DAMAS - La Syrie et le Liban ont annoncé jeudi la réactivation d'un comité conjoint sur la démarcation de leurs frontières, un des sujets épineux évoqués à Damas par le président libanais Michel Sleimane.
Dans un communiqué commun rendu public à l'issue de la visite de M. Sleimane, la première d'un chef d'Etat libanais depuis le départ des troupes syriennes du Liban en 2005, les deux pays ont aussi décidé de relancer un comité mixte pour clarifier le sort des "disparus dans les deux pays".
Mercredi, au premier jour de sa visite, M. Sleimane a eu des entretiens avec son homologue syrien Bachar al-Assad à l'issue desquels les deux pays ont annoncé leur décision de nouer des relations diplomatiques, inexistantes depuis la proclamation de leurs indépendances il y a plus de soixante ans, à la fin du mandat français.
Selon le texte, lu lors d'une conférence de presse des chefs de la diplomatie syrien et libanais, les deux pays ont décidé de "réactiver le comité conjoint pour délimiter et tracer leurs frontières selon un mécanisme et des priorités qui seront décidés par les deux parties".
Damas et Beyrouth ont aussi proclamé leur "détermination à lutter contre la contrebande et toutes les opérations illégales à leurs frontières". Israël accuse notamment la Syrie de faire passer au Liban des armes à destination du mouvement chiite Hezbollah.
Les frontières entre les deux pays sont mal délimitées en plusieurs endroits, notamment dans les "Fermes de Chebaa", un secteur controversé aux confins du Liban, de la Syrie et d'Israël.
Israël estime que ce secteur stratégique de 25 km2 fait partie du Golan syrien conquis en 1967 et annexé en 1981, alors que le Liban en revendique la souveraineté avec l'accord de la Syrie.
Un plan établi en 2006 par le Premier ministre libanais Fouad Siniora stipule de placer ce territoire sous l'administration des Nations unies dans l'attente d'un règlement de la question entre les trois pays.
Interrogé sur ce point, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a indiqué avec son homologue libanais Faouzi Salloukh qu'il n'était "pas possible de délimiter la frontière dans (le secteur des) fermes de Chebaa tant qu'il y a l'occupation israélienne". "L'occupation doit cesser", a-t-il souligné.
Les territoires libanais et syriens sont également enchevêtrés dans les régions de la Bekaa (est) et du nord du Liban, depuis la création du Grand Liban en 1920 par la France, alors puissance mandataire.
Des discussions avaient été engagées dans les années 1960 pour délimiter la frontière mais interrompues lorsque la guerre civile avait éclaté au Liban (1975-1990).
Le communiqué commun stipule en outre la relance d'un comité conjoint destiné à clarifier le sort des disparus dans les deux pays.
Des familles de Libanais disparus ou détenus en Syrie réclament que leurs proches soient libérés ou que leur sort soit rendu public. Ces personnes, qui seraient 650 selon des ONG libanaises, avaient été arrêtées durant la guerre civile.
Damas, qui nie la présence de ces personnes en Syrie, avait cependant libéré dernièrement une des personnes figurant sur ces listes de disparus.