A Ouzai, près de l’aéroport, une montagne de déchets ne cesse de s’élever. Constituée des débris provenant de la banlieue sud où quatre cents immeubles ont été anéantis par les missiles israéliens, elle est chaque jour alimentée par les allées et venues de quatre cents camions chargés de déblayer les 1,2 millions de mètres cubes de gravats (chiffres provenant de l’ordre des ingénieurs). Plusieurs ONG surveille l’évolution de cette décharge, en prenant notamment garde à ce que les déchets ne se déversent pas dans la mer.
Dans le sud du pays, le nombre d’habitations détruites est estimé à 10 649 (chiffre fourni par les autorités libanaises). Les décharges sont dans cette région beaucoup plus difficiles à situer. Elles sont cachées et polluent les chemins et les cours d’eau. Dans la petite ville de Ghandouriyé (6000 habitants), les camions emportent chaque jour vers ces décharges sauvages quelque cent trente tonnes de gravats : béton, piles et matériel électrique, réfrigérateurs chargés en CFC (composés nocifs pour l’environnement et la couche d’ozone en particulier), tous ces témoins de la vie quotidienne des personnes touchées par les bombardements rejoignent les mêmes monticules de déchets. Selon le cabinet de consulting en environnement Elard (qui a contribué à la mission d’évaluation des dommages écologiques d’après-guerre du Programme de l’Onu pour l’environnement (Pnue)), seize sites nécessitent une dépollution urgente. Parmi eux : la centrale électrique de Jiyeh, (dont le bombardement a provoqué une marée noire), l’aéroport de Beyrouth (dont les cuves de kérosènes ont été bombardées), des entrepôts de détergents et de produits chimiques à Choueifat, des usines de plastique à Tyr, ou encore un site de production de verre dans la Békaa.
Le moyen de traiter ces décharges et d’instaurer un système de gestion des déchets sur le long terme reste encore à trouver. Les ONG, ainsi que les consultants environnementaux de la banque mondiale et du Pnud réfléchissent activement à des solutions durables, face à un Etat et à des municipalités qui auraient besoin de solutions d’urgence.