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Les combats qui ont fait rage pendant deux jours dans Beyrouth ouest ou à Tripoli, notamment entre chiites et sunnites, contrastaient avec le train-train quotidien dans Beyrouth est et autres zones chrétiennes, où les commerces et les cafés étaient restés ouverts et la circulation quasi normale.
"Les chrétiens au Liban n'ont pas la capacité de s'engager dans des combats, faute d'armement, mais également parce que les vraies forces sur le terrain sont le Hezbollah chiite (opposition) et le Courant du Futur (sunnite, majorité)", explique Oussama Safa, du Centre libanais pour les études politiques.
Georges Edwane, député des Forces libanaises (FL) membres de la coalition au pouvoir, explique quant à lui que chez les deux camps chrétiens régnait la conviction qu'ils ne devaient pas payer le prix de ce que la majorité appelle le "coup d'Etat armé" mené par le Hezbollah. M. Edwane affirme ainsi à l'AFP que "Dans la rue chrétienne, il n'y a nullement une volonté de s'engager dans des affrontements et le scénario qui s'est produit à Beyrouth ouest ne peut se produire dans le secteur est", à majorité chrétienne.
Le Hezbollah avait pris le contrôle de Beyrouth ouest après de combats meurtriers, avant de confier la sécurité de cette zone à l'armée samedi. Mais c'est surtout la crainte d'une nouvelle guerre destructrice entre les chrétiens --qui représentent environ 30% de la population du Liban-- qui empêche tout dérapage dans ces zones. "La guerre dite d' 'élimination' qui a éclaté entre les chrétiens à la fin de la guerre civile (1975-1990) hante toujours les esprits", souligne M. Safa.
Ce conflit meutrier avait opposé les Forces libanaises de Samir Geagea et une armée libanaise divisée dirigée par le chrétien Michel Aoun, devenu aujourd'hui l'un des piliers de l'opposition et allié du Hezbollah chiite. "Personne n'avait prévalu alors et les chrétiens sont conscients que personne ne prévaudra non plus aujourd'hui", estime M. Safa.
"Michel Aoun a pris la décision qu'il n'allait pas s'engager auprès des autres alliés malgré le fait qu'il soutenait leurs revendications politiques", a déclaré à l'AFP, Ibrahim Kanaan, député du Courant patriotique libre, le mouvement de M. Aoun. "Et cette décision a été reçue favorablement par" les partis chrétiens de la coalition au pouvoir, notamment les FL et les Phalanges, "car tout le monde est conscient du danger sur le terrain".
Ne réprouvant pas directement le coup de force du Hezbollah, M. Kanaan a toutefois indiqué que son courant "n'est pas pour la violence mais pour une solution politique" à la crise qui dure depuis novembre 2006 et qui empêche l'élection d'un président de la République, un chrétien maronite par tradition.
Les chrétiens ont été dépourvus de plusieurs prérogatives par les accords de Taëf, qui avaient mis fin à la guerre civile, et réduit le pouvoir présidentiel au profit du gouvernement, dirigé par un sunnite.
Ils avaient également été affaiblis par une tutelle syrienne de 30 ans, dont ils étaient les principaux contestataires.
Après le retrait des troupes syriennes en 2005, le retour d'exil de M. Aoun et la mise en liberté de Samir Geagea, la question du leadership s'est posée de manière aiguë chez les chrétiens et le fossé s'est élargi entre ceux de de la majorité et de l'opposition.
Selon M. Safa, la "neutralité" des chrétiens constitue en soi un élément positif. "En se tenant à l'écart, les chrétiens ont donné un exemple sur la manière de contenir la violence et pourraient inciter les autres parties au dialogue".
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