Iloubnan : Hady Zaccak, pour quelles raisons avez-vous décidé de vous lancer dans le tournage de The Oil Spill in Lebanon ?
Hady Zaccak: Lorsque la guerre s’est déclenchée, je me suis senti complètement perdu, ne comprenant rien à rien. Pour tenter de trouver des réponses et d’apprivoiser mes inquiétudes, je me suis mis à filmer, au départ les déplacés du sud. Puis, peu de temps après le bombardement de la centrale de Jiyeh et le déversement de 15.000 tonnes de mazout dans la Méditerranée, j’ai été contacté par le World Conservation Union (également connu sous le nom de IUCN). Cet organisme international œuvrant en faveur de l’environnement m’a proposé de couvrir le désastre qui venait de se produire, avec un financement du ministère italien des Affaires Etrangères. Evidemment, j’ai tout de suite accepté. Cette proposition arrivait à point nommé.
Avez-vous réussi à tout filmer ? Le Liban était alors soumis à un embargo…
H.Z.- Au début, j’accompagnais les pêcheurs et nous allions ensemble filmer différents endroits pollués par la marée noire. Mais petit à petit, j’ai établi des contacts, avec les Nations Unies par exemple, ce qui m’a permis de filmer la côte libanaise à partir du ciel. J’ai aussi réussi à prendre certaines images en milieu maritime. Par ailleurs, j’ai obtenu les analyses d’experts de l’environnement, l’avis des ONG et des témoignages de personnes diverses concernées par cette pollution.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières lors du tournage ?
H.Z.- Et comment ! Outre l’embargo lui-même, le Liban était toujours en proie à la guerre, ce qui posait certaines contraintes sécuritaires. Par ailleurs, le tournage a été empoisonné par les éternelles querelles entre politiciens et par les relations tendues entre les institutions étatiques et les différentes organisations non-gouvernementales qui tentaient de contenir la catastrophe. D’ailleurs, je pourrais faire un film rien que sur la pollution politique qui est née de la pollution environnementale.
Mais alors, êtes-vous satisfait du produit final ?
H.Z.- Ma seule satisfaction est d’avoir pu archiver un désastre qui semblait totalement dépourvu d’intérêt aux yeux de nos gouvernants et de l’opinion publique. Mais je n’ai aucune relation personnelle avec ce documentaire. Pour moi, il n’a été qu’une transition, le temps de passer à un travail plus personnel, ce que j’ai fait ultérieurement avec La guerre pour la paix.
Parlez-nous de cette victoire. En attendez-vous d’autres ?
H.Z.- Non, pas vraiment. Je n’ai envoyé mon documentaire qu’à un seul festival, celui qui s’est tenu en Sardaigne, sur l’île de Maddalena et qui concernait les films européens et méditerranéens sur la mer. The Oil Spill in Lebanon traite d’un sujet bien trop spécialisé pour pouvoir concourir dans des festivals internationaux. Cela dit, je suis très heureux de cette victoire, d’autant plus que la décision du jury a été prise à l’unanimité.
Carole Mansour, pour quelles raisons avez-vous décidé de vous lancer dans le tournage de A Summer Not to Forget ?
Carole Mansour- Au moment où la guerre a commencé, j’étais tellement frustrée et furieuse que j’ai voulu agir. Il me fallait à tout prix dénoncer l’injustice dont mon peuple était victime et mobiliser l’opinion internationale pour arrêter le massacre. Dès les premiers jours, j’ai commencé à filmer les déplacés à Beyrouth et j’étais ensuite l’une des premières personnes à me rendre au sud, quelques heures seulement après l’annonce du cessez-le-feu.
De quoi parle votre documentaire ?
C.M.- Mon équipe comprenait cinq personnes, dont des chercheurs et des experts en droits humains. Arrivés très vite, nous avons filmé, documenté, et retracé l’ampleur de la catastrophe de manières scientifique, avec des chiffres et des témoignages à l’appui. Les villages étaient alors déserts et les odeurs de fumée, de sang et de cadavres empestaient l’air. Nous avons tourné dans toutes les localités touchées par le conflit et parlé à tous les habitants. En gros, c’est histoire de ces gens que je raconte et la manière avec laquelle ils ont vécu ce conflit.
Par ailleurs, il est important de souligner que mon documentaire ne défend aucune position politique. J’ai voulu relater un drame humain, c’est le seul aspect qui m’intéresse vraiment.
Comment A Summer Not to Forget a-t-il atterri en Nouvelle Zélande ? Et qu’en est-il de ce dernier prix ?
C.M.- Ayant ciblé dès le départ une audience étrangère, j’ai envoyé mon documentaire à plusieurs universités dans le monde1. J’ai également ciblé systématiquement tous les festivals internationaux, y compris ceux de Los Angelos, San Francisco, et Santiago de Compostelle en Espagne où la sélection des films est en cours. En Nouvelle Zélande, mon film a été choisi parmi 500 œuvres environ.
Que vous apporte donc cette victoire ?
C.M.- J’ai été extrêmement surprise d’apprendre que A Summer Not to Forget avait été sélectionné, alors que la compétition était aussi acharnée. Non seulement du fait qu’il comporte des scènes violentes, mais surtout en raison des pressions généralement exercées par le lobby juif pour empêcher la sortie de tels documentaires. Pour moi, rien que la sélection du film est une immense victoire.
Pour obtenir des copies ou tout simplement de plus amples informations sur les films The Oil Spill in Lebanon de Hady Zaccak, et A Summer Not to Forget de Carole Mansour, vous pouvez contacter les cinéastes directement, aux adresses suivantes : hzaccak@yahoo.com et cmansour@fwdprod.com
1- Des représentations ont eu lieu dans différentes universités à New York, Toronto, Ottawa et Montréal. « A Summer Not to Forget » sera également présenté à l’université de Mac Gill où il sera suivi d’un débat.