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  Reportage
Bombes à fragmentation : le Sud contaminé
Par Élodie Morel Lebbos
Le 16 mars 2007
 
Lors des 72 dernières heures du conflit entre Israël et le Hezbollah en juillet dernier, l’aviation israélienne a envoyé des bombes à fragmentation dans différentes zones du sud Liban. Non explosées, ces munitions s’ajoutent aux mines déjà mises en place par Israël avant son retrait en 2000. Pour les populations locales comme pour les démineurs, la présence de ces munitions représente un danger mortel permanent.
 

reportage
Crédit photo: MACC SL
La guerre de trente-quatre jours entre Israël et le Hezbollah continue de semer la terreur dans la population au Liban Sud. Au 7 février 2007, on estimait à environ un million le nombre de bombes à fragmentation qui polluent la région. L’utilisation de ces bombes a été largement condamnée par les nations unies et les organisations de défense des droits de l’homme (une enquête a été ouverte aux Etats-Unis concernant leur usage par Israël, voir la suite de notre dossier).

Une grande partie des bombes non explosées et autres obus a été lâchée par Israël lors des derniers jours du conflit (la guerre s’est achevée le 14 août, après un cessez-le-feu négocié par l’ONU). Selon Dalya Farran, responsable de la communication au Centre de coordination des Nations Unies pour l’action contre les mines au Liban Sud, douze à quinze mois seront nécessaires pour nettoyer le sud du pays de ces bombes à fragmentation. L’un des plus grands défis que les démineurs doivent affronter, c’est l’absence de carte des zones minées. « Le problème majeur, explique Dalya Farran, c’est que les Nations Unies n’ont pas reçu de cartes ni d’informations écrites localisant les mines au Liban Sud. L’ONU n’a pas non plus reçu de renseignements sur la quantité de bombes à fragmentation lâchées durant la guerre ». Le centre de coordination contre les mines supervise plusieurs groupes de déminage et a estimé début février que plus de 100 000 bombes avaient été retirées du terrain, soit presque 10 % du matériel polluant les zones contaminées. Au 7 février 2007, huit cent quarante-deux zones contaminées ont été répertoriées au Liban Sud.

Les bombes à fragmentation proviennent de containers lâchés d’un avion : au moment du largage, les bombes à fragmentations sont dispersées sur une large zone. Selon les Nations Unies, environ 40 % d’entre elles n’ont pas explosé au premier impact au sol, ce qui les transforme en mines déposées juste sous la surface du sol. Ce sera pire après l’hiver, quand la pluie aura favorisé l’enfoncement de ces objets dans la boue. Ces bombes sont de tailles diverses, mais beaucoup d’entre elles sont petites, ce qui les rend faciles à ramasser pour les enfants : cela conduit pour eux à la perte d’un bras, d’une jambe, ou au décès.

153 000 autres pièces d’artillerie non explosées (en dehors des bombes à fragmentation), ont également contaminé le Sud Liban, représentant une menace directe sur les habitants de la région : agriculteurs, soldats de la FINUL et de l’armée libanaise, qui se sont déployés dans le sud suite à la résolution 1701 de l’ONU. Encore aujourd’hui, de nombreuses personnes sont tuées ou défigurées par l’explosion de ces pièces d’artillerie, ces bombes à fragmentation ou ces mines. De nombreux champs en sont encore couverts, certains par des mines placées avant le retrait israélien en 2000.

Depuis la fin de la guerre de cet été, et jusqu’au 31 janvier, 216 personnes avaient été blessées ou tuées par ces engins selon Dalya Farran. Un nombre qui augmente chaque jour. Parmi les morts et les blessés, on compte trente-six démineurs, vingt soldats libanais, quatre soldats belges de la FINUL.

Pour les démineurs, c’est une course contre la montre : les pièces non explosées sont autant de menaces envers les personnes déplacées qui souhaitent rentrer chez elles. Les agriculteurs ont besoin de cultiver à nouveau leurs terres, d’autant qu’ils ont subi des pertes financières lourdes après la guerre de cet été. Les familles déplacées ont de toute façon besoin de retrouver une vie normale.

Le Bureau national libanais pour le déminage travaille actuellement avec le Centre de coordination de l’ONU contre le déminage au Liban Sud, sous la supervision du Service d’action contre les mines des Nations Unies. Les opérations de nettoyage et de récolte d’informations sont également menées par l’armée libanaise, la FINUL, le MAG (Mines advisory group) ainsi que par des sociétés prestataires travaillant pour le Service d’action contre les mines.

 

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