iloubnan.info
( Publicité )
Flâner

Balade à Bourj Hammoud: au fil des figures et des saveurs du quartier

BOURJ HAMMOUD | iloubnan.info - Le 26 septembre 2013 à 08h42
Par Samantha Rouchard
 Bourj Hammoud
Romani vendeur ambulant de pastèques à l’entrée de la rue de l’église Mar Youssef.
Le quartier de Bourj Hammoud est plein de vie, et si les Libanais s’y rendent c’est le plus souvent pour faire du shopping sur Arax Street. Mais la balade proposée ici préfère vous faire découvrir ses habitants et ses mets succulents.
Le quartier de Bourj Hammoud était à l’origine un marais. D’abord peuplé de cabanes, le quartier, fondé en 1915 par les survivants du génocide arménien, compte désormais des souks, des écoles, des églises et même une université, autour desquels s’organise la vie quotidienne des Arméniens et de certains Palestiniens qui y vivent aussi.
Nous vous invitons à découvrir avec nous les rues de ce quartier typiques et certains de ses habitants, et les bons petits plats que l'on peut déguster.

A noter que depuis 1952, sur le plan administratif, Bourj Hammoud est une municipalité indépendante de 150 000 habitants rattachée au district de Caza du Metn, situé dans le Gouvernorat du Mont-Liban. , Bourj Hammoud est situé à 2km au nord est de la capitale, mais on le considère plutôt comme un quartier à part entière de Beyrouth. N'importe quel taxi-service vous y emmènera.

Faites-vous déposer à l’entrée de la rue de l’église Mar Youssef par exemple: devant la pâtisserie Prima, vous rencontrerez peut-être Romani et son étal de pastèques.

Né au Caïre, il est installé à Beyrouth depuis 35 ans : « mais la pastèque ça ne rapporte pas, c’est ma dernière charrette, la prochaine fois que vous me trouverez ici, je vendrai sûrement des avocats, de la papaye et des litchees, c’est mieux pour les affaires ». Remontez et tournez à gauche, dans une petite rue sombre vous aurez peut être la chance de découvrir l’atelier minuscule de Souhaila qui avec un fil et une aiguille répare les vêtements abîmés du quartier, assise sur son canapé, la télévision en fond sonore. Elle sera heureuse de rencontrer des inconnus avec lesquels discuter.

Les balcons en bois sculpté d'Armenian Street

Dirigez-vous ensuite vers l’axe principal, Armenian street, sans oublier de regarder en l’air et d’admirer les magnifiques balcons en bois sculpté. Le quartier a été énormément abîmé par les conflits de 2006, mais il reste quand même de beaux vestiges. Faites un arrêt chez Bedo et Mano snacks pour connaître les secrets de fabrication du Basterma (ou Pasterma) viande de bœuf séchée salée et dessalée qui macère des semaines durant dans des épices, ou simplement pour déguster un shawarma soujouk (saucisse épicée) pour seulement 3500 LL. Et le caissier est assez drôle, ce qui ne gâche rien.

Des bijoux à foison

Un petit peu plus haut, sur le même trottoir, vous trouverez la bijouterie « Elégance », qui n’a de français que le nom puisque le patron est arménien, comme la plupart des bijoutiers du coin, venus s’installer là après la seconde guerre civile, qui a conduit à la destruction massive des souks du centre ville. Ils sont une centaine sur la même artère mais comme l’explique Hovsep, le jeune employé de la boutique : « Il n’y a pas de concurrence car chacun à sa clientèle ».

Les spécialités arméniennes de Maral

Traversez la rue: à côté du magasin Contax, vous verrez une vitrine sans nom, mais avec des bocaux colorés et des sachets d’épices; poussez la porte. Maral vous accueillera et prendra le temps de vous montrer plusieurs spécialités culinaires arméniennes, de la confiture de citrouille à la purée de poivrons rouges épicée, en passant par les spécialités salées que l’on déguste pour les grandes occasion comme le Soubereg ou sucrées comme le Easter Keghge, sans oublier le Tahin Bread, sorte de petit pain à l’huile de sésame que l’on mange pendant le Carême.

Bourj Hammoud

Un café près de la verdure

Remontez ensuite à l’angle d’Armenian Street et Municipality street, où se trouvait, il y a quelques années encore, une partie du camp de Sandjak fondé en 1939 pour abriter les réfugiés arméniens. Désormais on y trouve, entre autre, un îlot de verdure, le café d’Abi Nasr où l’on peut se désaltérer avec une limonade, un café ou encore un jus de carotte avant de poursuivre la balade sur Municipality Street.

Sur la droite, arrêtez-vous à la pâtisserie Sweet Life (face au St Marc center), paradis des gourmands, où Krikor Kolandjian, patron des lieux, vous fera découvrir les spécialités sucrées arméniennes comme le baklava, qui reste tout de même la plus populaire.

Plus loin, sur la droite rejoignez Marash street, rue des grossistes, où vous trouverez épices et feuilles de vignes pour préparer des Dolma, mélange de bœuf et de riz enroulés dans des feuilles de vigne.

Narguilé, sculpture et mercerie

En remontant en direction du fleuve, vous rencontrerez sur la droite Ashod Tazian, le sculpteur, fumant le narguilé devant sa boutique. Il vous présentera ses œuvres en plâtre sur pierre et en bois : « Celle-là symbolise le génocide arménien, celle-ci me représente avec un béret sur la tête. J’ai étudié aux Beaux-arts avec les plus grands maîtres », précise-t-il, en montrant les photos attestant ses dires, une pointe de fierté dans la voix. Ashod fait aussi mercerie et vend des boutons de toutes les couleurs.

Une porte au milieu du trottoir…

Continuez tout droit jusqu’à la rue Nahr qui longe le fleuve, prenez à gauche, à un angle vous verrez peut être un vieux monsieur qui joue aux cartes dans ce qui reste d’une station de taxi datant de 1965 : « Le quartier a beaucoup changé en quelques années, il y a de plus en plus de bruit », hurle-t-il pour couvrir les klaxons de l’embouteillage de voitures qui encombre son pas de porte. Ne vous découragez pas, longez l’avenue. Si vous souhaitez acheter des jantes ou des pneus, vous êtes au bon endroit ! Sur votre route, vous trouverez aussi une porte disposée au milieu du trottoir que vous devrez franchir pour poursuivre votre chemin. Il s’agit de la devanture originale d’un serrurier, qui rigole encore de voir passer les non habitués du lieu.

Le crazy cinéma de Moussa Barbar

Continuez jusqu’au bout de l’avenue, tournez lorsque vous apercevrez sur votre gauche des peintures murales représentant d’énormes timbres du Liban. Vous êtes arrivé chez Moussa Barbar, propriétaire du cinéma de quartier « Le Royal », un personnage haut en couleur que vous ne devez absolument pas manquer. Il est présent derrière son comptoir de 9 heures à 23 heures, tous les jours. Sa programmation est principalement américaine : « pour le business, précise –il, mais j’aime aussi les films japonais, pour l’action et les films français, pour l’érotisme ». Il a grandi dans ce cinéma et a commencé à y travailler très jeune : « Je vivais dans le quartier et le patron me demandait d’aller lui chercher une bouteille d’eau, en échange, je pouvais assister aux séances gratuitement ». Aujourd’hui c’est lui qui a repris l’affaire et il avoue que ce n’est pas avec le prix de la place qu’il peut dignement gagner sa vie. En effet, ses tarifs défient toute concurrence avec à peine 7000 LL pour un pass de 4 à 5 films : « Il y a quelques années, il m’est même arrivé de faire payer 3 dollars pour vingt films ! I am crazy, it’s a crazy cinema here !». A ce prix là, on n’a aucun mal à le croire. Si vous avez le temps, il vous montrera avec fierté ses collections diverses et variées d’affiches de film, de timbres, de monnaies anciennes, d’amis facebook… et ne voudra plus vous laisser partir ! Un peu comme le quartier, qui devient très attachant quand on s’y attarde vraiment…
Tags
#Balades, #Bourj_Hammoud, #Beyrouth
Donnez votre opinion
0 Commentaires
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2017 Par Proximity Agency