"C'est un pas très, très important, quels que soient les changements sur le terrain", déclare Rosanna Bou Monsef, une analyste politique travaillant pour le quotidien al-Nahar, proche de la majorité gouvernementale.
"C'est un geste symbolique. Si l'on suppose qu'ils (les Syriens) reconnaissent ainsi l'indépendance du Liban, cela scelle cette reconnaissance", dit-elle au lendemain de l'annonce que la Syrie et le Liban allaient ouvrir des ambassades dans les capitales respectives.
"Si cela avait été un pas facile à faire pour eux, ils l'auraient fait depuis longtemps", ajoute Mme Bou Monsef.
Pendant trente ans, la Syrie a maintenu une forte présence militaire au Liban. Elle n'a été forcée de retirer ses soldats qu'après sa mise en cause dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafik Hariri en 2005.
Les changements se sont accélérés depuis mai au Liban à l'issue de combats meurtriers entre partisans de la majorité soutenue par l'Occident et fidèles de l'opposition pro-syrienne.
Les affrontements ont débouché sur un accord signé entre factions libanaises à Doha, au Qatar, qui a permis l'élection par le Parlement d'un chef de l'Etat, Michel Sleimane, après six mois de vide à la tête de l'Etat.
Vendredi, un gouvernement d'unité nationale a été formé, mettant fin à un an et demi de paralysie politique.
A la faveur de ces changements, la Syrie, qui était accusée de bloquer la situation au Liban, a repris place sur la scène internationale en participant ce weekend à Paris au sommet de l'Union pour la Méditerranée (UPM) sous l'égide du président français Nicolas Sarkozy.
L'annonce de la future ouverture d'ambassades à Damas et Beyrouth a été saluée comme un progrès "historique" par M. Sarkozy à l'issue d'entretiens entre le président Sleimane et son homologue syrien Bachar al-Assad.
Mais d'autres se déclarent plus sceptiques. "Rien n'a changé", estime Wael Bou-Faour, ministre d'Etat sans portefeuille dans le nouveau gouvernement libanais.
"Cette mesure ne vise qu'à rompre l'isolement du régime de Damas et ouvrir la voie à des négociations sur le tribunal international" formé pour juger les assassins d'Hariri, dit-il, parlant de "réconciliation folklorique".
Un député de la majorité, Ahmad Fatfat, juge que "le plus important reste la délimitation de la frontière entre la Syrie et le Liban et la fin de l'ingérence de Damas dans les affaires" du Liban.
"Il faut que la Syrie ait une relation d'Etat à Etat avec le Liban et qu'elle ne le considère pas comme un pays qui lui est inféodé", a-t-il dit.
Plus optimiste, le directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, Paul Salem, évoque une véritable évolution de la politique syrienne.
"Je crois qu'il s'agit d'une mutation sérieuse dans la politique syrienne qui inclut les pourparlers avec Israël, une politique de rapprochement avec le Liban et une ouverture vers la France", a dit l'analyste.
Il a toutefois averti sur le fait que l'ouverture d'une ambassade "ne signifie pas la fin de l'ingérence. Les Etats-Unis ont une ambassade en Irak, mais ils occupent ce pays".
Selon lui, le changement opéré par la Syrie est dû au désir d'améliorer la situation économique, développer le pays et retrouver une stature internationale.
"Ils réalisent en définitive qu'exercer une hégémonie sur le Liban ne les aidera pas pas à atteindre ces objectifs", dit-il.