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Hezbollah-Salafistes, pourquoi l’entente n’a pas eu lieu
BEYROUTH, Par Virginie Vilar
iloubnan.info - Le 20 août 2008
 
Le « document d’entente » paraphé par le Hezbollah et une dizaine de personnalités salafistes du Nord-Liban n’aura pas vécu longtemps. Quelques heures après sa signature, il a été suspendu par les Salafistes qui ont affirmé « ne pas vouloir diviser la communauté sunnite » avec un tel accord. Depuis ce revirement, les interrogations se multiplient quant aux vraies raisons qui ont poussé les Salafistes à faire marche-arrière. Quand certains évoquent la crainte d’un rapprochement Sunnites-Chiites, la presse parle d’intenses pressions exercées par l’Arabie saoudite.


Lors de la signature de ce « mémorandum » d’entente, dirigeants du Hezbollah et responsables salafistes ont longuement insisté sur leur volonté commune de « sauvegarder la paix civile », « rejeter la violence » et « interdire tout conflit armé et toute discorde entre communautés musulmanes. » Des termes pour le moins inhabituels ces derniers temps entre chiites et salafistes au Liban. Le document précisait même que les deux parties signataires « seraient solidaires, dans la mesure du possible, face à toute injustice dont l'une ou l'autre serait victime ». 

Pourtant, malgré les discours de bonne volonté des deux parties, l’entente n’a pas lieu. A peine signé, le memorandum a été suspendu par les groupes salafistes. « Nous avons gelé le document d’entente pour éviter une division au sein de la communauté sunnite, nous avons décidé de nous accorder davantage de temps et de consultations pour l’examiner », a déclaré Hassan Chahal, l’un des dirigeants salafistes de Tripoli et signataire dudit document. 

Pourquoi une telle marche-arrière si près du but ? Talal Atrissi, sociologue spécialiste des mouvements islamistes, explique que « L’Arabie Saoudite a certainement fait pression sur les Salafistes pour empêcher un rapprochement avec le Hezbollah. Depuis des mois, elle essaie de rassembler les sunnites sous l’hégémonie du Courant du Futur, il n’est donc pas question pour elle de voir les sunnites se diviser au Liban ». Les divisions au sein de la communauté sunnite n’ont d’ailleurs pas tardé à s’exprimer. Dès l’annonce de la signature du document, le cheikh Daiya Al-Chahal, fondateur du mouvement salafiste au Liban a vivement critiqué cette initiative, dénonçant une manœuvre du Hezbollah pour « briser les rangs de la communauté sunnite et des salafistes ». Pendant ce temps, le Courant du Futur a pris ces distances face au rapprochement annoncé, tout en affirmant ne pas « avoir été mis au courant du contenu du document signé ». Une affirmation que Karam Karam, chercheur au Centre libanais d’études politiques, estime « difficile à croire… ». Mais il ajoute qu'il « ne faut pas oublier qu’en toile de fond de cette entente, il y avait un opportunisme de la part des sunnites comme des chiites en vue du scrutin législatif de 2009. Les Salafistes pensaient se rapprocher du Hezbollah pour gagner des voix, mais il semble que l’enjeu électoral ait été relégué au second plan pour l’instant ». Selon le chercheur, « le Hezbollah, lui, a tout intérêt à se rapprocher des Sunnites car depuis 2006, le mouvement chiite a perdu en crédibilité dans le monde arabe en se concentrant sur des revendications internes libanaises. Aujourd’hui cette alliance lui aurait permis de sortir de son cloisonnement confessionnel et de donner plus de portée à sa résistance ». 

Un rapprochement Chiites-Salafistes permettrait également d’atténuer les stigmates des affrontements de mai dernier à Beyrouth entre Sunnites et Chiites. Certains y voyait aussi un moyen d’apaiser les violence dont Tripoli est le théâtre depuis des mois. Ces combats opposent les habitants sunnites du quartier de Bab El tebanne aux membres de la communauté alaouite de Jabal-Mohsen. Dans ce contexte, les discours d’Hassan Nasrallah évoquent de plus en plus le refus de la discorde interne, notamment entre les musulmans. « Après le gel du document d’entente, le Hezbollah sort vainqueur dans cette affaire car il a montré au monde entier qu’il était ouvert au dialogue, qu’il voulait calmer les tensions. Les salafistes eux se retrouvent désormais dans la position inverse », analyse Talal Atrissi. 

A l’extérieur des frontières libanaises, les discours d’apaisement du Secrétaire général du Hezbollah sont loin de rassurer tout le monde. Depuis deux jours, le Premier ministre israélien multiplie les menaces envers le pays du Cèdre. Ehud Olmert a déclaré qu’ « en cas de nouvelle guerre, (Israël) ne s’imposera aucune restriction si le Liban devient un État du Hezbollah ». Le Premier ministre israélien a ajouté : « Si d’autres guerres éclatent, elles seront différentes de celles du passé. Il n’y aura plus de situations dans lesquelles la guerre fait rage sur le front alors que dans les grandes villes, la vie continue comme si de rien n’était. La prochaine guerre touchera les villes et les habitations des Israéliens car l’objectif de l’ennemi sera d’attaquer l’arrière ».
 
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