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  Interview
Hussein Hajj Hassan : « Le Hezbollah soutient les efforts de consensus »
Le 02 octobre 2007, Par Marie-Anne Muller
 
Dans un climat de tension politique extrême, il reste quatre semaines à la majorité et l’opposition pour s’entendre sur le nom du prochain chef de l’Etat. Le député Hussein Hajj Hassan, membre du bloc parlementaire du Hezbollah, se veut résolument optimiste sur la suite des négociations. Mais pour le Parti de Dieu, aucun compromis n’est possible sur la résolution 1559 ou sur un candidat défendant les intérêts américains au Liban.
 


iloubnan.info: Des membres du 14 Mars considèrent que l’assassinat de Antoine Ghanem visait à réduire le nombre de députés de la majorité et à faire échouer l’élection présidentielle. Ils y voient la main de la Syrie. Que pensez-vous de ces déclarations ?

Hussein Hajj Hassan : Ils accusent depuis trois ans la Syrie de commettre des assassinats. C’est une accusation politique et je crois que la justice ne peut être basée que sur des preuves matérielles. Nous, le Hezbollah, avons condamné cet attentat. Nous sommes indignés par n’importe quel assassinat politique commis dans n’importe quel pays. Mais d’autant plus au Liban et surtout lorsque ces attentats visent nos collègues, et mon ami Antoine Ghanem. C’est un choc et une peine pour tout le monde.
Le 14 Mars accuse la Syrie de vouloir réduire la majorité. Mais est-ce la Syrie qui a convaincu huit députés du 14 Mars de déclarer que la séance pour l’élection présidentielle ne pouvait être ouverte qu’en présence des deux tiers des députés ? Ce n’est pas logique !

Avant l’assassinat d’Antoine Ghanem où en étaient les pourparlers entre la majorité et l’opposition pour désigner un candidat à la présidentielle ?
Ces pourparlers étaient au même niveau qu’aujourd’hui. Il y avait une intention de visite de M. Nabih Berry avec le Patriarche Sfeir et de réunion avec M. Saad Hariri. Après l’assassinat, la visite du Patriarche et la réunion avec Saad Hariri ont été réalisées. Nous, l’opposition et le Hezbollah, nous soutenons complètement les efforts de la réconciliation et du consensus.

Quels types de compromis le Hezbollah est-t-il justement prêt à faire pour trouver ce candidat de consensus ?
Ce n’est pas une question de compromis, c’est une question de divergences sur lesquelles nous devons trouver des ententes avec le 14 Mars.

Est-ce notamment l’application de la résolution 1559 de l’ONU (appelant au désarmement du Hezbollah NDLR) qui pose problème ?
Nous refusons complètement la 1559. Nous voulons, en ce qui concerne les armes de la Résistance, un consensus, une stratégie de défense nationale libanaise dans laquelle nous pouvons trouver le cadre du devenir de la Résistance et de ses armes. La loi électorale, le prochain gouvernement, les réformes économiques, les relations avec la Syrie, l’équipement de l’armée sont des questions essentielles, sur lesquelles nous devons trouver des ententes politiques.

Vous avez indiqué que le Hezbollah n’avait pas pour le moment annoncé son candidat. Mais vraisemblablement vous soutiendrez Michel Aoun.
Michel Aoun a été nommé par une grande partie de l’opposition. Nous n’avons pas annoncé notre candidat, mais je considère que Michel Aoun est l’un des meilleurs candidats, le meilleur peut-être. C’est un candidat consensuel.

Si la majorité et l’opposition n’arrivent pas à s’entendre sur ce candidat, Michel Aoun, le Hezbollah serait-il prêt à soutenir la candidature de candidats dits indépendants comme Charles Rizk, actuel ministre de la Justice ou Fares Boueiz, ministre des Affaires étrangères de 1990 à 1998 ?
C’est une question dont les négociateurs vont se charger. Ils doivent consulter toutes les parties et trouver des solutions.

Vous pouvez nous en dire plus ?
(Il sourit). Ecoutez, nous n’allons pas gâcher maintenant les négociations.

Après l’annonce du report de la séance présidentielle, Saad Hariri a déclaré à la presse le 25 septembre qu’il existe « un climat positif et conciliant propice à l’élection d’un président pour tous les Libanais ». Nabih Berry s’est révélé optimiste lui aussi. Qu’en est-il pour le Hezbollah ?
Je crois que je ne peux pas seulement être optimiste, je dois l’être ! Nous sommes tous censés être optimistes pour sauver le Liban. Il ne faut pas s’engager dans des confrontations politiques. Il faut sauvegarder le pays. Je ne veux pas que le peuple libanais soit inquiet, mais qu’il croit en ce consensus.

La majorité n’a pourtant pas abandonné son projet d’élire un président à la majorité simple. Que se passerait-il si elle le faisait ?
Etant donné que nous parlons de consensus, il n’est pas logique d’évoquer les perspectives et les difficultés qui pourraient l’entraver. Je travaille actuellement pour ce consensus. Je ne vais pas dire : « je vais faire ça, s’il n’y a pas de consensus ».

Mohammad Raad, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, disait néanmoins qu’il y avait un risque de se retrouver, le 25 novembre, avec deux présidents.
C’était avant l’ambiance actuelle. Maintenant plus personne ne parle de cette manière. C’était logique dans le temps de parler ainsi. Aujourd’hui tout le monde parle uniquement de consensus. Nous le soutenons. Voyons après comment la situation évolue.

Le Hezbollah a invoqué la Constitution pour boycotter la séance du mardi 25 septembre. Mais n’est-il pas anticonstitutionnel que le président de la Chambre, Nabih Berry, dispose seul des 127 voix parlementaires et qu’il ait le droit de bloquer ou de débloquer le Parlement ?
Nous n’avons pas boycotté. Nous étions présents. Nous n’étions pas dans la salle mais dans les bureaux. Ce n’était pas logique d’assurer la présence des deux tiers des députés pour que la majorité désigne un président parmi ses candidats. Ce qui est logique, c’est qu’on se mette d’accord sur un candidat et qu’on assure le nombre nécessaire pour ouvrir la séance et élire le président. Concernant le Parlement, le bloquer ou le débloquer est une question démocratique. Je ne veux pas y assister, car si j’y assiste, ma présence permet d’assurer le nombre nécessaire de députés pour ouvrir la séance mais ma voix électorale n’aura aucun poids politique.

D’après vous ces quatre prochaines semaines de délai vont-elle permettre une reprise des médiations arabes et internationales pour tenter de dégager un compromis ?
A part les Américains, toute la société arabe, musulmane et internationale soutient les Libanais pour trouver un consensus. Trouvez-vous normal que George Bush ait déclaré, il y a quelques semaines, que le gouvernement national de M. Fouad Siniora assurait les intérêts nationaux américains ? Voilà pourquoi j’ai dit que nous ne voulons pas d’un président qui défende les intérêts américains au Liban.

L’invitation que les Américains viennent d’envoyer à la Syrie pour la conférence de novembre sur le Moyen-Orient pourrait-elle avoir une incidence positive sur la situation interne du Liban ?
Un jour, ils les invitent, le lendemain, ils disent non. Je ne sais pas où réside la vérité dans ces déclarations.

Après le raid israélien dans le nord est de la Syrie, la France et les Etats-Unis qui lancent des avertissements à l’Iran, l’Iran qui a décidé d’ignorer purement et simplement les décisions du Conseil de sécurité… Croyez-vous qu’une guerre régionale se profile au Moyen-Orient ?
C’est possible. Mais qui va faire cette guerre régionale ? Est-ce l’Iran qui va attaquer les Etats-Unis ou l’inverse ? Est-ce l’Irak qui occupe les Etats-Unis ou l’inverse ? Ce qui est choquant dans le monde actuel, c’est qu’on demande aux victimes de se résigner et on défend les assassinats.

 

 
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