Depuis quelques années, des médecins nutritionnistes et des professionnels de la psychologie dénoncent cette dictature de la minceur ainsi que la mode des régimes : cette vague de sujets invariablement intitulés « moins x kilos avant l’été », qui reviennent chaque année au printemps dans les magazines féminins, quand l’épreuve du maillot de bain se profile à l’horizon. On ne peut pas critiquer le fait de rechercher une alimentation équilibrée, de pratiquer un sport ou de prendre soin de soi en général. Mais la lutte permanente et désespérée pour atteindre un poids qu’on sera incapable de maintenir plus de quinze jours, c’est du masochisme. Et en plus, c’est mauvais pour la santé. En fait, nous avons tous un « poids idéal », mais ce n’est pas celui qu’on croit. Ce n’est pas celui qu’on rêve d’atteindre, c’est le poids pour lequel nous sommes génétiquement programmés. Ce poids, le Dr Jean-Philippe Zermati l’appelle le « poids d’équilibre ». Il y a quelques années, ce médecin nutritionniste français a commencé à critiquer ouvertement cette mode des régimes. Il a rappelé que chacun de nous devait réapprendre à écouter sa faim pour manger ce dont il a besoin, que ce soit une assiette de haricots verts ou un gâteau au chocolat, sans excès mais sans privation non plus.
Qu’est-ce que le poids d’équilibre ?
Il ne se mesure pas grâce à des équations compliquées (comme le calcul de l’Indice de Masse Corporelle). C’est tout simplement le poids que l’on garde sur le long terme, en mangeant à sa juste faim, sans se priver mais sans faire d’excès. C’est en quelque sorte notre poids naturel. Il est spécifique à chaque personne. Evidemment, ce poids d’équilibre n’est pas forcément celui qu’on rêve d’atteindre. Mais tant pis, il vaut mieux l’accepter, sinon, on court vers le déséquilibre. Accepter psychologiquement ce poids d’équilibre, c’est la garantie de se sentir bien dans son corps et de garder un comportement sain vis-à-vis de la nourriture. Ne pas l’accepter, chercher sans cesse à descendre en dessous de ce poids d’équilibre, c’est la garantie d’être mal dans sa peau. On va alors se priver de nourriture pour essayer de maigrir envers et contre tout, ce qui va entraîner un sentiment de frustration. Par conséquent, on va commencer à diaboliser la nourriture et surtout certains aliments : on entretient alors un rapport malsain avec la nourriture.
Qu’est-ce qu’un comportement sain vis-à-vis de la nourriture ?
C’est un comportement qui n’implique pas spécialement de restriction, ni de comptage obsessionnel de calories, ni de diabolisation de certains aliments. Avoir un rapport sain à la nourriture, c’est d’abord la dédramatiser, ne plus faire une fixation sur des aliments que l’on considérerait comme « interdits », et par conséquent ne plus en faire une surconsommation : on peut manger du chocolat en petite quantité, car on est à l’écoute de son propre organisme, qui nous indique à quel moment il est réellement rassasié.
C’est manipuler la nourriture en comptant et en recomptant les calories, jusqu’à l’obsession, en oubliant tout simplement d’écouter son corps et sa faim. On ne mange plus parce qu’on a faim, mais parce qu’on doit manger à heure fixe. On ne mange plus un steak parce qu’on sent que notre organisme en a besoin, mais parce qu’il représente une portion de protéines et 300 kilocalories. Comme on ne sait plus écouter son corps, on ne sait plus non plus à quel moment s’arrêter de manger car on ne parvient plus à déceler le moment où l’on n’a plus faim. Dans de nombreux cas, ce comportement mène à la suralimentation… donc au surpoids. De plus, quand on se restreint, le corps se venge et stocke pour compenser : un peu comme si l’organisme, après une privation, préférait stocker ce qu’on vient de manger au cas où surviendrait une nouvelle privation. Donc, attention aux régimes restrictifs.
Avoir peur de grossir fait grossir
Eh oui, tout simplement parce que la peur de grossir crée un stress. Ce stress, on va bien souvent tenter de le compenser en consommant des aliments sucrés et réconfortants, alors qu’on n’a pas faim et que notre organisme n’en a pas besoin. Résultat : on grossit.
Bien manger, en quoi ça consiste ?
Bien manger, c’est en fait manger à sa juste faim, et pas en fonction de ses émotions, de son stress etc. L’idéal est de manger quand on a réellement faim, et de s’arrêter dès que l’organisme nous fait savoir qu’il est rassasié.
Les pièges à éviter malgré tout….
Le grignotage. Attention, à ne pas le confondre avec la collation : le grignotage est une prise alimentaire qui n’est pas dictée par une véritable faim mais par un stress ou simplement un automatisme. Et qui aboutira à tous les coups au stockage par l’organisme. La collation, c’est un petit repas qu’on prend calmement parce qu’on a faim.
Quelques points de la « méthode » Zermati :
- Manger quand on a faim ! Se laisser guider par la faim et pas par ce que l’on croit devoir manger après calcul de calories.
- Manger dans le calme, l’esprit serein. Et s’arrêter de manger dès qu’on n’a plus faim.
- Ne pas diaboliser les aliments considérés comme « faisant grossir ». Il vaut mieux manger un ou deux carreaux de chocolat lentement, avec plaisir et sans culpabiliser que d’en dévorer une tablette après avoir longtemps tenté de résister ! Bref : il faut se réconcilier avec la nourriture. Sinon, on risque d’entrer dans l’engrenage « privation – compensation par compulsion – culpabilité »
- Apprendre à se détendre et se concentrer pour bien faire la différence entre la véritable faim et l’envie de manger suite à une émotion.
- Laisser son cerveau décider de ce qui est bon pour l’organisme ! Le cerveau fait lui-même le compte des calories que l’on ingurgite. Quand le cerveau envoie le signal de satiété, c’est que le compte est bon !
- Éviter les régimes à la mode et restrictifs. De plus, ils sont des empêcheurs de vivre une vie sociale épanouie.
Références :
Dictature des régimes, attention !, Jean-Philippe Zermati et Gérard Apfeldorfer, Odile Jacob, 2006
Maigrir sans régime, Jean-Philippe Zermati, Odile Jacob, 2002