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L’économie des nouvelles technologies au Liban
Le 01 juillet 2007, Par Nicolas Sbeih (Implicit Consultants)
 
On dit souvent que le Liban jouit d’avantages comparatifs importants pour ce qui concerne le secteur des NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication). Et on ajoute assez vite que le potentiel est considérable, pour signifier que ce secteur n’est pas encore au meilleur de sa forme, ce qui est paradoxal. Pour le moment, en 2006-2007, le constat est donc très contrasté. D’un côté, l’informatique, la téléphonie et l’Internet sont bien intégrés dans les pratiques locales, les développeurs de logiciels sont bien performants, mais, d’un autre côté, l’essor n’est certainement pas ce que souhaitent, et peuvent initier, les professionnels des secteurs. Une situation bien complexe que nous allons tenter de clarifier par une série de données factuelles et chiffrées.
 

reportage
Crédit photo: AFP
Les réseaux de téléphone fixe ont été entièrement refaits dans les années 90 (par Alcatel, Ericsson et Siemens). On est ainsi passé de 400 000 lignes, dont la moitié fonctionnait plutôt mal, à 1,5 million de lignes. Techniquement, seuls les centraux sont reliés par des fibres optiques. Fin 2006, cependant, quelque 700 000 lignes étaient allouées à des abonnés. Une piètre performance due à une mauvaise gestion, vu que l’entité étatique (appelée Ogero) n’a pas pu s’adapter aux méthodes commerciales modernes.

Un plan de privatisation a été mis au point en 2002, mais n’a pas encore connu un début d’application, même si un consultant international mène des études actuellement dans ce sens. Le plan prévoit d’abord la création d’une société, « Liban Telecom », à laquelle sera transféré l’ensemble des actifs détenus actuellement par l’Etat : réseau, ressources humaines et matérielles, etc. La société proposera ensuite une partie de ses actions à un partenaire stratégique qui en assurera la gestion. La privatisation pourra être menée ensuite partiellement au fur et à mesure. Une partie des actions devra être proposée en Bourse. Ce plan, selon le programme du gouvernement, devra être lancé en 2007-2008.

La téléphonie mobile fut inaugurée en 1994, à l’aide de 2 sociétés, dont l’une est majoritairement détenue par France Telecom (FTML, réseau Cellis), et l’autre détenue partiellement et gérée par Finland Telecom (réseau LibanCell). Les accords, de type BOT, prévoyaient la construction et l’exploitation des réseaux pendant 10-12 ans, puis leur livraison à l’Etat.

Un contentieux a cependant amené l’Etat à terminer les contrats avant leur terme. Les deux réseaux ont été étatisés et confiés, pour leur gestion, à deux sociétés : la koweitienne MTC (réseau MTC-Touch) et la saoudo-allemande Fal Dete (réseau Alfa), selon des contrats sur 4 ans. En tout, environ 1,1 million d’abonnés sont répartis presque à égalité entre les deux opérateurs.

Là aussi, les deux réseaux peuvent être rapidement vendus, même si la période de gestion (de 4 ans) n’est pas encore terminée. Ceci pourrait se produire, totalement ou partiellement, en 2007-2008. La société « Liban Telecom » aura en plus le droit de lancer un troisième réseau cellulaire.

Tous ces projets de privatisation seront accompagnés, selon le plan arrêté par le gouvernement, par une libéralisation du secteur des télécoms, dans ses composantes essentielles et annexes, sous la houlette d’une « autorité de régulation » indépendante, comme c’est le cas dans nombre de pays.

L’Internet est déjà un marché libre et concurrentiel, grâce à la présence sur le marché d’une dizaine de sociétés, fournisseurs d’accès, ainsi que d’autres sociétés qui s’activent sur les niches de la valeur ajoutée, ou de la connexion sécurisée dans le transfert des données. · Cependant, l’Internet à haut débit et large bande (appelé ADSN) reste encore limité, et beaucoup trop cher, relativement aux normes régionales et internationales. Des projets imminents sont sur le point d’aboutir pour généraliser cette option à des tarifs acceptables, condition nécessaire pour l’implantation de sociétés locales et internationales spécialisées dans le domaine informatique.

Cette entrave, ainsi que des obstacles administratives et des problèmes liés au respect de la propriété intellectuelle (piratage) ont dissuadé jusqu’à maintenant nombre de SSII (sociétés de services et d’ingénierie informatiques) à installer une base de production au Liban.

A l’instar de l’Inde, du Maroc ou de l’Irlande, le Liban a été prospecté pour y implanter des entités offshore. Certaines tentatives ont réussi (comme la française Unilog avant son rachat par un groupe britannique), alors que d’autres attendent encore un meilleur environnement juridique et sécuritaire.

Ceci n’a pas empêché des sociétés libanaises spécialisées (en logiciels, services, matériels…) de réussir au-delà des frontières, comme le groupe Holcom, et le groupe CIS, dont des centaines d’employés essaiment sur des dizaines de marchés. D’autres sociétés qui ont des produits plus pointus, comme BML-Istisharat ou Software Design, font déjà de l’export sur plusieurs marchés (jusqu’aux Etats-Unis).

Parallèlement, d’autres libanais ont réussi d’abord à l’étranger avant d’installer au Liban des centres de production et de développement. Exemples : Murex (un des leaders mondiaux des logiciels financiers) ou Soft Management, très performant en particulier sur le marché français de la grande distribution, ou encore Digipen (un leader pour la simulation sur plateforme Nintendo).

Cette performance, entre autres raisons, a incité les autorités libanaises à tenter d’installer une technopole sur un terrain choisi dans la ville de Damour. Mais des obstacles d’ordre politique ont retardé ce projet jusqu’à maintenant.

L’ensemble de ces données, et la multiplication des facultés spécialisées, font que le secteur a été déclaré prioritaire par des organismes de développement qui s’activent localement. La feuille de route du gouvernement y consacre un chapitre important, pour lequel l’exécution devra démarrer bientôt.

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