Rien ne permet pour le moment d'augurer des résultats des discussions qui vont s'engager sur une sortie de la crise libanaise, en dépit d'un accord en six points accepté jeudi par les deux camps rivaux, après une médiation de la Ligue arabe menée par le Qatar à Beyrouth.
Mais "le Qatar a réussi le pari difficile (d'amener les Libanais de tous bords à la table des discussions), parce qu'il a plus ou moins la confiance de toutes les parties qui savent qu'il n'a aucun dessein au Liban", estime le politologue qatari Mohammed Misfer, interrogé par l'AFP.
M. Misfer admet les réserves à l'égard du Qatar au sein de la majorité libanaise mais fait remarquer que les Libanais, dans la situation actuelle, "n'avaient d'autre choix" que de faire confiance à Doha.
"L'artisan du succès de Beyrouth" est le chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, estimait vendredi la presse locale.
Quoi qu'il en soit, ce dernier a tenu à nié que la médiation, qu'il conduisait, représentait une façon de concurrencer l'Arabie saoudite, très intéressée par tout ce qui se passe au Liban.
"Il y a un an, j'aurais dit oui, mais aujourd'hui nos relations sont excellentes" avec Ryad, a-t-il répondu jeudi à une journaliste qui lui demandait, à Beyrouth, s'il cherchait à concurrencer les Saoudiens au Liban.
Cheikh Hamad faisait référence à une période de froid entre les voisins, du fait notamment d'un programme de la télévision Al-Jazira, basée au Qatar, jugé offensant pour la famille royale saoudienne et qui a pris fin en mars.
La diplomatie du Qatar a ce paradoxe d'être ouverte sur l'Iran et la Syrie, les mouvements radicaux comme le Hamas et le Hezbollah chiite libanais, tout en étant très proche des Etats-Unis, et avec des liens non dissimulés avec Israël.
Elle est extrêmement active: le Qatar s'est lancé et mène encore des médiations dans différents conflits, dont l'une des dernières consiste à trouver une entente entre la rébellion zaïdite qui secoue le nord du Yémen et le régime du président Ali Abdallah Saleh.
Doha avait également tenté en 2006 une médiation entre le Hamas et le Fatah pour favoriser la création d'un gouvernement d'union nationale palestinien.
Certains analystes du Qatar se demandent toutefois si les discussions de Doha sur le Liban se fonderont sur les accords de Taëf de 1989, négociés par l'Arabie saoudite et qui avaient mis fin à la guerre civile au pays du Cèdre, où si elles dépasseront ces accord de manière à les rendre caduques.
"Si les discussions de Doha se fondent sur les accords de Taëf, la mission du Qatar sera plus aisée", juge le rédacteur en chef du quotidien Al-Arab, Abdel Aziz al-Mahmoud.
"Si, au contraire, l'accord (de Taëf, en Arabie saoudite) est torpillé, cela posera un véritable problème", a-t-il ajouté à l'AFP.
M. Misfer estime quant à lui que "le Qatar fera attention à ne pas frustrer les Saoudiens", ajoutant que ces derniers "savent pertinemment que Doha ne pose pas en concurrent mais veut compléter leur action".
Les représentants de la majorité et de l'opposition libanaises sont attendus vendredi à Doha, dans l'espoir d'y concrétiser le scénario de sortie de crise négocié in extremis par le Qatar après une poussée de violences.
Ces violences entre partisans de la majorité parlementaire antisyrienne et de l'opposition, menée par le Hezbollah chiite, allié de la Syrie et l'Iran, ont fait en une semaine 65 morts et 200 blessés.