"Aucun Etat au monde n'est prêt à échanger des terroristes contre des cadavres, c'est une expression de faiblesse de notre part", a estimé devant des journalistes Tsahi Hanegbi, le président de la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense.
Interrogé par l'AFP, le politologue Akiva Eldar tente une explication: "le Hezbollah a cyniquement maintenu le suspens sur le sort des deux soldats, et le gouvernement de Ehud Olmert a été soumis aux pressions très fortes et très efficaces des familles des militaires enlevés".
M. Eldar évoque aussi le caractère "sacré" des règles de l'inhumation dans la religion juive, et le fait que, dans la tradition juive, "celui qui sauve une vie, sauve le monde".
Mais il estime que "la disproportion de l'échange réalisé mercredi a créé un point de rupture, qui risque de provoquer un effet boomerang au sein de l'opinion israélienne".
Selon Ami Ayalon, ministre sans portefeuille et ancien chef du Shin Beth (sécurité intérieure), "le temps joue contre Israël dans ce genre d'affaires".
Et de citer le cas du soldat franco-israélien Gilad Shalit détenu depuis plus de deux ans dans la bande de Gaza par les islamistes palestiniens du Hamas qui exigent pour prix de sa libération l'élargissement de centaines de Palestiniens incarcérés par Israël.
"Le problème, c'est que pour libérer nos soldats, nous relâchons des terroristes qui alimentent le cycle de la violence", a ajouté M. Ayalon.
L'avocat Dov Weissglass, ancien conseiller du Premier ministre Ariel Sharon, jadis impliqué dans un échange de prisonniers avec le Hezbollah, rappelle pour sa part que ce dernier eu jadis ces mots: "Jamais je ne laisserai un juif aux mains de terroristes arabes".
Il a ainsi fait référence aux "valeurs éthiques" de l'armée israélienne qui exigent notamment qu'un blessé ne soit jamais abandonné sur le champ de bataille.
"Je suis le commandant de tous les militaires israéliens, morts ou vivants, et mon devoir et de les ramener chez eux", a ainsi affirmé le général Gaby Ashkenazy, chef d'état-major, pour convaincre le gouvernement de Ehud Olmert de donner son feu vert mardi à l'accord avec le Hezbollah.
Avant d'octroyer mardi soir sa grâce présidentielle aux cinq détenus libanais, dont Samir Kantar --condamné à la prison à vie pour les meurtres de trois Israéliens dont une fillette de quatre ans-- Shimon Peres a déclaré: "c'est une décision dure, mais nous avons le devoir de ramener nos soldats à la maison".
Selon une source militaire, ces règles d'airain risquent cependant d'être remises en question, car "une commission d'experts devra redéfinir les critères qui seront à l'avenir retenus pour récupérer des soldats israéliens ou leurs dépouilles".
Le Hamas s'est empressé mercredi de saluer l'accord d'échange comme "une grande victoire pour la résistance et le Hezbollah". Selon lui, cet échange "démontre que le moyen le plus efficace de faire libérer les prisonniers détenus par l'occupant est l'enlèvement de soldats sionistes".
Selon un haut dirigeant du Hamas, Ismaïl Haniyeh, l'élargissement mercredi de Samir Kantar constitue un "précédent" pouvant ouvrir la voie à la libération de prisonniers palestiniens impliqués dans des attaques ayant causé la mort d'Israéliens.