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  Reportage
L'électricité : gouffre financier et cauchemar des Libanais
BEYROUTH, Par Rana Moussaoui
AFP - Le 20 juin 2008
 
Parmi les portefeuilles du futur gouvernement libanais, celui de l'Energie est sans doute le moins convoité, et pour cause: l'électricité est un gouffre pour l'Etat et l'une des principales raisons de la grogne sociale. Plus de 15 ans après la fin de la guerre civile (1975-1990), les Libanais sont toujours victimes de graves pénuries de courant et s'inquiètent même de voir ces coupures devenir plus fréquentes. L'envolée des cours de pétrole vient s'ajouter aux nombreux problèmes qui rongent le secteur, dont notamment un déficit de production et une fraude impunie.
 

reportage
Crédit photo: AFP
"Le rationnement est passé de 10 heures sur 24 l'été 2007, à 16 heures cet été", affirme Ahmad Ismaïl, épicier de 45 ans et père de 4 enfants qui vit ans dans un quartier populaire de Tripoli (nord). Si à Beyrouth les coupures d’électricité de trois heures sont moins sensibles, les régions de l'intérieur pâtissent d'une longue pénurie chaque jour. "Je paye trois factures à la fin du mois: celle de l'Etat, l'abonnement au générateur pour mon épicerie et celui de ma maison", se plaint Ahmad. "Le total: environ 200 dollars, alors que je gagne à peine 700 dollars par mois".

L'abonnement au générateur, pratique courante au Liban, s'est transformé récemment en cauchemar avec la flambée du prix du mazout, les 20 litres passant de 20.000 livres libanaises (environ 13 dollars) à près de 40.000 LL. Le lourd déficit de la compagnie publique Electricité du Liban (EDL) se creuse davantage, aggravé par la montée du prix du pétrole. "Avec un baril à 22 dollars, un kilowatt équivalait à un déficit de 9 dollars, mais avec un baril à 140, il équivaut à plus de 60 dollars", affirme à l'AFP le ministre des Finances, Jihad Azour, selon qui le déficit prévu pour 2008 atteindra environ 1,3 milliard de dollars. "Au cours des trois dernières années, le Trésor a couvert le déficit de l'EDL à raison de 3,5 milliards de dollars", ajoute-t-il. "Il s'agit du troisième plus grand poste de dépenses de l'Etat après le service de la dette et les salaires, dit le ministre, "et ces montants imprévus alourdissent les finances publiques" qui croulent déjà sous une dette de plus de 40 milliards de dollars.
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