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Avec l'échange de prisonniers, le Hezbollah gagne en puissance
Par Rana Moussaoui
AFP - Le 15 juillet 2008
 
L'échange de prisonniers avec Israël prévu mercredi va permettre au Hezbollah de justifier le bien-fondé de la logique de la "résistance" et du recours aux armes face à Israël, estiment des analystes.
Deux ans après avoir enlevé le 12 juillet 2006 deux soldats israéliens à la frontière entre le Liban et l'Etat hébreu, déclenchant un conflit armé de 34 jours, le groupe chiite a pu obtenir la libération de tous les prisonniers libanais en Israël, en échange des deux militaires - ou de leurs corps.

"En acceptant cet échange, Israël a créé un dangereux précédent", estime Amal Saad-Ghorayeb, experte du puissant mouvement armé du Hezbollah, un allié de l'Iran et de la Syrie.

"Il a concédé ainsi que la force et la violence sont des moyens valables, que les enlèvements sont une méthode efficace" pour obtenir une revendication.

"Le message du Hezbollah c'est que +rien ne peut être obtenu sans la lutte armée+, et les Israéliens lui ont donné raison", dit-elle à l'AFP.

Israël remettra au Hezbollah cinq détenus libanais, dont le doyen Samir Kantar, en échange des soldats Ehud Goldwasser et Eldad Regev, présumés morts par le gouvernement israélien.

"Le succès du Hezbollah dans cette opération est indiscutable car celle-ci s'est faite selon ses conditions, alors qu'Israël n'a rien obtenu", affirme Nabil bou Monsef, analyste politique au quotidien à gros tirage, An Nahar. "C'est sûr qu'il est devenu plus puissant", dit-il.

Selon les analystes, le fait que le dossier des prisonniers soit clos ne signifie pas que le Hezbollah  allait baisser les armes, au contraire.

"Le Hezbollah va jouer d'autres cartes qu'il détient pour rester dans l'action: les Fermes de Chebaa ou les violations israéliennes de l'espace aérien libanais", assure à l'AFP Timor Goksel, ancien porte-parole de la Force des Nations unies au Liban (Finul).

"Il pourra toujours arguer qu'Israël est une menace pour le Liban et la région en l'absence d'un accord de paix global", affirme Mme Saad-Ghorayeb.

Le Hezbollah avait prévenu le mois dernier que le Liban aurait toujours besoin de la "résistance", même en cas de retrait israélien du secteur controversé des Fermes de Chebaa, situées au confins de la Syrie, du Liban et d'Israël.

Deux ans après la guerre destructrice de 2006, la seule limite posée à une éventuelle nouvelle action du Hezbollah est la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui a stipulé la fin aux hostilités mais pas un cessez-le-feu permanent entre le Hezbollah et Israël.

"On oublie que le Hezbollah veut encore venger Imad Moughniyeh", le dirigeant du mouvement assassiné à Damas en février, dit Mme Saad-Ghorayeb. Le Hezbollah a accusé Israël qui a nié.

"C'est l'un des comptes que doit encore régler le Hezbollah avec Israël. Rien n'est encore fini", insiste-t-elle.

Mais si l'échange de prisonniers met le groupe chiite en position de force face à Israël, la situation diffère sur le plan interne libanais.

Le Hezbollah, chef de file de l'opposition soutenue par Damas et Téhéran, avait fait un coup de force dans le secteur ouest de Beyrouth en mai dernier, dégénérant en combats dans plusieurs régions libanaises ayant fait 65 morts.

"Le Hezbollah a perdu l'unanimité concernant son rôle de résistant", estime M. Bou Monsef.

Selon M. Goksel, "le Hezbollah avait besoin d'un succès après les événements de mai pour détourner l'attention, mais les séquelles ne disparaîtront pas".

Une nouvelle donne pourrait en outre à l'avenir mettre en difficulté le parti.

"Pour l'instant, il est inimaginable que la Syrie lâche une carte aussi précieuse que le Hezbollah dans ses négociations avec Israël", dit M. Bou Monsef.

"Mais si les négociations deviennent plus sérieuses, il y aura un grand problème entre la Syrie et l'Iran (qui ne reconnaît pas l'existence d'Israël), qui va se répercuter sur le Hezbollah, et ce dernier doit tenir compte de cette possibilité", selon lui.

 
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