iloubnan.info
( Publicité )
Flâner

Hors du temps et loin de tout : une retraite au monastère Saint Antoine de Qozhaya

iloubnan.info - Le 27 février 2013 à 07h34
Par Leslie Fauvel
 Monastère Saint Antoine de Qozhaya
Besoin d‘un bol d’air frais, d’échapper aux couinements des klaxons, aux crissements des pneus, au brouhaha urbain ? Une escapade au monastère de Deir Mar Antonios Qozhaya vous insufflera une bonne dose de sérénité.
Samedi matin. Les voitures en bas de chez moi ne cessent de vrombir, l’odeur des pots d’échappements monte jusqu’à ma fenêtre, j’étouffe. C’est décidé, je quitte Beyrouth pour le week-end. Mais où aller ? La plage ? Trop chaud, trop de monde, trop bruyant… La montagne alors ? Certes, mais où aller quand on n’a ni maison d’été, ni budget pour payer les frais d’hôtel ? Illumination : pourquoi ne pas essayer une retraite dans un monastère ? Calme, isolement, l’idée est séduisante. Mon choix se porte sur le monastère de Deir Mar Antonios Qozhaya dans la vallée de la Kadisha. Quelques photos glanées sur internet suffisent à me convaincre.

En route pour ma retraite spirituelle donc ! Petit budget oblige, c’est en bus que je me rends vers ma nouvelle villégiature. Bus jusqu’à Tripoli, puis mini-van jusqu’à Bcharré, de là taxi (ou stop) jusqu’au monastère. La tranquillité, ça se mérite. Mais les aléas du trajet sont vite oubliés lorsque la voiture quitte la route principale et emprunte les lacets d’une route étroite qui serpente le long d’une vallée verdoyante. Rien à dire, le site est époustouflant. La vallée étriquée fissure la montagne de ses terrasses plantées de vignes, de potagers et autres vergers destinés à nourrir les moines du monastère qui se dresse contre la roche.

Scènes d’intérieur


J’arrive à l’accueil, on me mène à travers un couloir longé de baies vitrées avec vue sur la vallée, un ascenseur des plus modernes monte silencieusement jusqu’à l’étage de ma chambre, la 301. Moi qui m’attendais à une sorte de cellule monacale et à un lit pliant aux ressorts cassés, quelle fut ma surprise de pénétrer dans une chambre vaste, au décor sobre mais coquet, lit moelleux, édredon douillet, parquet en bois naturel, et surtout vue panoramique sur la vallée. Pour nous rappeler que nous nous trouvons dans un monastère, une discrète croix en bois, petite, est accrochée au mur. Contre toute attente, j’apprends que le monastère est équipé de plusieurs chambres, et accueille groupes touristiques et familles (25 000 LL le lit). Sortons explorer les alentours.

Un chemin longe le flanc rocheux de la montagne, et l’on croise des statues à l’effigie de Saint Antoine en se dirigeant vers le monastère à proprement parler, à 950 mètres d’altitude. On aperçoit au passage l’ancien refuge érémitique, perché contre la paroi de la montagne, qui semble presque suspendu dans les airs. Si l’on emprunte les escaliers avant l’entrée du monastère, on pénètre dans une grotte mystérieuse, au nom qui fait froid dans le dos : la grotte aux fous. On y enchaînait les « fous » à la paroi rocheuse dans l’espoir d’une guérison, et la légende affirme que les moines avaient pour habitude de lancer des savates à la tête des « possédés ». Les marmites et autres casseroles qui gisent en nombre sur les rochers laissent penser que le lancer de savates n’était peut-être pas le pire des châtiments…

 
Sculptés dans la roche, mille ans d’histoire 

Monastère Saint Antoine de QozhayaAprès cette pause rafraîchissante qui excite l’imagination, je grimpe les escaliers principaux : une cour carrée s’ouvre devant moi, je suis ébahie. A gauche, encastrée dans la roche, l’église de marbre, alternant pierres ocres et beiges, dans le plus pur style arabe, trois cloches ornant son sommet, creuse la montagne et tend à se confondre avec elle. A l’intérieur, le plafond aux voûtes de pierres laisse entrevoir à certains endroits la roche de la montagne. Au fond de la cour, présidée par une statue immaculée de Saint Antoine, la partie réservée au logement des moines. Le côté droit de la cour surplombe la vallée et offre un point de vue magnifique.

  Une halte au musée rappelle les événements marquants qui ont jalonné l’histoire du monastère. Si la tradition veut que le monastère ait été créé au IVème siècle, les sources les plus anciennes ne remontent qu’aux alentours de l’an 1000. Détruit au XVIème siècle, il a été rapidement restauré et s’est rendu célèbre en tant que siège de la première imprimerie du monde arabe. L’imprimerie que l’on peut admirer dans le musée n’est pas d’époque, mais elle rappelle le passé prestigieux du monastère. On peut également observer une collection de manuscrits, d’objets et de vêtements sacerdotaux, une crosse incrustée de diamants offerte au couvent par Louis IX et quelques outils agricoles anciens.

Dans un pays pas si lointain…

Après avoir avalé une salade ou un sandwich à la cafétéria du monastère, en contemplant le soir tombant sur la vallée, lorsque le vert des arbres est grignoté par les reflets blonds et ambrés des rayons du soleil, je regagne ma chambre. Jamais, du moins depuis que je suis installée à Beyrouth, je n’avais dormi dans un tel silence. Le ronron des moteurs me semble bien loin, et c’est sans doute à ce moment-là que je mesure tout l’exotisme de ma retraite.

Réveil de bonne heure, bien entendu. Je fais un saut à la messe du matin et apprécie la beauté des chants des huit moines (tous présents, je les ai comptés) qui vivent dans le monastère. Plus tard, un livre à la main, je savoure la sérénité et la quiétude du lieu : est-ce la beauté de la vallée, la spiritualité du monastère, le calme de la nature ? Toujours est-il que ce week-end là, Beyrouth m’a semblé à des milliers de kilomètres.
Tags
#Balades, #Site_touristique, #site_historique
Donnez votre opinion
0 Commentaires
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2018 Par Proximity Agency