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  Interview
Robert Zogby : « Nous avons perdu la majorité des touristes provenant du Golfe »
Le 06 mai 2008, Par Lutecia Beainy Bouchabke
 
Après l’impact désastreux de la guerre de juillet 2006 sur le tourisme au Liban, l’hiver 2008 était attendu avec impatience par les professionnels du secteur. Malheureusement, la saison n’a pas permis de combler leurs attentes. Le ministère du tourisme tout comme l’ensemble du secteur ont décidé de toujours davantage miser sur les touristes libanais de la diaspora. Une cible à fort potentiel et qui semble bien décidée à continuer à profiter du Liban malgré l’instabilité du pays : selon l’administration centrale des statistiques, sur les 2 140 591 voyageurs entrés au pays du Cèdre l’an dernier, 914 716 (soit plus de 42%) étaient libanais. Alors comment survit aujourd’hui le secteur touristique ? Pour y voir un peu plus clair, nous avons souhaité observer de plus près l’exemple d’un des acteurs majeurs du secteur hôtelier au Liban : Robert Zogby, PDG de l’Hôtel Intercontinental Mzaar, a bien voulu passer en revue avec nous son bilan de l’hiver 2008.
 


iloubnan.info : Comment évaluez-vous l’impact de la situation politique actuelle sur l’activité de votre hôtel ?
Robert Zogby : Assez négatif aujourd’hui, d’autant que cela fait déjà trois ans au moins que ses méfaits s’accumulent et que nous avons de plus en plus de mal à être créatifs pour contourner la situation. Mais attention : au début, cet impact était assez positif, car l’hôtel Intercontinental Mzaar est une destination de montagne qui offre une sécurité, un départ du jour au jour et un environnement anti-stress. Or, au début de la crise, les gens s’éloignaient du stress pour se réfugier au cœur de la montagne. Mais aujourd’hui, la situation a changé. On a perdu la majorité du tourisme international venant des pays du Golfe. C’est très préoccupant car le Liban dépend beaucoup de ces pays.

Combien de temps pouvez-vous encore tenir ?
En fait, on peut tenir autant que nous le décidons. Il suffit de faire preuve d’intelligence pour mettre en place une stratégie vis-à-vis de la situation économique. Il faut suivre l’évolution du marché, et ne pas hésiter à créer de nouveaux marchés, avoir une idée juste du pouvoir d’achat de la clientèle et en fonction de ça, créer des produits et des offres en adéquation avec ce pouvoir d’achat. Contrôler les dépenses peut d’ailleurs nous aider à ajuster la formule. Le seul problème, c’est que l’hôtel Intercontinental Mzaar est d’un standing 5 étoiles : il arrive un moment où il faut prendre une décision, et sacrifier soit le standing, soit le volume. Jusqu’ici on s’en sort, mais c’est difficile. Et puis il faut faire face aux prix élevés du pétrole et des produits alimentaires : tout cela affecte le marché touristique et commercial.

Comment évaluez-vous l’apport des Libanais de la diaspora ?
L’afflux des Libanais de l’étranger nous a permis ces deux dernières années de combler le manque de touristes étrangers. Le tourisme des Libanais de la diaspora représente 40 à 45% du marché libanais. Ce qui est exceptionnel. Les Libanais de la diaspora représentent pour ce qui nous concerne environ 35% de notre clientèle libanaise. Avant la guerre de juillet, ce taux était de 10 %.

Connaissent-ils bien l’hôtel Intercontinental Mzaar, est-il assez médiatisé ?
Nous dédions un budget marketing de 170 000 $ de publicité et de Relations Publiques (à travers la chaîne Intercontinental et aussi à travers nos propres moyens) au développement de la réputation de l’hôtel comme étant non seulement une destination de ski mais également une destination estivale, et qui convient aussi aux réunions organisées par les sociétés.

Dans votre plan stratégique, faites-vous des packages exclusifs vendus à l’étranger pour eux ?
Bien sûr, c’est l’une de nos solutions pour faire face a la situation économique. On a développé cette stratégie pour toute saison, pour tout événement, pour toute occasion, en visant des marchés niches et en créant des activités qui s’adressent à la famille, aux enfants, aux jeunes mariés romantiques, aux professionnels… C’est l’une des raisons essentielles de notre survie !

Consomment-ils plus ou moins que les étrangers ?
Cela dépend de la nationalité, de leur âge, s’ils sont en famille ou en couple. Mais on trouve que le Libanais en général est bon vivant. Viennent ensuite les Chypriotes vue la proximité de nos pays, ensuite les pays du Golfe et, de moins en moins, les Européens. Mais il est clair que leurs dépenses ont diminué depuis les années 2000 .

Etes-vous à l’aise avec les tarifs appliqués vis-à-vis de l’inflation courante ?
Oui ! Tout tarif est bien étudié, mais je ne vous cache pas mon inquiétude sur les prix du pétrole et le prix des produits alimentaires qui sont toujours à la hausse, puisque dans la situation économique actuelle nous ne pouvons malheureusement pas faire peser ces augmentations sur les consommateurs. En proposant au client des tarifs assez intelligents, nous appliquons notre stratégie à long terme, il faut donc sacrifier un peu.
Mais il est clair qu’en comparaison avec n’importe quelle station de ski en Europe, nos tarifs sont 40% moins que les autres. Sachant que nous ne sommes pas si éloignés, et que nous sommes le seul 5 étoiles affilié à une chaîne internationale, en Europe et au Moyen Orient, une valeur ajoutée pour le client. Sans oublier que l’Euro commence à être un véritable handicap aussi pour les skieurs : nous sommes ainsi une destination tres favorable. Sans oublier nos avantages naturels, 320 jours en moyenne de soleil par an, une qualité de neige supérieure, des tempêtes de neige non prolongées. De plus nous sommes proches de la capitale, du littoral et des autres centres d’intérêt au Liban comme les sites touristiques Baalbek, Jeita… Tout ce qu’il nous faut, c’est une vraie stabilité politique et un boom économique.

Quelles sont vos perspectives d’avenir en cas de non résolution de la crise ?
Je n’ai pas de souci pour le Liban, et je n’aime pas penser au pire, c’est une raison pour laquelle je suis plutôt optimiste. Cela me pousse à toujours chercher de nouveaux marchés, et à créer de nouveaux besoins, en étant sensible à la demande du consommateur. Je suis persuadé que petit à petit la crise passera.

Quel était le bilan de cette année ?
On a fait un décembre record dans l’histoire de l’intercontinental Mzaar. En janvier l’occupation était de 55%, et au mois de février on a atteint les 75% d’occupation avec une clientèle majoritairement restreinte aux Libanais (Libanais du Liban comme de la diaspora).
 
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