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Salah Honein : « Le nouveau président doit être un rassembleur »
Le 02 octobre 2007, Par Suzanne Baaklini
 
Salah Honein, ancien député de Baabda-Aley (il ne s’est pas présenté aux élections de 2005), effectue pour iloubnan un tour d’horizon des problèmes de l’heure, non dénué d’espoir mais sans illusions ni complaisance pour l’ensemble de la classe politique. Du futur président de la République qui doit être un « rassembleur », au « faux débat » sur le quorum, en passant par la Syrie dont il dit qu’elle « refuse l’émancipation du Liban », et par le « processus enclenché du tribunal international », Salah Honein nous offre ici avec son franc-parler habituel sa lecture globale des derniers développements. Il expose aussi sa vision d’« un système qu’il faut repenser, d’un Etat qui reste à édifier ».
 


iloubnan : Quelle est votre analyse de l’assassinat le 19 septembre d’Antoine Ghanem, et de la série d’attentats qui terrorise ainsi le Liban et sa classe politique ?

Salah Honein : (Il s’exprime avec émotion). D’abord, j’ai une pensée très émue et affectueuse pour Antoine Ghanem, mon collègue au Parlement mais aussi mon ami. Il était très correct et honnête. Il a payé son engagement de sa vie, c’est une grande désolation.
Je place ce nouveau crime dans le contexte des impératifs de la lutte pour l’indépendance. Ce courant indépendantiste est à l’œuvre depuis 2000, et c’est sur cette base que je m’étais allié à Walid Joumblatt pour les élections législatives qui avaient eu lieu cette année-là. Depuis 2004, les choses se sont accélérées. Mon analyse, c’est que cette série d’attentats vise à freiner ou même bloquer l’indépendance, afin de garder le Liban dans le giron de la Syrie. J’ai l’impression que la Syrie ne peut pas concevoir que le Liban puisse s’émanciper politiquement, et, à mon avis, sa lecture de la situation est très fausse. Les circonstances qui avaient poussé la communauté internationale à permettre sa mainmise sur le Liban ont changé. La Syrie avait non seulement bloqué tout progrès et tyrannisé le Liban, mais elle a également favorisé l’émergence de poches subversives et terroristes, ce qui est devenu inacceptable dans le monde de l’après 11 septembre. Les Libanais n’ont plus d’autre choix que de continuer dans cette voie, sachant que toutes les luttes d’indépendance dans le monde ont coûté des vies humaines. Malgré cette formidable machine de guerre lâchée parmi les innocents, il faut s’accrocher.

Comment selon vous peut-on sortir du cycle de violence lié à tous ces développements politiques et que faut-il attendre du tribunal international (pour le jugement des assassins de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et d’autres personnalités) ?
Le tribunal sera mis en place et sera fonctionnel bientôt, j’en suis convaincu. Si tous les efforts locaux et internationaux déployés pour sa mise en place et son bon fonctionnement ne suffisent pas à mettre fin à ce terrible épisode, alors je vois mal ce qui pourrait le faire. Le processus est enclenché et va aboutir.

Comment jugez-vous les réactions de l’opposition aux lendemains des attentats ?
Je les trouve incompréhensibles. Il ne faudrait pas, à chaque fois qu’un député est tué, que les forces de l’opposition s’acharnent à le remplacer par un candidat sorti de leurs rangs. Ça ne fait qu’encourager cette machine de guerre.

Comment appréhendez-vous l’élection présidentielle ?
J’ai la conviction absolue qu’elle aura bien lieu, il n’y a pas d’alternative possible. Voilà pourquoi tous les hommes politiques devraient faire fonctionner leur cerveau et leur cœur. Ce sont ceux-là qui nous avaient menés à la guerre il y a trente ans, nous refusons qu’ils fassent de même aujourd’hui. S’ils ne peuvent appliquer la Constitution, qu’ils s’entendent au moins sur un candidat consensuel.

Quel est votre point de vue sur la question du quorum, qui divise depuis un certain temps la scène politique libanaise ?
Pour moi, cette question est tranchée depuis longtemps. C’est un faux débat. Le texte de la Constitution est clair, le quorum est de la majorité (moitié plus un), et pas seulement pour les dix derniers jours. C’est l’article 34 qui définit comme tel le quorum. Quand il y a nécessité d’un quorum différent, cela est clairement énoncé dans le texte, comme dans l’article 79 qui traite des conditions d’amendement de la Constitution, et où il est clair que le quorum est des deux tiers et le vote aussi. Or l’article 49 ne parle pas de quorum, il dit tout simplement que pour être élu président dès le premier tour, un candidat doit obtenir les deux tiers des votes. Condition de quorum et condition de vote sont deux notions différentes.

Qui peut trancher sur ces questions d’interprétation de la Constitution ?
Quand le Conseil constitutionnel n’est pas habilité à le faire, c’est au Parlement d’interpréter la Constitution. Or le Parlement est paralysé aujourd’hui. La majorité a commis une très grave erreur en ne laissant pas le Conseil constitutionnel trancher dans l’affaire des recours présentés après les élections législatives (par le Courant patriotique libre du général Michel Aoun ndlr) et en maintenant le flou autour de dix à onze sièges. De leur côté, les forces de l’opposition interprètent de manière erronée la Constitution, et quand on leur fait remarquer que c’est au Parlement de trancher, elles invoquent ce point d’interrogation sur un certain nombre de sièges. D’où le blocage. Je considère que l’ensemble de la classe politique n’a aucun respect ni pour la Constitution, ni pour le Conseil constitutionnel, ni pour les règles de la démocratie. Pour sortir de l’impasse, dans ces conditions, il faut un consensus pour éviter le chaos.

Quelles devraient être selon vous les caractéristiques d’un président de la République qui prendraient les rênes du pouvoir en une période aussi délicate ?
Si je ne devais retenir qu’une qualité, ce serait celle-ci : il devrait être un rassembleur. D’autre part, il nous faudrait une personne avisée, travailleuse, d’un courage certain, porteuse d’une vision claire. Le candidat idéal devrait être d’une correction exemplaire, capable de regarder les autres dans les yeux, de communiquer avec eux. Quelqu’un qui fasse preuve d’une forte personnalité, et qui soit attaché à l’application de la Constitution et de l’accord de Taëf, ainsi que celle des résolutions internationales qui ne font en fait que reprendre les termes des deux premiers textes.

Voyez-vous des candidats répondant à ces caractéristiques sur la scène libanaise aujourd’hui ?
Sans dévoiler de noms, je dirais que je suis sûr qu’il y en a. Mais de telles personnes n’appartiendraient franchement à aucun des deux camps en conflit, et ne devrait être cantonné dans aucune tranchée. Un candidat répondant à cette description ne serait accepté ni dans un camp ni dans l’autre. Pour moi, ce devrait être une personne présente sur la place du 14 mars en ce fameux jour (date de la manifestation anti-syrienne géante de 2005 ndlr), mais pas de ceux qui se sont exprimés sur la tribune. Cette tribune, à mon avis, s’est dissociée de la place, brisant les ambitions des jeunes manifestants. Je pense que, pour sortir de la dichotomie 8 Mars-14 Mars, il faut appliquer fidèlement la Constitution, sans la violer. La Constitution, c’est la boussole de la Nation.

Comment voyez-vous l’avenir du Liban ?
Ce sera l’avenir tel que nous le construirons. J’y crois fermement. Le Libanais a des capacités extraordinaires, il est extrêmement productif, mais il est mal gouverné par des politiciens qui ne savent gérer ni son présent, ni son passé ni son avenir. Après tout, les Libanais construisent les économies des Etats voisins et pourtant, on leur interdit de construire la leur.
Un avenir, on le pense, on le travaille, avec sérieux et acharnement, mais il faut aussi avoir en main des outils. Pour cela, il est crucial d’élire un président de grande qualité, de voter une loi électorale équitable, de former un gouvernement productif. Il faut travailler sans relâche à tous les niveaux : écologie, économie, finances… tout refaire, tout améliorer, pour que les Libanais de l’étranger se sentent fiers et concernés. En un mot, édifier un Etat », tout simplement. Or les Etats ne se construisent pas avec des mentalités archaïques, conventionnelles, et à l’ombre de féodalismes sous toutes leurs formes ».

 
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