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  Reportage
La galère des pêcheurs
Tyr, Par Marie-Anne Muller
Le 04 avril 2008
 
Ils sont 3 500 pêcheurs au Liban, dont 650 travaillent dans le vieux port de Tyr. Depuis la guerre des 34 jours, leur condition de vie va en s’empirant. En moyenne, ils gagnent 250 $ par mois. Une misère qui pousse certains d’entre eux à quitter le port pour rejoindre les terres et devenir démineurs, une fonction plus dangereuse mais aussi plus rémunératrice.
 

reportage
Crédit photo: Marie-Anne Muller
Le geste vif, rompus à cette habitude ancestrale, les trois hommes extraient les petits poissons prisonniers de leurs filets dans le port de Tyr. La pêche n’est pas franchement mauvaise ce vendredi de mars, mais les clients bien plus rares. Le propriétaire du bateau, cheveu ras et crabe tatoué sur la main, vendait 60 à 70 kilos de poisson par jour et par client (essentiellement des distributeurs pour les restaurants) avant l’offensive israélienne de l’été 2006. Mais la portion est devenue congrue depuis : à peine 2 kg quotidiens par acheteur. Même si le prix du poisson, lui, n’a pas augmenté. Le salaire qu’il perçoit, cet homme qui préfère taire son nom – nous l’appellerons Ali - le divise en cinq parts. Une pour chacun des trois pêcheurs. Deux pour lui, pour le bateau et pour le filet qu’il met à leur disposition. Le salaire aussi a dégringolé : de 700 000/ 800 000 LL à 100 000 LL par jour pour toute l’embarcation, soit à peine 20 000LL par jour pour chaque pêcheur, révèle Ali.
Selon le président du syndicat des pêcheurs de Tyr, Khalil Taha, un bon pêcheur gagne actuellement environ 250$ par mois. « Mon père était pêcheur. Grâce à ce métier, il a envoyé ses dix enfants à l’école », informe Khalil, nostalgique de cette période. « Moi, si j’avais un fils, je ne lui apprendrais pas à nager, la pêche est un travail de misère et de tristesse », dit-il, amer. Lui-même n’arrive plus à vivre de cette profession qu’il pratique depuis 25 ans. Il compte surtout sur l’aide de ses frères installés en Côte d’Ivoire. Pourtant, lorsqu’il parle de son emploi, le verbe est émotif, l’œil pétillant : « La mer nous épure. Quand la prise est bonne, j’ai l’impression d’être le maître du monde ».
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