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La formation du gouvernement, pas en avant mais pas fin de la crise
Beyrouth, Par Lamia RADI
AFP - Le 12 juillet 2008
 
La laborieuse formation d'un gouvernement d'union nationale marque un pas vers une stabilisation du Liban mais ne règle pas la crise politique dans un pays profondément divisé, estiment samedi des analystes. Le Liban s'est doté vendredi d'un gouvernement de 30 membres où l'opposition bénéficie d'une minorité de blocage avec onze ministres, dont un issu du Hezbollah, chef de file de l'opposition.

Il a fallu 45 jours au Premier ministre Fouad Siniora qui en avait été chargé par le président Michel Sleimane pour former ce cabinet voué à démissioner après les élections législatives prévues au printemps 2009.

D'intenses manoeuvres ont été nécessaires pour satisfaire les revendications ministérielles de la majorité antisyrienne et de l'opposition appuyée par Damas et Téhéran.

Les analystes et la presse prédisent au gouvernement "un chemin semé d'embûches", dont le "défi de la Déclaration gouvernementale", première tâche du cabinet, qui doit tracer les grandes lignes de sa politique et être adoptée par un vote du Parlement.

"Le gouvernement apporte une sorte de stabilisation politique, mais ne règle pas fondamentalement la crise", affirme Paul Salem, directeur du Centre Carnegie pour le Proche-Orient.

"Sa tâche principale sera de préparer les élections et, lors de la rédaction de la Déclaration gouvernementale, chaque camp tentera de marquer des points susceptibles de lui rallier l'électorat", déclare-t-il à l'AFP.

Avis partagé par l'expert en politique libanaise, Nadim Chehadé auprès de Chatham House, basé à Londres.

"La prochaine bataille sera celle de la Déclaration gouvernementale. Il y aura beaucoup d'effets de muscle et de débats sur la question des armes de la Résistance (Hezbollah)", dit M. Chehadé qui estime que la formulation même du débat sera "explosive".

"L'accord de Doha traite la question des armes du Hezbollah de manière vague en disant +règlementer la relation entre l'Etat et les organisations+.

Cette phrase en elle-même est minée, car elle implique que l'accord ne reconnaît pas la souveraineté de l'Etat sur ces mouvements", ajoute M. Salem.

L'accord de Doha, signé le 21 mai, a permis l'élection de M. Sleimane à la présidence le 25 mai, après six mois de vide à la tête de l'Etat et 18 mois de paralysie institutionnelle.

L'opposition avait refusé que l'accord porte sur un désarmement du Hezbollah.

En mai, des combats meurtriers avaient fait 65 morts entre partisans de la majorité et de l'opposition, les pires depuis la guerre civile (1975-1990).

"Une crise se déclenchera aussi sur la remise en question de toutes les décisions prises" par le gouvernement qui était en place depuis la démission en novembre 2006 des six ministres de l'opposition. Ils s'étaient retirés pour protester contre la décision du cabinet de soutenir la formation d'un tribunal international chargé de juger les assassins de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri en février 2005.

Ces démissions avaient plongé le Liban dans une grave crise politique.

"Si le gouvernement a pris 45 jours pour naître, la Déclaration gouvernementale pourrait prendre des mois avant de voir le jour", selon M. Salem.

Le quotidien An-Nahar, proche de la majorité, anticipait également samedi des difficultés.

"La répartition politique et communautaire au sein du gouvernement reflète l'ensemble des divisions et des contradictions que connaît le pays", écrit le journal pour qui le cabinet ressemble à "un mini-parlement regroupant, non seulement toutes les tendances politiques, mais aussi toutes les haines personnelles".

"Si vraiment la transparence est de mise, il faudra alors assurer une quantité suffisante de calmants, de bandages et d'ambulances avant chaque séance du cabinet", ironise l'éditorialiste libanais Ghassan Charbel dans le quotidien arabe Al-Hayat, publié à Londres.

 
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