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Le point sur le secteur touristique
Le 08 juillet 2007, Par Nicolas Sbeih (Implicit Consultants)
 
Le secteur touristique est prospère depuis toujours, du moins hors périodes de troubles, grâce à une clientèle régionale fidèle. C’est que le pays présente des avantages comparatifs importants, parmi lesquels on cite souvent le climat et le cadre montagneux. Mais comme ces caractéristiques, rares dans la région, ne sont quand même pas uniques au monde, d’autres motivations viennent s’y ajouter. Il s’agit surtout de l’accueil favorable de la population locale, un accueil de plus en plus difficile à trouver en pays d’occident, surtout après le 11 septembre 2001. Et d’un mode de vie et des activités récréatives conformes aux attentes des touristes, dans un cadre linguistique arabe, mais avec une dose suffisante d’occidentalisation. Tous ces ingrédients ont fait que le tourisme arabe au Liban s’auto-entretient pratiquement sans promotion publicitaire, ni bureaux de tourisme dans les pays concernés. Résultat : un flux qui a atteint 1,5 million de touristes par an, et une contribution de 11% au PIB (contre 18% avant 1975). Si ceci est le schéma général, les détails de cette activité englobent des données plus spécifiques.
 

reportage
Crédit photo: Tony Hage
D’abord, une politique de ciel ouvert a été inaugurée en 2000, qui a permis aux compagnies aériennes de la région, et du monde, de desservir l’aéroport de Beyrouth presque sans restrictions, avec des tarifs souvent concurrentiels.

L’aéroport de Beyrouth, entièrement refait pour un coût de 600 millions de dollars, a désormais une capacité d’accueil de 6 millions de passagers par an. Il est desservi d’une façon régulière (hors charters) par une cinquantaine de compagnies couvrant autant de villes. Cette couverture reste cependant insuffisante, relativement aux plateformes de Dubaï ou du Caire.

Les visas ont été annulés pour un grand nombre de nationalités, dont les pays du Golfe et d’Europe occidentale. Même le personnel, généralement asiatique, des familles arabes, est admis sans visa. Il s’agit là d’un avantage qui devient rare de par le monde pour les ressortissants arabes.

Les autorités libanaises tentent en plus d’attirer, par ordre de priorité, les occidentaux résidents dans les pays arabes ; ils sont plus de 5 millions. Il s’agit de leur proposer des pistes de ski en hiver, avantage unique dans la région, des plages en été à température acceptable, ou encore une vie nocturne sans restrictions. Le résultat est encore mitigé, même si le mouvement est amorcé.

Du côté des pays européens, américains…le flux est encore timide, sauf pour les Français, qui ont des attaches séculaires avec le Liban. Il faut dire que les secousses sécuritaires épisodiques au Liban n’encouragent pas ce mouvement – alors que les touristes arabes sont en général moins frileux.

Concernant les niches, on remarque que le tourisme des congrès et des conférences prend une ampleur sans précédent, avec près de 50 événements supranationaux par année « normale ». Les congressistes, arabes ou euro-méditerranéens, prolongent souvent leur séjour au-delà de la conférence.

Le tourisme d’hiver est en revanche limité car les stations de montagne manquent encore de structures d’accueil adéquats, et en nombre suffisant. Dans ce cadre, plusieurs projets de grande envergure sont en préparation, dans le Nord et dans le centre du pays. On cite en particulier le mégaprojet de Sannine Zénith qui devrait aligner plusieurs « villages » sur plus de 60 millions de mètres carrés, des terrains déjà acquis et un plan d’aménagement arrêté.

Le tourisme hospitalier, qui était en vogue dans les années 70, reprend lentement de l’essor. Il est avantagé par un bon niveau de la médecine locale et par l’émergence de nouvelles cliniques privées sophistiquées. Dans cette niche, la chirurgie plastique et esthétique est mise en avant, en plus des soins hospitaliers généraux. Le différentiel de coût avantage largement le Liban, au profit des patients de la région arabe, mais aussi des patients occidentaux.

Du côté de l’enseignement supérieur, la reprise de la clientèle traditionnelle arabe s’opère lentement. On compte actuellement 10 à 15% d’étudiants étrangers dans les universités anglophones, alors que cette proportion était de 40% avant 1975.

Une des particularités du tourisme arabe au Liban est le taux élevé des dépenses par touriste. Alors que la moyenne générale, dans le monde, tourne autour de 1000 dollars par personne, les dépenses touristiques au Liban dépassent le double de ce chiffre. Ceci est dû à la longueur des séjours et au pouvoir d’achat élevé des touristes.

Le développement des galeries commerciales et l’implantation des marques internationales aiguisent un appétit de shopping qui est déjà très développé.

Les professionnels du secteur parlent de 40 corps de métier qui profitent du flux touristique. Ce qui est vrai, sauf que l’effet d’entraînement n’est pas optimisé, car trop de produits consommés par les touristes sont encore importés.

Les restaurants et autres boîtes de nuit constituent des produits d’appel intéressants, même si Dubaï, en particulier, est déjà bien équipé dans ce domaine. Près de 6000 restaurants-bars de toutes les spécialités offrent un bon rapport qualité/prix – et sans aucune restriction sur la consommation d’alcool. Pas de problème non plus pour les jeux de hasard avec un Casino entièrement refait, une structure unique dans toute la région.

Les séjours touristiques sont aussi de plus en plus accompagnés…d’acquisition immobilière. La loi limite, certes, de telles acquisitions à 3000 mètres carrés par personne, mais le Conseil des ministres peut déroger à cette règle. De sorte que des résidences luxueuses sont érigées un peu partout, surtout en altitude. Ceci favorise la fidélisation de la clientèle.

Poids relatif des acquisitions étrangères dans les cazas (fin 2005)
Caza Superficie (en % du total du caza)
Beyrouth 4,8
Baabda 1,6
Aley 1,2
Metn 0,46
Saïda 0,45
Chouf 0,28
Zahlé 0,23
Kesrouan 0,22
Koura 0,12
Autres cazas Moins que 0,1

Concernant les structures d’accueil traditionnelles, l’offre s’est considérablement étoffée au cours des 10 dernières années. Avec, au total, près de 320 hôtels, dont certains gérés par des chaînes internationales et régionales, et alignant quelque 16000 chambres. Mais ce nombre reste insuffisant, d’où de nombreux projets en cours de construction, sur les créneaux 3 à 5 étoiles. On y ajoute quelque 5000 unités dans la catégorie des appartements meublés touristiques.

Les autres structures touristiques se sont nettement professionnalisées au cours des dernières années : agences de voyage, de location de voitures, sociétés de taxi, tours-opérateurs, etc. Cependant, le produit « séjour tout compris », avec excursions et prise en charge complète, reste pratiquement le seul à être commercialisé en France et en Europe, ce qui limite forcément le nombre de clients.

D’autres « cerises sur le gâteau » touristique englobent des produits d’appel bien appréciés : multiplexes de salles de cinéma et de spectacle, 4 grandes marinas pour les yachts visiteurs, et, il faut bien le constater, une activité de prostitution à peine voilée…

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