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Focus sur le secteur de la construction
Le 12 décembre 2007, Par Nicolas Sbeih (Implicit Consultants)
 
Le secteur de la construction a souvent pris, au moins depuis le début des années 90, l’appellation « reconstruction ». Car les besoins essentiels, et énormes, concernaient surtout la reconstruction de ce qui a été détruit au cours d’une guerre qui a duré plus de 15 ans. En gros, on était face à 3 grands chantiers : la réhabilitation et l’extension, par des organismes étatiques, de l’infrastructure (routes, électricité, bâtiments publics, eau, etc.) ; puis la reconstruction de propriétés privées, mais sous la supervision de l’Etat (centre-ville, banlieue sud, villages de la montagne ou du sud) ; et enfin la construction « normale », constituée d’immeubles résidentiels ou commerciaux, menée de A à Z par le secteur privé. Ce schéma, simple en apparence, fut assez complexe au niveau de la réalisation pratique. Mais le fin mot de l’histoire est que le secteur de la construction-BTP a représenté pendant des années un moteur économique formidable. Et demeure aujourd’hui une locomotive…mais selon d’autres critères. Le tout sera précisé dans ce qui suit.
 

reportage
Le plan de la reconstruction a débuté en 1993 par un programme de trois ans, appelé « plan d’urgence », pour prendre en charge les pans essentiels de l’infrastructure, à un coût de 2,5 milliards de dollars.

Deux ans plus tard, ce programme a été remplacé par un plan beaucoup plus ambitieux, appelé « Horizon 2000 », qui devrait s’étendre jusqu’en 2002 à un coût estimé de 12 milliards de dollars.

Les réalisations furent spectaculaires malgré le fait que « le fonds mondial » promis lors de l’accord de Taëf n’a pas vu le jour. A la place, des dons et des crédits furent bien octroyés par des pays amis et des organismes internationaux pour contribuer aux efforts de réhabilitation de l’infrastructure. D’autres dettes ont dû être contractées auprès des banques libanaises pour combler le déficit. Cependant, contrairement à ce qui est généralement déclaré, ce ne sont pas les coûts des travaux de reconstruction qui ont provoqué l’essentiel de la dette publique libanaise, mais un ensemble de facteurs qu’il serait hors de propos d’analyser dans ce contexte.

Au niveau organisationnel, c’est le CDR (Conseil de développement et de reconstruction) qui est en première ligne pour l’exécution de ces projets. D’autres organismes interviennent aussi : comme le Conseil du Sud ou la Caisse des déplacés, avec pour chacun un domaine d’action spécifique.

Le résultat final, fin 2006, est que l’infrastructure de base est arrivée à un niveau satisfaisant, mais sa gestion laisse à désirer comme on le constate dans l’exemple édifiant de l’électricité qui n’est pas encore assurée comme il le faut, pour cause de mauvaise gestion.

Au niveau des grands projets d’urbanisme, on retient bien sûr en premier lieu le projet du centre-ville qui a démarré en 1994 et qui se poursuit jusqu’à maintenant. Une société privée a été formée à cette fin, Solidere, avec un capital de 1,6 milliard de dollars. Elle a entièrement construit les infrastructures de base (et elle continue à le faire). Puis elle a réhabilité quelque 250 immeubles à caractère historique, avant de commencer à ériger d’autres projets. Le secteur privé a démarré de son côté ses propres projets de bâtiments résidentiels ou commerciaux au centre-ville, à un rythme fluctuant selon les années et la demande. Malgré des contestations premières sur le plan d’aménagement retenu, le résultat est édifiant de point de vue urbanistique. Et le développement est encore loin d’avoir atteint un niveau de saturation.

D’autres projets globaux d’aménagement ont bien existé, dont par exemple le projet Elissar pour la banlieue sud ou Linord pour le littoral à la sortie nord-est de Beyrouth. Mais aucun de ces projets n’a pu être mené à son terme pour des raisons diverses.

Un autre plan global d’aménagement du territoire libanais a été préparé par le CDR il y a quelques années. Mais sa mise en application attend encore un consensus politique sur ses différentes composantes.

Au niveau privé, les promoteurs immobiliers ont été très actifs et des dizaines de milliers de logements ont été construits. Mais ceci s’est fait parfois sans études préalables sur les équations offres-demandes. Avec en plus une crise économique généralisée qui s’est installée dans le pays dans la deuxième moitié des années 90, on en est arrivé à des parcs immobiliers invendus dans toutes les régions.

Dans les années 2000 et jusqu’à maintenant, le secteur s’est davantage professionnalisé, et la demande s’est accrue. De sorte que la construction connaît un regain de dynamisme surtout à Beyrouth et banlieues, au Mont-Liban et dans certaines autres niches géographiques.

L’autre pan significatif de la demande provient des Arabes du Golfe. Une habitude qui remonte aux années 60 et qui a repris à un rythme soutenu. Ceci fut encouragé par une nouvelle loi qui a facilité l’acquisition de biens immobiliers par les étrangers. Il est vrai que des restrictions existent toujours (notamment un maximum de 3000 m2 de terrain par acquéreur) mais des dérogations peuvent être – et sont - octroyées par le Conseil des ministres.

« Si le bâtiment va, tout va » ? Cet adage économique s’applique aussi au Liban. On a bien assisté à l’essor de l’industrie du ciment et des autres matériaux de construction, équipements, carrières, second œuvre, meubles, etc. Mais l’impact, ou l’effet d’entraînement, est quand même limité par le fait que beaucoup de ces éléments sont importés, ce qui fait que la valeur ajoutée locale n’a pas connu l’essor qu’on espérait et qu’on observe dans d’autres pays.

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