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Zeina Abirached, de Beyrouth à Angoulême
Le 25 janvier 2008, Par Diana Kahil
 
Née en 1981 à Beyrouth, Zeina Abirached se passionne dès son jeune âge pour la bande dessinée et l’animation 2D, elle est d’ailleurs l’auteur entre autre du court-métrage d’animation Mouton (Sheep). Elle a déjà publié plusieurs ouvrages (dont le livret [Beyrouth]Catharsis) et participe régulièrement à de nombreux événements littéraires. Son premier album de bande dessinée, Le jeu des hirondelles, fait partie de la sélection officielle du festival international de la bande dessinée d’Angoulême, organisé en France du 24 au 27 janvier.
 


iloubnan.info : Quel a été le point de départ de l’écriture du Jeu des hirondelles ?
Zeina Abirached : En avril 2006, sur le site Internet de l’Institut National de l’Audiovisuel (I.N.A.), je suis tombée sur un reportage tourné à Beyrouth en 1984. Les journalistes interrogeaient les habitants d’une rue située à proximité de la ligne de démarcation. Une femme, bloquée par les bombardements dans l’entrée de son appartement, a dit une phrase qui m’a bouleversée : “Vous savez, je pense qu’on est quand même, peut-être, plus ou moins, en sécurité, ici.” Cette femme, c’était ma grand-mère. Et ce reportage a été le point de départ de l’écriture de mon premier album.

Aujourd’hui, vous vivez et travaillez à Paris, racontez-nous un peu votre parcours ...
Enfant, j’ai été nourrie à la bande-dessinée franco-belge. Plus tard, j’ai grandi avec Gotlib, Bretecher et Fluide Glacial. Au cours de ma première année à l’Académie Libanaise des Beaux-Arts (ALBA), j’ai découvert la calligraphie arabe, l’encre de Chine, les estampes japonaises, l’expressionnisme allemand, Cartier-Bresson, Hitchcock, Tati…et puis, d’un seul coup, Tardi, Marc-Antoine Mathieu, Hugo Pratt, Baudoin, David B., Munoz et Sampayo, Dupuis et Berberian, Emmanuel Guibert…un vrai choc !

J’ai écrit et dessiné [Beyrouth]Catharsis en 2002, dans le cadre d’un projet proposé par l’Atelier de Recherche de l’ALBA. Le projet, intitulé “Chez moi Chez toi”, portait sur le thème de la mémoire des beyrouthins. Il visait à comprendre la relation qu’ils entretiennent avec leur ville, à réfléchir sur l’idée qu’ils se font de “leur territoire” à l’intérieur de Beyrouth. En me penchant sur cette problématique, j’ai réalisé que j’avais beaucoup de souvenirs dont je n’avais jamais parlé… Et j’ai raconté en quelques pages l’histoire de la rue où je suis née et qui s’était transformée en impasse avec la guerre.

Après mon diplôme de publicité j’ai travaillé en free-lance à Beyrouth en tant que graphiste. Puis j’ai suivi une formation d’animation 2D à L’Ecole Nationale des Arts-Décoratifs (ENSAD), à Paris, où, en parallèle, je cherchais un éditeur pour mes projets de Bande dessinée.

C’est à ce moment là que j’ai écrit 38 rue Youssef Semaani. Ayant pris un peu de recul par rapport à ma vie à Beyrouth, j’ai voulu explorer un autre lieu de mon enfance : mon immeuble. À l’époque, je commençais à m’intéresser aux travaux de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), et j’ai eu envie de raconter cet immeuble à travers ses habitants et les liens qui les unissent en proposant plusieurs sens de lecture.

En février 2006, j’ai rencontré Frédéric Cambourakis, mon éditeur : [Beyrouth] Catharsis et 38, rue Youssef Semaani, ont ainsi été publiés en France quelques mois plus tard.

Dans Beyrouth catharsis, vous décrivez le Beyrouth de votre enfance. Aujourd’hui, quelle image avez-vous de Beyrouth ?
J’ai un rapport passionnel à Beyrouth. Elle me fascine et m’inquiète. Et je n’ai nulle part ailleurs ce sentiment d’être autant à ma place.

Comment vous situez-vous dans la capitale parisienne, d’un point de vue identitaire ?
Je pense que mon identité se situe quelque part dans mon va-et-vient physique et culturel entre Beyrouth et Paris. Ceci dit, s’il est clair qu’à Beyrouth je suis chez moi, à Paris, je m’amuse d’être une étrangère dans le regard des autres …aussi bien indienne qu’égyptienne, marocaine, espagnole, arménienne et j’en passe !

Aimeriez-vous revivre au Liban, c’est-à-dire vous y installer vraiment ?
Pour le moment j’essaye de profiter de cette position, parfois inconfortable mais très enrichissante, de funambule entre deux pays. Je me nourris de mon passé et de mes retours plus ou moins réguliers au Liban, pour mettre un pied derrière l’autre, en France.

Si vous aviez un message à faire passer aux Libanais, quel serait-t-il ?
Vivant à l’étranger et assistant passivement à tout ce qui se passe au Liban, j’aurais du mal à faire passer le moindre message…mis à part, bien sûr, ceux que véhiculent mes livres.
 
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