tons. Sa mère, Nada Maalouf, est pianiste. Et son oncle est le fameux écrivain libanais Amin Maalouf.
 


iloubnaninfo : "Diasporas" est votre premier album solo, vous entrez dans une nouvelle phase créative, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Ibrahim Maalouf
: J’ai l’impression d’avoir rassemblé beaucoup d’éléments. Dans ma tête, énormément de choses se sont accumulées les unes avec les autres, sur un même objet musical et notamment à partir du moment où j’ai collaboré avec la chanteuse Lhasa. Sur scène, il se passait quelque chose d’incroyable au niveau du son. Depuis cette période, j’ai senti que j’avais enfin trouvé l’ambiance musicale dans laquelle j’ai toujours eu envie d’exprimer ce que je ressentais. A partir de là, j’ai travaillé avec le percussionniste qui a co-réalisé le dernier album de Lhasa. J’ai fait une série d’allers - retours successifs : j’ai enregistré à Montréal, à Beyrouth, ensuite je suis revenu à Paris, puis parti à New York...

Pourquoi ce choix particulier pour le nom de votre album : “Diasporas” ?
En tant que Libanais, je me sens très proche et en même temps très très loin de mon pays. Le temps, l’espace, la vie font que je suis de moins en moins dans un contexte où le Liban est présent. J’ai besoin de m’en rapprocher. J’ai essayé à travers ce titre, de créer un regard, une vision de ce que pourrait être un métissage culturel. Ce métissage-là est comme un idéal que je “prêche”. Je sens qu’en ce sens, ma musique allie tradition et modernité, occident et orient. “Diasporas”, car je voulais que l’album “ parle ’’ à toutes les diasporas et non pas seulement à la diaspora libanaise. D’où le “ s ” à Diaspora (nom de l’album) et "Diaspora" sans “s” pour le titre d’un des morceaux de l’album. Ce morceau est ma diaspora à moi, aux sonorités de fanfares orientales. "Diasporas" est plus universel.

Et si vous nous parliez de “Long Trip back home” ?
"Long trip back home" est un morceau que j’ai composé lorsque j’expérimentais un concept très jazz’oriental, un peu comme dans l’esprit de Rabih Abou Khalil, de Toufik Farrouk., Anouar Brahem et tous ces précurseurs de la musque orientale’jazz. J’ai arrêté de fonctionner de cette manière depuis quelque temps. Mes expériences et collaborations, notamment avec Matthieu Chedid, Lhasa, Amadou et Mariam, Vanessa Paradis ou Vincent Ségal, toutes ces atmosphères musicales m’ont ouvert les yeux sur un certain nombre de choses auxquelles je m’identifie aussi. J’ai eu envie de toucher à l’électro, au rock, au funk, de casser les frontières encore plus loin.

L’improvisation apparaît comme la base de votre expression musicale...
J’ai besoin de l’improvisation. J’aime varier, introduire de façon spontanée de nouveaux sons, de nouvelles notes. Dans l’improvisation, on peut dire à chaque fois de nouvelles choses. Et puis même si on peut redire la même chose, on le dit autrement, avec d’autres expressions. Comment se passaient sur scène vos duos avec votre père Nassim Maalouf ? Mon père m’a donné une éducation musicale assidue et de l’énergie. Il me donnait des cours presque tous les jours... Quand j’avais 8 ans et demi, il me demandait de l’accompagner et de jouer avec lui dans des concerts partout dans le monde. On a fait plus de 500 concerts en duo. Il jouait un morceau classique, ensuite c’était moi qui jouais, puis nous deux ensemble. Et en deuxième partie, nous refaisions la même chose mais dans la musique arabe. Un des plus grands moments de complicité fut au festival Al Bustan (Beit - Mery), j’avais 15 ans.

Que pensez-vous de la citation de Victor Hugo : “ la musique, c’est du bruit qui pense ? ’’
Je pense que la musique est tout simplement un autre langage, c’est l’inconscient de tout être humain qui pense. L’inconscient, c’est une partie de notre cerveau qu’on ne contrôle pas. Dans la musique, comme dans l’ensemble des arts, c’est l’inconscient qui réfléchit et qui est réfléchi.

La musique, pour purger ?
Cette vision-là et cette portée de la musique me fait un peu peur. Je ne prends pas la musique comme un défouloir, mais comme pure représentation.

Vous préférez jouer ou composer ?
Les deux. Par exemple, pour “Diasporas”, j’avais envie d’apparaître à la fois comme musicien et comme compositeur. Mon rêve le plus cher est de composer pour des longs-métrages. J’ai déjà composé pour des courts mais pas des longs... Depuis la sortie de mon dernier album, deux réalisateurs et un producteur me l’ont proposé ! Je suis impatient de commencer.

Votre parcours musical vous a t-il apporté ce que vous recherchez dans la vie ?
“ If I ” est un morceau où je commence une impro que je détruits volontairement pour partir vers une nouvelle approche conceptuelle et trouver de nouvelles idées pendant le morceau et renaître sur un autre chemin. C’est à l’image de mon parcours musical. Jusqu’à 21 ans, je faisais ce que les autres voulaient entendre, je sentais qu’il fallait absolument réussir les concours pour m’en sortir. En fait et dans ce sens, c’est toute une dynamique anti-artistique. Il s’agit de tout un système de compétition... Cela m’a détruit d’une certaine façon. A 22 ans, j’ai pris conscience qu’il fallait que j’arrête, c’est venu naturellement, comme une sorte de révolution intérieure... j’ai fait “table rase” et je n’ai pas culpabilisé. Aujourd’hui à 27 ans, dans le répertoire de la musique classique par exemple, je joue uniquement ce que j’ai envie de jouer. Ça me libère… et je commence enfin à m’y sentir libre.
 
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