L’éducation est l’une de ces composantes ; elle est d’ailleurs la plus importante en volume (et part du PIB). Il s’agit d’une tradition libanaise qui remonte au 19ième siècle, avec une aide significative des missionnaires français et américains. Le taux d’enrôlement actuel est près de 96% dans la tranche 5-14 ans. Et 92% de la population est alphabète. En gros, on compte 900 000 élèves (sur une population de 4 millions). Ils sont répartis actuellement à 50-50 entre les écoles privées et les écoles publiques. Les dépenses annuelles atteignent près de 2,5 milliards de dollars, soit 12% du PIB. En tout cas, la qualité de l’enseignement est telle, que des initiatives « exportatrices » se sont multipliées. Il s’agissait d’abord d’ouvrir des écoles adaptées dans des pays où la colonie libanaise est nombreuse. Dans d’autres cas, les professionnels du secteur gèrent des écoles dans le Golfe pour le compte d’autrui, ou vendent un savoir-faire spécifique. Dans un cas extrême, un établissement éducatif libanais centenaire et connu (Choueifat) a créé une vraie franchise mondiale (Sabis Group), et établi des dizaines d’écoles dans 20 pays (jusqu’aux USA), comptant des dizaines de milliers d’élèves.
L’enseignement supérieur : Il s’agit d’une composante essentielle de la précédente, donc aussi prospère, mais avec un parfum spécial. Créées à l’origine par des Jésuites (Université St-Joseph) ou des protestants américains (American University of Beirut), elles ont formé des générations d’universitaires et les élites du pays. Mais leur rôle a dépassé les frontières et, à une époque donnée (années 60-70), la moitié des effectifs des étudiants dans les universités anglophones étaient des ressortissants de la région. Actuellement, on compte quelque 40 établissements supérieurs dans le pays, recrutant près de 150 000 étudiants, dont la moitié sont à l’Université libanaise publique (la seule gratuite). Mais cette prolifération rapide a posé un problème de qualité. C’est pour cela qu’un système d’accréditation et d’évaluation a été récemment mis en place, sans que le résultat n’en soit encore clair. Parallèlement, les accords de coopération se sont multipliés entre des établissements libanais et européens pour renforcer la crédibilité de l’enseignement supérieur libanais. Mais le nombre des étudiants étrangers reste limité et fluctuant, malgré l’importante demande potentielle, en raison des soubresauts sécuritaires périodiques.
La santé : « L’hôpital du Moyen-Orient », comme on appelait jadis le Liban, n’est plus aussi compétitif. Pourtant, la qualité des soins médicaux et hospitaliers est restée à un très bon niveau. L’accès y est facile, que ce soit pour le visa ou pour l’admission effective aux hôpitaux pour tous genres de soins, relativement aux autres établissements équivalents en Europe. Les tarifs y sont de 2 à 4 fois inférieurs par rapport à ces mêmes centres de soins. Quelque 150 hôpitaux comptent actuellement près de 14 000 lits, dont 90% sont privés. Là aussi, un système d’accréditation sophistiqué a été lancé en 2003 en coopération avec un consultant australien. Dans ce schéma, plusieurs initiatives ont été lancées pour inciter des patients arabes à « consommer » nos services médicaux et hospitaliers. Ce qui commence à se faire, même si on n’a pas de chiffres précis sur le phénomène. A part, encore une fois, le frein lié à la sécurité dans le pays, d’autres initiatives seront les bienvenues pour amplifier cette activité, dont des accords d’assurance, ou encore des systèmes de prise en charge global pour le patient et sa famille. Au niveau régional, la Jordanie se place comme un concurrent sérieux dans le domaine, surtout pour les patients yéménites, très demandeurs de soins hospitaliers externes.
Le transport : L’historique port de Beyrouth semble avoir repris son rôle de plaque tournante, d’abord pour le transit terrestre vers l’hinterland arabe, ou, plus récemment, pour le transit maritime. Un nouveau terminal a permis de doubler en 3 ans le volume de conteneurs traités. Quant au transport aérien, le nouvel aéroport a permis de profiter, relativement, de l’essor du flux touristique, surtout que la « politique du ciel ouvert » a facilité l’accueil des compagnies aériennes. Au moment où la compagnie nationale, la MEA, s’est refait une santé après des années de pertes.
Produits culturels : Sous ce label un peu vaste, on entasse des quantités d’activités lucratives rondement menées par des entreprises ou professionnels libanais. Pêle-mêle, forcément en bref, on en cite les plus importants. On a d’abord la production audio-visuelle, qui a explosé avec la multiplication des chaînes de télévision régionales. Parallèlement, la publicité connaît un essor sans pareil, avec des Libanais en première ligne, que ce soit pour la création, la gestion ou la régie (avec par exemple le groupe Choueiri se plaçant au numéro 1 ou 2 régional). L’édition est toujours aussi active, pour les livres et les périodiques, profitant d’un climat juridique et intellectuel beaucoup plus tolérant que la norme régionale. Le show-business est lui aussi en essor, avec des dizaines de « voix » qui essaiment au Liban et dans toute la région, alimentant une « industrie » à part.
Le Liban n’a donc pas perdu son attractivité comme centre de production et d’exportation de tous genres de services. Malheureusement, le libre-échange des services, qui serait bien avantageux pour le pays, n’est pas encore inclus, ni dans notre Accord d’association avec l’Europe, ni dans l’Accord de libre-échange arabe. L’un et l’autre attendent officiellement les résultats des négociations à ce niveau au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).