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Le Liban, l'autre pays du cigare...

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 22 juillet 2014 à 13h19
Objet de luxe pour certains, œuvre d’art pour d’autres, le cigare occupe une place toute particulière au Liban. Le pays figure même parmi les plus grands importateurs de cigares au monde. Pour quelles raisons ? Enquête sur un marché encore mal connu au pays du Cèdre.
On dit d’un cigare qu’il raconte une histoire. Et celle qu’il conte sur sa relation avec le Liban a tout d’une énigme. Certains datent son entrée au pays du Cèdre au début du siècle dernier. Pour d’autres, le cigare est un jeune produit de luxe. Savoir qui des deux a raison relève du casse-tête. Comme le Liban, le cigare est un savant mélange. Sa fabrication s’étend sur la durée (compter plusieurs jours de la sèche des feuilles au roulage final). Ne jamais dire qu’un cigare est semblable à une cigarette. Avant tout, le cigare se savoure pleinement et sereinement. C’est une relation qui se crée entre l’objet et son fumeur.

On date le retour du cigare au Liban au début des années 1990, plus précisément vers 1994. En 1990, les accords de Taef mettent fin à quinze ans de guerre civile au Liban. Le pays tend à se reconstruire et à retrouver sa prospérité d’antan. Avec le nouvel essor économique vient le cigare, un objet jusqu’alors surtout connu des spécialistes. Il entre progressivement dans les mœurs et devient un objet convoité. Symbole d’une prospérité retrouvée, il fait rapidement partie de la panoplie du « bon chic bon genre » libanais.

Le Liban est aujourd’hui le sixième importateur mondial de cigares. Une curiosité pour un pays qui ne compte que quatre millions d’habitants. « C’est très simple à expliquer », nous indique Antoine Rizk, manager du Cigare Lounge du Gray Hotel à Beyrouth, « Un certain nombre de Libanais fument le cigare, mais les étrangers venus du Golfe par exemple représentent également une clientèle assez importante au Liban. » Tel un complet chic ou un prêt-à-porter distingué, le cigare est devenu un objet de luxe.

Production ou importation ?

Au fil des années, le Liban affiche ouvertement sa passion pour les cigares. Pour preuve, le Duty Free de l’aéroport de Beyrouth, véritable porte d’entrée du Liban, contient une civette « Casa del Habano », une boutique de cigares à la renommée mondiale. D’autres enseignes sont présentes sur le territoire libanais telles « Akiki’s Cigars » au downtown de Beyrouth ainsi que de nombreux « Cigare lounge » présents dans la capitale libanaise. Malheureusement, il n’existe pas encore de chiffres officiels sur le nombre exact de civettes au Liban. Mais pour un représentant d’une de ces enseignes ayant souhaité rester anonyme, le Liban pourrait devenir la plate-forme du cigare au Proche-Orient, rien de moins. De quoi attiser la rivalité entre les différentes enseignes.

Selon une source officielle, les cigares d’origine cubaine représenteraient plus de 90% de l’importation au Liban. Cette écrasante majorité s’explique surtout par la réputation qu’ont les cigares de Cuba. Du célèbre Cohiba de Fidel Castro au Romeo y Julieta et autres Monte Cristo et Partagas, les produits cubains sont les plus appréciés au Liban. Gage de qualité mais aussi de richesse. Tel un tailleur Yves Saint-Laurent ou un Chanel n°5, le cigare cubain est avant tout un signe d’apparat. Mais pas seulement pour Antoine Rizk. « Les Français apprécient les grands crus comme un bon Bordeaux ou un Bourgogne, les Libanais savent aussi apprécier la qualité. », explique-t-il avec entrain. Les 10% restants proviennent des pays d’Amérique centrale comme le Nicaragua et St-Domingue. Certains seraient d’origine vénézuélienne mais aucune donnée officielle ne peut confirmer cette rumeur.

Il existerait aussi une production de cigare au Sud-Liban. Cela ne signifie pas la production d’un cigare 100% libanais sur le marché mais, bien au contraire, une fabrication locale de cigares cubains gérées par quelques passionnés. Les différents commerçants de cigares beyrouthins que nous avons interrogés sont d’accord sur le fait que ces cigares sont contrefaits et n’ont rien à voir les cigares importés. « Ici, on les appelle des fake cigars (faux cigares) », raconte un vendeur l’air amusé, « quoi qu’il en soit, la concurrence est bien trop rude pour qu’ils soient pris au sérieux ». 

Comment fume-t-on un bon cigare ?

Pour un passionné de cigare, le véritable fumeur est celui qui sait apprécier l’objet, qui lui voue une forme de respect. « Fumer un cigare, c’est avant tout un moment intime que l’on passe seul ou avec des amis », raconte-on. Au Liban, il s’accompagne souvent d’un cognac ou d’un vin libanais comme un Château Khoury. Il peut aussi être fumé avec un thé à la menthe, une coutume locale toujours surprenante pour un européen. Ensuite, vient l’art de fumer le cigare. Tout d’abord, celui-ci se coupe délicatement. On parle aussi de « punch » (sorte de trou percé à l’arrière du cigare). On l’allume non pas avec un briquet mais avec une allumette en bois de cèdre afin de ne pas modifier l’odeur du tabac. Puis, il est nécessaire de laisser l’objet se consumer lentement, sans précipitation. « Fumer un cigare est un pur moment de détente », explique Antoine Rizk, en fin connaisseur.

Pour précision, les fumeurs sont aussi des fumeuses. Même si les femmes restent moins nombreuses que les hommes, elles savent aussi apprécier le cigare. Certains étant même destinés à une clientèle plus féminine comme le « Mille-fleur », un cigare court et plutôt fin que l'on propose au Cigar Lounge du Gray, explique Antoine Rizk. Mais contrairement aux apparences, les clientes préfèrent les gros cigares, souvent réservés aux hommes (Cohiba, Patargas, etc.). Selon un vendeur interrogé dans une cave à cigares à Beyrouth « Il n’existe pas de cigares définitivement destinés à tel ou tel sexe. Certains sont peut-être plus destinés aux hommes qu’aux femmes et inversement mais cela reste très subjectif». En tout cas, le cigare reste un produit très apprécié par les Libanais, quel que soit son utilisation. Frimer ou savourer, chacun pourra choisir. D’autres diront aussi que fumer un cigare, c’est tout simplement écouter une histoire. 
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#Cigar, #gastronomie
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