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A table à Saïda

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 09 mai 2017 à 14h13
Par Elodie Morel

On était au bureau à Achrafieh ce jour-là, quand on a eu envie de partir pour Saïda.

C’était un après-midi d’avril, à la fin d'une semaine de travail bien remplie. Nous avons décidé, avec deux collaborateurs et amis, de nous rendre dans cette ville, considérée comme l’une des plus anciennes du monde. Et d’y visiter le dernier né de la famille des restaurants "Tawlet", histoire de goûter aux saveurs du sud du Liban.

Les “Tawlet” ("table" en arabe), ce sont des restaurants où l’on cuisine des recettes locales traditionnelles, mises en musique et en saveurs par des cuisinières de la région, avec des produits du coin. Ces femmes ont toujours cuisiné à l’instinct, se transmettant leurs techniques de mère en fille. Via l’organisation Souk el Tayeb (à l’origine des "Tawlet"), elles ont suivi un programme de formation, notamment pour tout ce qui concerne la marche à suivre en restauration collective. Et désormais, dans leurs régions respectives, elles cuisinent et servent de somptueux buffets à une clientèle avide d’authenticité: à Ammiq, à Beyrouth (où chaque jour, une femme d’une région donnée vient exercer ses talents culinaires dans le restaurant Tawlet de Mar Mikhael)... Et donc maintenant à Saïda.

Saïda, c’est à une quarantaine de kilomètres au sud de la capitale. C’est une ville considérée comme pauvre. Elle connaît de temps en temps des soubresauts sécuritaires. Tout récemment, c’est dans le tout proche camp de réfugiés palestiniens de Ain el Heloué que des violences sont survenues.

Ouvrir un restaurant à Saida aujourd’hui, c'est aussi une prise de position. Une action qui rappelle #MakeFoodNotWar, le hashtag lancé par Souk el Tayeb justement. C'est la Fondation Hariri qui a proposé à Kamal Mouzawak, le fondateur de Souk el Tayeb, d'ouvrir cette nouvelle Tawlet.

La cuisine adoucit les mœurs.

Bref. Nous voilà sur l’autoroute, direction le sud. On a quitté Achrafieh vers 14h. Disons le tout de suite: en semaine, pour circuler en ville au Liban, 14h c'est la mauvaise heure. Celle de la sortie des écoles, où un ballet d’autocars envahit les rues et complique un trafic déjà bien encombré même aux heures creuses.

Mais finalement, malgré la densité de la circulation, après trois bons quarts d’heure, nous roulons sur la corniche de Saïda, où la citadelle, imperturbable, salue les nouveaux arrivants.

 

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Pour arriver jusqu’à Tawlet Saida, il faut suivre la grande avenue à double sens, le long de la corniche. Une fois au niveau du port de pêche, on peut voir l’enseigne de Tawlet, de l’autre côté de la route. On peut se garer le long du trottoir.

Dans ce port traditionnel, des pêcheurs discutent. Les lieux sont pittoresques. Nous sortons nos smartphones mais étant donnée la situation sécuritaire assez tendue ces derniers temps, des forces de l’ordre nous demandent poliment de ne pas prendre de photos. Bon.

On traverse l’avenue et on se retrouve près de l’entrée des souks. Comme dans beaucoup de villes méditerranéennes il y a du linge qui sèche aux fenêtres. Et des tapis. Il y a aussi des décorations sur les façades.

Il y a du mouvement. Des parents et leurs enfants se baladent, un Bon Jus à la main. Des ados circulent dans le dédale des allées étroites, en rigolant. Une jeune fille en robe chatoyante nous croise, en marchant avec dignité. Deux petits enfants nous interpellent, ils veulent qu’on les prenne en photo. Puis, hilares, ils s’échappent en courant.

 

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On passe à côté d'une boutiques de chaises et de fauteuils, d'un marchand de matelas. Enfin, nous voilà sous l’enseigne qui marque l’entrée de Tawlet Saida. Une petite porte, qui s’ouvre sur un escalier assez étroit. Il nous mène à l'étage, dans une salle vaste et claire. Ici, c’est la Dekkeneh (épicerie) et le salon, où l’on peut acheter des produits locaux artisanaux, ou se poser pour prendre un café.

On discute avec Soha, la responsable de la Dekkeneh. Elle nous montre tous les produits exposés: le zaatar (thym), citronné ou non, le debs el remmen (sirop de grenade), l’huile d’olive, le sirop de fleurs… Elle pourrait vous expliquer pendant des heures comment les utiliser.  Elle est fière et heureuse de nous montrer aussi les plats et la verrerie colorée réalisés par des artisans du coin. Elle est fière de sa ville et heureuse de faire partie de Tawlet Saida.

L'initiative a donné du travail à des personnes qui n’en avait pas, et des débouchés à des artisans qui en manquaient. La douceur enthousiaste de Soha est communicative. Elle nous invite à aller manger à l’étage, là où l’équipe s’active en cuisine pour régaler les visiteurs.

Les plats se préparent pour ainsi dire devant nous. Anisé, visage bienveillant encadré par un voile orangé, s’active au-dessus d’une marmite fumante.

Elle prépare du riz pour le Siyadiyeh, ce plat de poisson traditionnel. Dima, dynamique jeune femme aux cheveux courts, nous montre le Zaatar qu’elle vient de concocter pour napper les manoushi “Jrish”, typiques de la région.

Le buffet est somptueux, des parfums d’épices et d’herbes fraiches embaument la salle. Ces dames remplissent généreusement nos assiettes à la demande. Elles s’amusent de nous voir si impressionnés par leurs créations culinaires.

Anisé nous confie qu’elle partage sa passion de la cuisine avec ses fils, qui de temps en temps cuisinent eux aussi. Et son mari l’aide aussi.

Alors que je sirote mon troisième verre de sirop de mûre (une boisson totalement addictive attention), je contemple par la fenêtre la vue sur le port. Dehors, le quotidien suit son cours dans la ville. Alors que l’après-midi avance, des jeunes circulent dans la rue. Ils rigolent, s’amusent d’un rien. Un groupe monte prendre une boisson. Des jeunes filles assises autour d’une table prennent la pose des ados d’aujourd’hui, et se font belles pour Instagram.

Saida est l’une des plus anciennes cites du monde et l’une des villes les plus pauvres du Liban. Mais les réseaux sociaux y ont fait leur chemin, comme partout ailleurs.

Nous aussi nous prenons des photos. Des photos des assiettes garnies, des plats colorés, des pâtisseries savemment exposées. Déjà sur Facebook et Instagram, des images circulents, des blogueurs et autres influenceurs nous font savoir que oui, Tawlet Saida, c’est “the place to be”.

Et c’est vrai. On retournera à Tawlet Saida.

Tawlet Saida
En face du port de pêche
Buffet les week-ends (le menu change chaque semaine, connectez-vous sur la page Facebook de Tawlet pour ne pas le manquer).
En semaine, le restaurant est ouvert, mais pour un service “à la carte”.
Réservations : 81707240

Tags
#Restaurants, #Saida, #SoukElTayeb
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