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  Interview
Pierre Bourrier : « Beyrouth ne devrait pas chercher à cloner les grandes villes du Golfe »
Le 08 juillet 2008, Par Élodie Morel Lebbos
 
Quel œil un acteur majeur de la construction porte-t-il sur la capitale libanaise et l’architecture de ses quartiers les plus récents ? Venu à Beyrouth animer la conférence de l’Ecole Supérieure des Affaires (ESA) organisée le 6 juin sur le thème des Grandes Écoles françaises au XXIème siècle, M. Pierre Bourrier, Directeur Général du Groupe ArcelorMittal, a bien voulu à cette occasion nous confier son point de vue sur la ville de Beyrouth, ses tours du bord de mer, son dynamisme, son potentiel… et sur l’efficacité des Libanais.
 


Votre cursus est fortement marqué par le BTP (bâtiment et travaux publics). Quand vous la regardez, que pensez- vous de Beyrouth en matière d’architecture et de construction?
Pierre Bourrier : En tant qu’acteur de la construction, je suis frappé de constater que dans beaucoup de grandes villes du moyen orient, dont Beyrouth pour ce que j’ai pu en voir, on a adopté un mode d’urbanisation à l’américaine, avec de grandes tours près de centres-villes aménagés en quartiers d’affaires, et, autour, des « banlieues ». Cela suppose souvent que les gens viennent de chez eux jusqu’au centre pour travailler. Cela pose des problèmes en matière de maîtrise d’énergie, notamment dans des pays où les transports en commun ne sont pas toujours très développés. Evidemment, si en terme de citoyen cela m’interroge, en terme d’industriel cela me réjouit, d’autant que dès qu’un immeuble a plus de quinze étages, on doit faire appel aux grands groupes industriels.

Les grandes tours sont encore plus visibles dans les grandes villes du Golfe… quelle comparaison établiriez-vous entre ces villes et Beyrouth ?
Les grandes villes du golfe (Dubaï, Abu Dhabi…) ont un grand potentiel car elles sont très actives et que cela les rend particulièrement attractives. Et maintenant, elles investissent sur le tourisme, avec des attractions inédites et parfois insolites telles que la piste de ski de Dubaï (pour laquelle Arcelor a d’ailleurs fourni 3000 tonnes d’acier). Elles portent aussi un effort particulier sur la culture (en ouvrant une antenne du musée du Louvre à Abou Dhabi par exemple). Or, la culture est un domaine où Beyrouth doit incontestablement briller, avec son histoire, son passé. Et Beyrouth peut en plus représenter un centre économique et financier orientée vers l’Union méditerranéenne. Inutile de chercher à cloner le Golfe, qui est plutôt tourné vers l’Inde. En fait, je ne vois pas de ville méditerranéenne comparable à Beyrouth. Sa spécificité, c’est, en plus de l’amour des affaires des Libanais, leur efficacité. Si on retrouve des Libanais partout, c’est le résultat de cette efficacité. En Floride, par exemple, où j’étais il y a peu de temps, la présence des Libanais est visible et efficace.

Quels sont les atouts que Beyrouth doit selon vous mettre en avant ?
Il faut s’appuyer sur cette bipolarité : une tradition culturelle apte à dynamiser le tourisme, assortie à une forte capacité d’attraction financière. Beyrouth est à mi-chemin entre ces deux pôles que sont l’Europe et le Golfe. Ce qui fait que Beyrouth n’est pas seulement un pôle d’attraction pour les capitaux : la ville peut aussi, pour l’Europe, faire figure de porte d’entrée vers le Golfe… et vice versa.
 
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