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Recul du gouvernement : une victoire pour le Hezbollah et un revers pour les USA
BEYROUTH, Par Jocelyne Zablit
Le 15 mai 2008
 
Le recul du gouvernement libanais, avec l'annulation de deux décisions visant le Hezbollah, constitue une victoire pour le puissant parti chiite d'opposition, mais aussi un revers pour les Etats-Unis dans la région, estimaient jeudi des analystes.

"Ce recul gouvernement, avec l'annulation de deux decisions contre le Hezbollah, constitue une importante défaite, pas seulement pour le gouvernement mais aussi pour (les projets) américains au Liban", relève l'analyste Amal Saad-Ghorayeb, spécialiste du Hezbollah. Selon elle, l'annulation des mesures "donne du pouvoir à l'opposition et montre que la force est la seule façon d'agir avec le gouvernement".

Mercredi soir, le gouvernement a annulé ces deux mesures annoncées le 6 mai qui avaient déclenché la flambée de violence la plus sanglante depuis la guerre civile (1975-90), avec 65 morts et 200 blessés. Le gouvernement voulait notamment enquêter sur un réseau de télécommunications parallèle mis en place par le Hezbollah et considéré par celui-ci comme essentiel dans sa lutte contre Israël. "Le gouvernement a enregistré un dangereux précédent en reculant sous forte pression. Cela signifie qu'à l'avenir, l'opposition pourrait avoir recours à des moyens semblables", estime Oussama Safa, directeur du Centre libanais d'études politiques. "Le gouvernement se retrouve affaibli au point de ne plus avoir de raison d'être", remarque-t-il. Selon ces analystes, il est probable que le gouvernement, soutenu par les Etats-Unis et l'Arabie saoudite mais en position de faiblesse, acceptera de poursuivre les négociations au Qatar, pays qui menait la délégation de la Ligue arabe mercredi et jeudi à Beyrouth pour tenter une médiation. "Il s'agit probablement d'une trêve qui pourrait être prolongée jusqu'à ce que nous parvenions à des négociations significatives dans un pays plus
favorable à l'opposition", remarque M. Safa, en référence au Qatar, émirat du Golfe qui entretient de très bonnes relations avec l'opposition libanaise.

La crise libanaise est souvent interprétée comme le prolongement de la confrontation entre les Etats-Unis d'un côté, l'Iran et la Syrie de l'autre, alliés de l'opposition. "Le fait que les Qatariotes mènent ces discussions, alors que le Qatar penche pour l'opposition, constitue un coup pour les Etats-Unis", remarque Mme Saad-Ghorayeb.

A l'issue des discussions avec la médiation arabe menée par le Qatar, l'opposition a annoncé qu'elle rouvrait la route de l'aéroport international de Beyrouth jeudi.

Pour Patrick Haenni, expert à l'International Crisis Group (ICG), un groupe de recherche indépendant, un pas a cependant été franchi des deux côtés. "Le gouvernement a pour la première fois pris une mesure concrète" contre le Hezbollah, en s'attaquant à son réseau de télécommunications, souligne-t-il. "Et la réponse du Hezbollah a été très claire. Il n'a pas mené de coup d'Etat mais a délivré un message politique extrêmement fort". Nadim Shehadi, spécialiste du Liban au groupe Chatham House, basé à Londres, estime que les regards seront dorénavant tournés vers la façon dont les deux camps se préparent à une reprise des négociations après 18 mois d'une crise politique qui prive le pays de chef de l'Etat. L'initiative de la Ligue arabe prévoit l'élection du chef de l'armée, le général Michel Sleimane, comme président, la formation d'un gouvernement d'union nationale et une nouvelle loi électorale.

Bien qu'il y ait consensus sur le nom du général Sleimane, l'opposition insiste pour disposer d'une minorité de blocage au sein du gouvernement. La loi électorale est aussi objet de divisions. "Je pense que l'important maintenant est de voir comment le Hezbollah et le gouvernement traduiront sur le terrain politique les bénéfices acquis par les armes, tout comme les pertes", commente Nadim Shehadi. "Il est possible que le Hezbollah ait beaucoup à perdre politiquement de sa victoire militaire. Ils se sont transformés en force d'occupation, et non plus de résistance. Ils ont retourné leurs armes contre le pays".
 
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